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Publié par Saoudi Abdelaziz

Un éditorial d'El Watan

 

Par Nouri Nesrouche, 27 mai 2019

De vives et sincères inquiétudes sont exprimées discrètement hélas face au risque de destruction des preuves des crimes économiques commis durant les vingt ans de règne des Bouteflika.

 

Durant les quatre mandats présidentiels, le cancer de la corruption a métastasé pour atteindre tous les départements de l’Exécutif gouvernemental, et l’existence aujourd’hui de cadavres dans les placards des ministères n’est pas une vue de l’esprit. Ces départements sont autant de scènes de crimes, et donc les cibles potentielles d’enquêtes.

Le départ brutal de Bouteflika et l’isolement, voire l’emprisonnement de quelques-uns de ses proches, avec ouverture d’enquêtes, quand bien même ce sont de bonnes nouvelles pour les Algériens, demeurent des médicaments de soutien qui ne viendront pas à bout de la corruption qui ronge le corps Algérie. Les esprits avisés savent qu’il nous faut beaucoup de temps et surtout remettre le pays sur de bons rails, avec une justice indépendante, condition sine qua non pour stopper le mal et entamer un processus de réparation et de moralisation de l’économie nationale.

A ce moment, nous aurons besoin d’éplucher les fonds documentaires qui forment autant de pièces comptables sur la gestion des deniers publics au sein des ministères durant les vingt ans de règne de Bouteflika. Ces fonds documentaires sont aujourd’hui un bien public extrêmement précieux, capable de nous éclairer sur l’ampleur de la catastrophe, sur les modus operandi, et sur les auteurs de ces crimes contre le peuple, ainsi que leurs complices internationaux.

Il s’agit, en effet, d’un enjeu majeur aussi bien pour les Algériens qui rêvent d’une nouvelle République, que pour les criminels de tout acabit qui ont saigné l’Algérie. Si aujourd’hui quelques-uns font l’objet d’enquêtes, l’opinion publique, déniaisée par le vécu quotidien de tout un chacun et l’expérience collective face aux pratiques de corruption, ne doute pas du fait qu’il s’agit juste de la partie visible de l’iceberg.

Nous savons que les réseaux larges tissés autour de la rapine démocratisée ne sont pas encore inquiétés et que leurs «animateurs», à tous les niveaux, jouissent de la liberté. Nous savons aussi que leurs capacités de nuisance, même si le hirak les a acculés, demeurent importantes. Par instinct de survie et de solidarité, ces réseaux ne reculeront devant rien pour effacer les traces de leurs crimes, et même les affaires classées, ce qui revient à faire disparaître les cadavres des placards des administrations. D’après des échos parvenus de certains départements, rien n’est fait pour sécuriser ces fonds documentaires.

Les complicités, la baisse de vigilance, en plus de nouvelles désignations à la tête d’organismes et de directions qui élèvent plus la suspicion qu’elles ne rassurent, légitiment et renforcent ces inquiétudes. Nul n’est dupe pour croire que le mal a cessé le 2 avril, avec le départ de Abdelaziz Bouteflika, ou encore avec l’emprisonnement de son frère Saïd. D’ailleurs, rien qu’au niveau de la Présidence, les mains vilaines auraient eu tout le temps nécessaire pour faire disparaître, au besoin, toute preuve compromettante, et ce n’est qu’un échantillon dans la bouillabaisse bouteflikienne. La contre-révolution commence par là.

Nettoyer les écuries d’Augias fait partie des travaux herculéens du peuple algérien, mais pour ce faire, il faut d’abord empêcher qu’un autre nettoyage, au sens mafieux du terme, s’active en amont. Les Algériens exerçant dans l’administration et animés par le sens patriotique ont ici un rôle historique à jouer pour aider leur pays.

Source : El Watan

 

 

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