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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Saïd Djaafer, 18 mai 2019

Vendredi 13ème a confirmé la sereine et paisible exigence nationale d’un changement de régime. Plus rien de ce qu’émet le régime ne détourne les Algériens de cette demande qui ne peut être satisfaite par les hommes et les mécanismes en place. Ils le disent de toutes les manières possibles chaque jour, et ils le confirment  dans les manifestations massives et festives de chaque vendredi.

Le Ramadan n’a pas entamé, bien au contraire, cette puissante et pacifique énergie avec laquelle les Algériens signifient la fin de partie du régime de la cooptation en vigueur depuis l’indépendance. Toutes les tentatives de présenter le mouvement populaire comme le produit d’une manipulation et d’un complot ourdi échouent sur l’évidence partagée: ce régime est en faillite depuis longtemps et il n’est pas question de lui accorder un sursis supplémentaire ou de lui permettre de se réinitialiser.

Or, les mécanismes de la Constitution à travers l’article 102 sont bien ceux de la réinitialisation que le mouvement populaire, par son pacifisme, son intelligence, rend impraticable. Les tentatives de division du peuple sur les thèmes “classiques” de l’unité nationale prétendument menacée ou sur des thèmes idéologiques échouent sur la formidable capacité d’autorégulation du mouvement populaire qui parvient à éliminer régulièrement les sujets de diversion.

Ni la religion, ni l’identité ne sont des sujets pour le Hirak, et encore moins les tentatives de manipulation de l’histoire. Le  Hirak est en effet pleinement dans la trajectoire du mouvement national avec l’objectif d’une démocratie sociale où le peuple est souverain. Le sentiment d’union nationale, mis à mal par les graves dérives du régime, a été renouvelé et renforcé par le mouvement populaire du 22 février et c’est inestimable. Cela est un acquis et il est probable qu’aucune manoeuvre ne réussira à l’entamer.

Socle commun

La force du mouvement est de savoir pleinement ce qu’il ne veut pas : le maintien des hommes et des dispositifs de renouvellement du système. Et cette “idée fixe” va au-delà des clivages politiques et idéologiques car il s’agit tout simplement de ne plus jamais accepter des situations attentatoires à la dignité des Algériens.  Ce socle commun solide qui rassemble les Algériens est si fort que les hommes politiques qui ont des ambitions sont amenés, par conviction ou par crainte, à se réfréner. Le résultat est là: à deux jours de la date limite du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle du 4 juillet, aucun candidat sérieux ne s’annonce. La réinitialisation est mise en échec.

La vague d’arrestations et de poursuites judiciaires contre des oligarques et des responsables de l’ère Bouteflika fait l’objet d’appréciations diversifiées: certains l’estiment prématurée car présentant la suspicion d’une opération politique destinée à faire croire que le changement demandé est en cours de réalisation. Un autre point de vue consiste à dire que c’est le mouvement populaire qui contraint le régime à tenter de faire sa “toilette” en engageant des poursuites contre des corrompus et que c’est toujours bon à prendre.

Mais en tout état de cause, les points de vue se rejoignent sur le fait que ces poursuites ne sont en aucun cas un substitut à la demande de changement de régime. Bien au contraire, les “shows” judiciaires abondamment filmés par les chaînes offshore au rôle plus que trouble n’ont eu qu’un seul effet : de conforter les Algériens sur le fait que ce système a engendré une corruption qui dépasse l’imagination. Et c’est une raison supplémentaire pour refuser que ce système organise une transition de réinitialisation.

Les appels à une transition politique ne sont pas des “complots” visant à créer le “vide”. La distance abyssale entre les Algériens et les “institutions” du régime, c’est cela le vide. Ceux qui continuent à défendre l’idée qu’il y a un complot sont dans la ligne absurde dénoncée dans le célèbre texte grinçant de Bertolt Brecht:

“Après l’insurrection du 17 juin,

Le secrétaire de l’Union des écrivains

Fit distribuer des tracts dans la Stalinallee.

Le peuple, y lisait-on, a par sa faute

Perdu la confiance du gouvernement

Et ce n’est qu’en redoublant d’efforts

Qu’il peut la regagner. Ne serait-il pas

Plus simple alors pour le gouvernement

De dissoudre le peuple

Et d’en élire un autre ?

L’Algérie peut se passer de cette absurdité. Depuis le vendredi 22 février, il y a un dialogue à distance entre le mouvement populaire et l’armée sur la manière de gérer la transition. Il est temps pour l’armée, qui est le pouvoir de fait, de négocier avec les forces politiques et les acteurs du mouvement populaire, une transition vertueuse qui permette enfin aux Algériens de construire l’Etat démocratique et social pour lequel des générations et des générations de militants ont lutté.

Source : Huffpost-Algérie

 

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