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Publié par Saoudi Abdelaziz

Extrait de l'Interview de Madjid Benchikh. Professeur émérite à l’Université de Cergy-Pontoise et ancien doyen de la Faculté de droit d’Alger.

El Watan : L’aspect organisationnel revient justement d’une façon récurrente dans le débat sans que l’on tranche sur les modalités de structuration du « hirak ». Comment voyez-vous cette question de la représentativité et de l’organisation du mouvement ?

Photo Sami K.

Madjid Benchikh. Je sais que le Commandement militaire et quelques autres parties demandent au Soulèvement populaire de s’organiser et de désigner des représentants. Il convient de clarifier ces questions qui sont aussi, parfois, posées par certains segments de la population.

Le Soulèvement n’a pas une organisation structurée avec un ou des chefs reconnus. C’est un fait. Tout le monde le constate. Cette situation ne vient pas du ciel. Elle est le résultat de l’histoire politique de notre pays, notamment depuis notre indépendance en 1962.

Je retiens surtout un élément déterminant parmi d’autres que nous ne pouvons pas reprendre ici. Il s’agit de la répression conduite par les tenants du système depuis l’indépendance pour empêcher l’émergence de partis politiques, de syndicats et d’associations autonomes, représentatifs et libres.

Les politiques des gouvernants relatives au contrôle de la société avec la Sécurité militaire puis le DRS ont asséché les scènes politiques et sociales, y compris à l’Université et en matière de recherche. On détruit les tissus sociopolitiques, et ensuite, on vient exiger des structures et des représentants.

Il n’y aura pas de représentants ni de structure de ce que l’on appelle le ‘’harak’’ et que j’appelle ‘’Soulèvement populaire’’ parce qu’il est maintenant impossible de plaquer une organisation et des noms sur un mouvement qui a été créé de manière géniale pour répondre avec les moyens dont on dispose aux abus de pouvoir d’un système oppressif. Ceux qui demandent des structures et des chefs sont pour la plupart des personnes qui n’ont pas cherché à analyser et comprendre les conditions d’émergence du Soulèvement populaire. A ceux-là, il faut juste expliquer les raisons de cette situation et leur demander de faire preuve de patience.

Mais du côté des tenants du système, il s’agit d’une manœuvre ou d’une argumentation spécieuse pour couvrir l’absence de volonté d’aller au dialogue pour rechercher une solution politique à la crise et au blocage d’un système dont ils sont la colonne vertébrale.

L’impossibilité de plaquer des noms et une structure sur le mouvement populaire, à moins, consciemment ou inconsciemment, de vouloir le casser, ne veut pas dire que les mondes associatif, syndical et politique autonomes ne doivent pas travailler, approfondir les revendications et s’organiser ou se restructurer. Les universitaires et les étudiants, les militants associatifs et les travailleurs, devront agir dans ce sens. Leurs apports peuvent être décisifs. A titre d’exemple, pour les actions des semaines et des mois prochains, l’approfondissement de la lutte des juges, des avocats, des militants conscients de l’UGTA, des maires, des journalistes et d’autres secteurs, permet de préparer le mouvement associatif au fonctionnement du véritable système politique démocratique de demain. C’est qu’en effet il n’y a pas de système politique démocratique sans l’existence de multiples contre-pouvoirs. Toutes ces luttes, non seulement donnent un corps au soulèvement populaire mais dessinent l’âme et l’esprit du système démocratique que le peuple réclame en chantant par millions chaque vendredi depuis plusieurs mois : ‘’Algérie libre et démocratique’’. Il faut s’armer de patience. Nous ne sommes qu’au tout début de la lutte pour la démocratie.

C’est l’intensité de ces luttes et leur approfondissement qui feront la différence avec les autres luttes passées et notamment celles de 1988 et permettront d’arracher la transition démocratique.

Donc dire au mouvement « structurez-vous », c’est faire preuve d’une méconnaissance complète de la nature du soulèvement populaire, et c’est oublier les conditions de son apparition. Le mouvement est né de cette manière, sans structure qui le conduit, et sans désignation d’une direction qui en prendrait la responsabilité. On ne peut pas reproduire le FLN/ALN de la guerre de libération.

Extrait de l'interview réalisée par Mustapha Benfodil

Texte intégral : El Watan

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Nadir Boumaza 27/05/2019 10:20

Oui cher collègue Pr Bencheikh, votre analyse est aussi la mienne. Elle explique mais elle ne peut en rien être une justification. La création de partis est encore un casse tête et surveillée par le pouvoir qui en fait ce qu'il veut selon les pressions et stratégies d'ennoiement de ce qui émerge. Il est quoiqu'il en soit impératif que le mouvement se dote d'un minimum d'organisation. Pr BoumazaIl gagne et le peuple avec à la constitution de groupes, mouvements, associations (en devenir et à faire légaliser par un pouvoir qui garde tout en main. Expliquer ne justifie pas si vous le permettez. La réalité est faite aussi de la difficulté de nos concitoyens à s'organiser formellement. elle doit être dépassée comme toutes choses générées par un système qui a non seulement réprimé et empêché mais aussi diffusé comme un poison le principe de la séparation entre les organisations sociales et les appartenances familiales, régionales etc. Fondamentalement, la situation devrait faire une grande brèche dans ce domaine structuré et orienté par le système qui est spécialisé dans l'empêchement e toute organisation qu'il ne contrôle pas. Votre analyse si vous le permettez toute chose ayant sa composante rationnelle voire scientifique mais aussi sa part subjective et "culturelle". Associons les principes de l'organisation moderne à ceux dee l'informalité et du spontané. Les choses avanceront mieux? Meilleures salutations. Pr N.BOUMAZA