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Publié par Saoudi Abdelaziz

Chercheur en socioéconomie auprès de l’Institut de recherche pour le développement.

Chercheur en socioéconomie auprès de l’Institut de recherche pour le développement.

Propos recueillis par Mohand Aziri, 23 juillet 2019.

La décapitation des «grands» groupes économiques dans le sillage des opérations dites de «lutte anticorruption» crée une nouvelle situation annonciatrice de drames économique et sociaux. Le gouvernement dit vouloir reprendre les groupes en question pour éviter un remake de l’affaire Khalifa. D’un point de vue managérial, que deviennent ces grands groupes ? La reprise est-elle possible juridiquement, sachant que la propriété privée est sensée être protégée ?

Hicham Rouibah. Justement, dans ce cadre d’illégitimité politique, on doit garantir la continuité des fonctionnements fondamentaux, mais on ne peut lancer des opérations de «lutte anticorruption» de masse de façon sélective sur les grands patrons industriels ou importateurs et hommes d’affaires.

Bien que ces derniers ne soient pas à l’abri de l’implication dans des affaires de corruption, il faudrait bien déjà une purge au niveau de la magistrature qui n’agit qu’à la faveur du pouvoir en place d’après les dispositifs des articles 92, 164, 173, 174 de l’actuelle Constitution.

D’un point de vue managérial, une entreprise sans son patron ne signifie pas son arrêt ou son déclin. Il y a toute une hiérarchie dans une grande entreprise. Le patron ou le propriétaire n’est généralement pas le décisionnaire dans le processus productif et comptable, et ceci à l’échelle mondiale. On vient de le voir avec l’affaire Renault-Nissan.

L’emprisonnement de son patron Carlos Ghosn pour fraude fiscale n’a pas empêché ce conglomérat franco-japonais de poursuivre normalement ses activités économiques. L’Etat peut choisir l’option de forcer l’ouverture des capitaux à d’autres acteurs privés en toute transparence, mais il n’est pas improbable de voir l’Etat devenir actionnaire important des entreprises dont les patrons sont emprisonnés.

Cependant, le processus de nationalisation est plus compliqué que celui de privatisation et ceci depuis les injonctions du FMI après le prêt octroyé à l’Algérie dans les années 1990. La bataille juridique et probablement judiciaire sera longue et pénible car dépendante des décisions des conseils d’administration de ces entreprises et des proches des propriétaires et des actionnaires qui sont des ayants droit.

Mais dans une hypothèse plus plausible, l’Etat cherchera sans doute des résolutions consensuelles pour avoir une participation capitalistique dans ces groupes et pour ne pas prendre le risque de détruire des emplois ou de créer des entraves aux circuits économique et bancaire algériens.

Après tout, l’Etat demeure le premier employeur en Algérie, il n’est pas impossible de le voir devenir actionnaire de l’ETRHB, de KouGC ou de Cevital. 

Texte intégral de l'interview : El Watan

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