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Publié par Saoudi Abdelaziz

EVOCATION. Louisa Hanoune a milité pour la présidence à vie de Bouteflika

 La durée du mandat présidentiel est de cinq ans. Le président de la République est rééligible une seule fois ». En avril 2009, Bouteflika devait quitter El Mouradia. Il a provoqué une révision constitutionnelle pour rester au pouvoir. Le président de l'APN Abdelaziz Ziari qui a mené campagne affirme  que "l’article 74 de la Constitution de 1996 a été introduit « pour donner des gages de démocratie aux institutions internationales et aux partenaires de l’Algérie ». Curieusement cet argumentaire a été également développé par Louisa Hanoune, le leader du parti des travailleurs (PT), pour qui « la limitation des mandats présidentiels est antidémocratique ».

Révision de la Constitution : vers une présidence à vie pour Abdelaziz Bouteflika ?

Par Chérif Bennadji. L'année du Maghreb, 2009

EXTRAIT

Depuis son accession à la magistrature suprême en avril 1999, Abdelaziz Bouteflika n’a eu de cesse de critiquer la Constitution dans le cadre de laquelle il avait pourtant accepté de se faire adouber par la haute hiérarchie militaire.
À l’endroit de cette loi fondamentale mise au point en 1996, sous le règne de Liamine Zéroual son prédécesseur, Abdelaziz Bouteflika énonçait un grief essentiel à ses yeux : l’amalgame qu’entretenait ce texte entre régime parlementaire et régime présidentiel, ce qui avait pour effet d’affaiblir l’institution présidentielle.

 

Aussitôt installé à la tête de l’État, Abdelaziz Bouteflika entreprit de rejeter le statut qui lui était réservé, en clamant haut et fort, que jamais il n’accepterait d’être un « trois-quarts président ».
C’est assez dire d’emblée que le principe d’une révision constitutionnelle a été posé par Abdelaziz Bouteflika dès l’entame de son premier mandat.

(...)

La teneur et la portée de la révision

Dans l’allocution prononcée lors de la cérémonie d’ouverture de l’année judiciaire 2008/2009, Abdelaziz Bouteflika n’avait pas évoqué de manière frontale et explicite l’épineuse question de son maintien à la tête de l’État au-delà de la durée légale de son mandat qui devrait expirer en avril 2009. Par tactique, tout autant que par pudeur, il avait pris soin de ne pas aborder clairement la révision de l’article 74 de la Constitution de 1996 qui dispose : « La durée du mandat présidentiel est de cinq ans. Le président de la République est rééligible une seule fois ».

Le voile sera levé cinq jours après à la faveur de la publication du communiqué officiel du conseil des ministres saisi du projet de loi portant révision constitutionnelle. Aux termes de ce communiqué est abordé, enfin, « le droit souverain du peuple à choisir librement ses dirigeants. À ce titre l’amendement proposé à l’article 74 maintient que la durée du mandat présidentiel est de cinq ans et dispose que le président de la République est rééligible ». L’argumentaire à l’appui de cet amendement est tiré de l’idée que

« tout système démocratique dans le monde consacre le peuple comme seul détenteur de la souveraineté qu’il exerce par le biais des institutions qu’il se donne. Tout système démocratique reconnaît également au peuple seul, le droit de choisir ses dirigeants par la voie des élections pluralistes, libres et transparentes. La véritable alternance au pouvoir émane donc du libre choix du peuple lui-même lorsqu’il est consulté en toute démocratie et en toute transparence à travers des élections libres et pluralistes. Tel est donc le sens et la portée de cet amendement à l’article 74 de la Constitution dont le but est de redonner à la souveraineté populaire sa pleine et libre expression ».

Ainsi donc, l’article 74 de la Constitution de 1996, en limitant le nombre de mandats présidentiels serait attentatoire à la souveraineté populaire ! Pis encore, pour les rédacteurs du communiqué du conseil des ministres, « la véritable alternance au pouvoir » c’est celle qui devrait permettre à l’actuel président de se maintenir ad vitam æternam à la tête de l’État ! L’on savait, à la suite du grand intellectuel algérien Abdallah Mazouni (1969), qu’en Algérie tout était spécifique même… les oranges, mais l’on ignorait qu’il y avait une notion spécifiquement algérienne de l’alternance au pouvoir !

Toutes ces idées qui heurtent la conscience démocratique ont été développées tout au long de l’année 2008 par les partisans d’Abdelaziz Bouteflika et notamment par l’un de ses obligés, Ziari, président de l’Assemblée nationale.

Pour ce dernier « la notion d’alternance au pouvoir et le principe de la limitation des mandats […] [sont] une invention diabolique de l’impérialisme rampant et tentaculaire conçue expressément pour maintenir au stade primitif les continents africain et asiatique ». Se demandant pourquoi « on a limité les mandats du président de la République, alors qu’on ne l’a pas fait pour le président de l’Assemblée nationale ou le président de l’APC (i.e. le maire), Ziari conclut que cette limitation est « le résultat de pressions exogènes ». L’article 74 de la Constitution de 1996 a été introduit « pour donner des gages de démocratie aux institutions internationales et aux partenaires de l’Algérie ».

Curieusement cet argumentaire a été également développé par Louisa Hanoune, le leader du parti des travailleurs (PT), pour qui « la limitation des mandats présidentiels est antidémocratique ». Pour ce leader d’un parti d’obédience trotskiste qui s’est considérablement rapproché du président Bouteflika, la limitation des mandats n’est pas une exigence de la démocratie. Peu importe le nombre successif de mandats si l’on consacre le principe de la révocabilité des mandataires qui n’auraient pas respecté les termes de leur mandat.

Outre ces deux personnalités, tous les thuriféraires du pouvoir, dont les propos sont toujours largement médiatisés, ont répété à l’envi qu’il fallait lever l’hypothèque de l’article 74 de la Constitution pour permettre au peuple de renouveler sa confiance à Abdelaziz Bouteflika pour un troisième mandat qui se dit en langue arabe ouhda thalitha, formule qui a fait florès et dont le génie populaire s’est emparé pour la tourner en dérision. (...)

Texte intégral : Open Edition

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