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Publié par Saoudi Abdelaziz

Lait en poudre. Photo DR

Lait en poudre. Photo DR

"Le ciblage des populations qui ont vocation d’émarger au système d’aide directe a commencé. Les tranches des revenus définis, et les canaux de recensements des ménages cibles désignés." C'est ce que révélait avec délectation le 22 février 2018, le directeur de Maghreb Emergent un an jour pour jour avant le déclenchement du Hirak.

El Kadi Ihsan précisait  :  "Ahmed Ouyahia se targue en privé d’être le premier homme politique capable de mettre fin au  gaspillage ruineux du pain et des produits laitiers (sa phobie du Yaourt bon marché n’est pas surfaite). En réalité, la réforme du système de subventions algériens, que le budget ne peut plus assumer en l’état, attend le feu vert présidentiel pour se mettre à l’œuvre". El Kadi Ihsan encourage Bouteflika à signer : "Les réformes de système sont les plus importantes pour faire évoluer le modèle économique algérien, faire évoluer l’allocation des ressources de l’Etat et rendre l’économie plus efficace".

Dans son analyse parue aujourd'hui dans El Watan  Abdelkader Mrabti analyse l'argumentaire néolibéral contre le soutien des prix. "Et jusqu’au Fonds monétaire international (FMI) qui, versant des larmes de crocodile, pleure sur le caractère coûteux de ces subventions pour le budget de l’Etat qui a besoin, dit-il, «de financer les dépenses ciblées et mieux protéger les pauvres» (quand on pense aujourd’hui à la Grèce et à son impitoyable paupérisation !)."

Remarques «sémantiques» sur la question des transferts sociaux(1)

Par Abdelkader Mrabti, 1er juillet 2019

Ces derniers temps et sous prétexte de «crise», la question des transferts sociaux a fait la «une» dans les rubriques économiques de la presse algérienne. Des spécialistes, ou supposés comme tels, bien calés dans leur nouveau credo néolibéral, ont, avec insistance, stigmatisé certains d’entre eux, en particulier ceux qui soutiennent les prix des produits alimentaires, de l’électricité et du gaz, des carburants.

Certains l’ont fait la main sur le cœur, comme pour montrer qu’ils ont toujours la fibre sociale : ils continuent à défendre les différentes prestations hautement sociales (autant dire intouchables) comme les allocations familiales, l’allocation pour salaire unique, la pension pour handicapés, par exemple.

Ce qui, à leurs yeux, devrait les laver de tout soupçon antisocial pour dénoncer les «gaspillages» de l’argent public résultant du soutien des prix des produits alimentaires et autres produits de large consommation.

Mieux : pour pointer l’index sur les avantages dont profitent indécemment les consommateurs riches et, à l’autre bout de la chaîne, les industriels et transformateurs de certains de ces produits, comme par exemple ceux qui fabriquent la pâtisserie, quitte à pénaliser les pauvres de leur envie de gâteaux sous couvert que les riches en consomment plus… (Voir pour plus de détails le dossier paru dans El Watan du 8 juin 2015 dans la rubrique Economie, intitulé «Les incohérences d’un système à deux vitesses»).

Ces analystes réfléchissent à des solutions qui auraient la qualité de conduire l’Etat à faire des économies d’argent en dépensant moins, lesquelles économies serviraient à augmenter la protection sociale des plus démunis sous forme désormais d’aides monétaires directes et à investir le reste dans le secteur de la production, ce qui fournira des emplois, donc reculera la pauvreté et en fin de compte diminuera le besoin de recourir aux transferts sociaux.

Ce qui interpelle le lecteur, c’est la rhétorique employée pour défendre ce point de vue. Rhétorique faite d’une contradiction dans les termes proches d’un oxymore  : «Les subventions source d’une injustice sociale».

Il est écrit aussi : «Les subventions profitent beaucoup plus aux couches les plus aisées de la population qu’aux pauvres.» Et jusqu’au Fonds monétaire international (FMI) qui, versant des larmes de crocodile, pleure sur le caractère coûteux de ces subventions pour le budget de l’Etat qui a besoin, dit-il, «de financer les dépenses ciblées et mieux protéger les pauvres» (quand on pense aujourd’hui à la Grèce et à son impitoyable paupérisation !).

En fait, cette institution financière internationale n’ a, dans son tropisme bien connu, qu’une arrière-pensée : pousser à la déréglementation des dernières barrières de l’Etat social pour avoir ensuite les coudées franches en vue de préconiser, si les circonstances s’y prêtent, des mesures franchement antisociales, comme on l’a vu , dans le passé, ici même.

Mais revenons à cette affirmation : «Les subventions sont source d’injustice sociale». Ce qui donne ce syllogisme :

1) les subventions qui sont faites pour les plus pauvres profitent plus aux plus riches.
2 Elles deviennent par là-même injustes.

3) Alors supprimons-les. On l’aura compris: feindre de pointer les riches et de soutenir les pauvres en préconisant et en justifiant une politique et des mesures contre les pauvres…

Il est possible d’entreprendre la déconstruction de cet «oxymore» :

1. En opposant la frange de la population la plus pauvre à celle qui est la plus riche, on cherche à zoomer sur le grand écart en oubliant les millions d’hommes et de femmes, salariés et employés, pauvres sans être les plus pauvres, et moins pauvres que les pauvres, ni riches ni pauvres, pour qui la disparition de ces subventions grèverait leur pouvoir d’achat.

2. En stigmatisant le caractère général de ces subventions, on arrive à provoquer une plus grande fragmentation de la société civile. Au lieu de la charité pour les pauvres à laquelle, en prenant cette direction, on finira par aboutir un jour ou l’autre, mieux vaut compter sur un système de solidarité nationale et maintenir le caractère universel de certaines mesures car, dans les deux cas, cela préserve la dignité de ceux de nos concitoyens, justement les plus pauvres.

Tout en supprimant les importations de produits de luxe, superflus ou franchement inutiles, pourquoi ne pas penser à inciter l’Etat à faire rentrer dans ses caisses les sommes colossales qui lui échappent du fait de l’évasion et de la fraude fiscales et à imposer davantage les plus riches en tenant compte justement de l’avantage qu’ils tirent de ces transferts sociaux ?

3. Revenons au raisonnement syllogistique. La subvention a été créée dans la finalité juste de soutenir le pouvoir d’achat de larges couches de la population. Elle constitue en soi une mesure de justice sociale. Il se trouve qu’elle profite aux plus riches. Doit-elle pour autant perdre son caractère juste ? Une mesure juste en soi demeure juste tant qu’elle sert le but pour lequel elle a été prise.

Elle peut devenir inefficace et perdre sa destination (ce qui n’est pas le cas), mais même alors, sa remise en cause légitime ne la rendra pas injuste, mais inutile et fausse. On voit alors que l’emploi de la phrase litigieuse n’a dans le contexte qu’un but, celui d’obtenir la persuasion par discrédit de cette subvention. 

Source : El Watan

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