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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Par Marouane Zitouni, 21 juin 2019

C’est bientôt le départ en vacances pour les étudiants et les discussions se concentrent sur l’avenir de la mobilisation estudiantine dans le cadre du mouvement populaire. Beaucoup, à la tête de l’Etat, misent d’ailleurs sur l’essoufflement des manifestations estudiantines en cette saison estivale. Mais les étudiants ne l’entendent pas de cette oreille… Ils se donnent encore le mot pour continuer la «lutte». El Watan week-end donne la parole aux étudiants.

«J’ai toujours été présent dans les manifs des étudiants et aussi ceux des vendredis et je le serai jusqu’à l’obtention de nos revendications entières.» Hiba, 19 ans, étudiante à l’Ecole nationale de journalisme, est déterminée. Pour elle, il y a eu des acquis, mais le peuple veut encore justice et démocratie. La détermination des étudiants est présente en force.

D’ailleurs, il en sont à leur 17e mardi de contestation et jusqu’à présent le mouvement estudiantin n’a pas faibli, et surtout n’a pas perdu de son pacifisme. Pour le moment, les discussions entre étudiants visent à garder le contact pour réussir leur mobilisation.

L’année universitaire n’est pas achevée, une décision prise par le ministère de l’Enseignement supérieur, stipulant que «les vacances universitaires d’été sont fixées du jeudi 11 juillet au 2 septembre 2019, excepté pour les établissements d’enseignement supérieur ayant accusé un retard dans l’accomplissement des charges pédagogique et scientifique, qui peuvent prolonger l’année universitaire 2018-2019 au plus tard jusqu’au 31 juillet 2019».

Une mesure qui n’endiguera pas la mobilisation estudiantine, selon les étudiants.

«Le mouvement estudiantin va continuer en force pendant les vacances, car on est tous déterminés face à ce pouvoir corrompu et obstiné. Certes il y aura une diminution minime du nombre des manifestants dans la capitale vu le départ des étudiants résidant dans les internats, mais cela n’empêchera pas la pérennité des manifs», explique Rania, 19 ans, étudiante et coordinatrice à la faculté des sciences politiques d’Alger.

Il faut dire qu’aujourd’hui, les priorités ont simplement changé, vu le contexte politique actuel.

Ces étudiants, qui ont dans le passé fermé l’œil sur la politique et l’avenir du pays, ont aujourd’hui changé leur vision. Ils ont tourné le dos à l’immigration ; ils se sont réapproprié l’espace public ; ils s’intéressent à la politique et ne ratent pas le moindre détail. De plus, les étudiants sont désormais superbement structurés ; ils sont organisés en comités et syndicats afin de lutter de façon plus efficiente.

Source : El Watan

Echos...

 

1 – Karima. 20 ans. En 3e année en licence architecture. représentante externe du département d’architecture d’Alger, une des représentantes du pole des étudiants algériens chargée de la cellule communication et médias 

«Tous ceux qui pensaient que l’implication des étudiants dans la mobilisation va faiblir ont tout faux, et ce, pour plusieurs raisons. La première : l’année universitaire est loin d’être clôturée. Les examens sont prévus pour septembre. Les étudiants sont donc toujours présents. Ensuite, il faut savoir que la communication est le principal atout des étudiants.

On peut faire partie d’universités différentes mais on arrive tout de même à organiser des actions car la communication est en force. Je m’explique : à partir du 26 février, chaque établissement s’est organisé en comité interne. Suite à cela, nous avons coordonné les différentes promotions et départements de chaque établissement, ce qui a donné naissance au Pole des étudiants algériens qui regroupe des étudiants de 14 établissements (13 écoles en plus de la fac centrale).

Il est à noter que l’intégration du pole ne peut se faire que si l’établissement adhère au «guide d’organisation». Autrement dit, qu’il jouit d’une organisation interne. Ce guide a d’ailleurs permis à de nombreux établissements de s’auto-organiser et d’élire des portes paroles et des représentants légitimes. Finalement, le pole facilite la répartition des tâches et l’organisation de nos actions de sorte à optimiser le rendu du pole.

Il faut savoir que nous avons également réussi à lancer le Pole Ouest qui regroupe dix établissements d’Oran, Bel Abbès et Tlemcen, et travaille en étroite collaboration avec le pole du Centre. Ce qui est certain c’est qu’on va maintenir la pression jusqu’à ce que nos revendications soient arrachées. Désormais, nous sommes en discussions et avons pris part a de nombreuses séances de travail afin d’élaborer le programme du mouvement en cette saison estivale.»

2 – Cylia. 21 ans. En 4e année électronique à l’Ecole nationale polytechnique, coordinatrice chargée des relations externes

«A l’instar de plusieurs établissements, les étudiants de l’ENP étaient en grève depuis des mois. Il y a deux semaines que nous avons repris. Est-ce que le mouvement va s’arrêter ? Non ! Les étudiants engagés vont continuer à lutter jusqu’au bout. Il y aura peut-être une légère diminution du nombre des manifestants, mais cela ne va pas influencer le mouvement général. Pour l’heure, on essaye de tout mettre en œuvre afin de maintenir la pression, et ce, malgré la charge de travail qui nous attend. Notre objectif premier est de libérer les mardis et aménager les heures restantes pour rattraper le retard accumulé.

Nous sommes certains que notre détermination nous mènera jusqu’au bout de notre combat. On ne va pas lâcher en si bon chemin. De plus, nous sommes structurés et bien organisés. Chacun de nous connaît le rôle qu’il doit remplir. Et la communication entre les différents comités (internes et externes) est notre atout majeur. C’est suite à la marche du 26 février que nous avons décidé, à l’ENP, de créer un comité qui réunit des représentants de chaque spécialité (13 spécialités et deux classes préparatoires).

On a élu un représentant pour chaque année et chaque spécialité. Par la suite, nous avons opté pour une collaboration avec les autres écoles d’El Harrach. Cette coordination s’est étendue jusqu’à la création du Pole des étudiants algériens. L’organisation des manifestations se fait ainsi avec les établissements qui ne font pas partie du Pole, tels l’USTHB et la fac de Dély Ibrahim. Par ailleurs, il faut savoir que l’organisation dans le Pole n’est pas hiérarchique mais horizontale. Il existe plusieurs cellules : la cellule de communication, la cellule d’organisation des manifs, la cellule des relations extérieures, cellule de sensibilisation…

Et chaque cellule a un responsable et des coordinateurs afin de transmettre les informations entre les différentes cellules. De plus, toujours dans le cadre de nos actions, les étudiants de l’ENP ont créé plusieurs ateliers, comme l’atelier slogans pancartes et banderoles, atelier sensibilisation (qui fabrique des flyers distribués pendant les marches) et même un atelier vidéo qui a déjà réalisé plusieurs vidéos explicatives sur différentes thématiques telles que la loi électorale ou encore les prérogatives du président intérimaire. Ces vidéos sont publiées généralement sur la page ‘Fhamni Politic’ gérée par une quinzaine d’étudiants de l’ENP.»

3 – Katia. 18 ans. En 1re année biologie. Etudiante à la fac centrale

«Le mouvement estudiantin n’est pas lié à l’année universitaire mais à l’étudiant lui-même. Preuve en est : nous avons eu droit aux vacances anticipées imposées par le ministre de l’Enseignement supérieur, mais nous avons tout de même poursuivi  nos actions. Et si nous sommes toujours là, c’est par la force de la persévérance et du sens de l’organisation.

Il faut savoir qu’à la fac centrale, nous avons trois comités : le comité interne, le comité externe et le comité d’organisation d’événement. Chaque comité a ses prérogatives. A titre d’exemple, au sein du comité interne, des ateliers banderoles et pancartes ont lieu chaque lundi. Pourquoi je suis convaincue que le mouvement ne va pas s’essouffler ?

C’est parce que l’année universitaire n’est pas encore finie. Mais en plus, notre détermination est encore fortement présente. On ne compte pas nous arrêter jusqu’à est-ce que le slogan ‘Yatnahaw gaa’ scandé depuis le 22 février dernier prenne tout son sens.»

4 – Mohamed. 22 ans. Diplômé de l’Ecole nationale polytechnique, étudiant en 1re année à l’USTHB, spécialité mathématiques et informatique.

«Le mouvement estudiantin est dissous dans le mouvement populaire. les étudiants sont d’abord des citoyens algériens, et donc les revendications du peuple sont similaires à celles des étudiants. Cela signifie que la condition d’arrêt imposée par le mouvement populaire,qui prévoit le départ de tous, ‘Yetnahaw gaa’, est fortement adoptée par le mouvement estudiantin.

Et tant que cette condition n’est pas satisfaite, les étudiant resterons mobilisés quelque soit les circonstances, même après la clôture de l’année universitaire les étudiants continuerons leur contestation si il n’aura pas gain de cause. Personnellement j’ai participé à l’organisation du mouvement estudiantin dès son déclenchement, j’étais coordinateur du comité estudiantin indépendant de Bab Ezzouar, un comité légitimement élu par les étudiants de l’USTHB, mais actuellement je suis bénévole et je participe aux manifestations du mardi en tant qu’étudiant.»

Source : El Watan

 

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