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Publié par Saoudi Abdelaziz

10 avril 2019. Photo DR

10 avril 2019. Photo DR

 

"Deux choix s’étaient offerts au commandement de l’ANP : empêcher l’intronisation de Bensalah comme chef d’Etat intérimaire pour permettre la désignation d’une présidence collégiale, ou laisser faire. C’est cette seconde option qui l’a –du moins jusque-là- emporté dans le double souci de ne pas assumer un coup de force institutionnel, qui serait le deuxième après celui de 1992, et de ne pas se retrouver en porte-à-faux avec sa propre suggestion qui est l’application de l’article 102. Sauf que ce choix risque d’être vite confronté à la réalité de la contestation. "

Par Makhlouf Mehenni 10 Avril 2019

Le Parlement est passé à l’acte ce mardi 9 avril en officialisant le départ de Bouteflika et la nomination de Abdelkader Bensalah comme intérimaire pour les trois prochains mois. L’option, comme on le sait, est rejetée par le peuple qui a réitéré lors des marches de vendredi passé son refus de voir la cruciale période de transition gérée par des hommes du système.

Il n’y a pas que Bensalah qui est indésirable. La rue ne veut pas non plus de Noureddine Bedoui à la tête du gouvernement et de Tayeb Belaïz au Conseil constitutionnel.

Or, l’armée, en acceptant de donner un coup de main décisif pour obtenir le départ de Bouteflika, avait mis en garde qu’il ne faudra pas attendre qu’elle agisse en dehors du cadre constitutionnel. Lorsque le général de corps d’armée Ahmed Gaïd-Salah avait pour la première fois sommé indirectement le président Bouteflika de partir, il avait pris la précaution d’habiller son appel d’une suggestion d’appliquer une clause de la loi fondamentale. Il en a fait de même à chacune de ses sorties similaires, évoquant l’article 102 prévoyant la démission ou la destitution du président, puis les articles 7 et 8 stipulant que le peuple est source de toute légitimité et souveraineté et dépositaire du pouvoir constituant.

Bouteflika a obtempéré le 2 avril au soir, deux heures après le dernier coup de sommation du chef de l’armée, mais au fil des jours, il s’est avéré qu’il est difficile de concilier l’insistance du peuple à faire table rase des institutions et des hommes hérités de Bouteflika et celui des chefs de l’armée de ne pas déborder le cadre de la Constitution.

Deux choix s’étaient offerts au commandement de l’ANP : empêcher l’intronisation de Bensalah comme chef d’Etat intérimaire pour permettre la désignation d’une présidence collégiale, ou laisser faire. C’est cette seconde option qui l’a –du moins jusque-là- emporté dans le double souci de ne pas assumer un coup de force institutionnel, qui serait le deuxième après celui de 1992, et de ne pas se retrouver en porte-à-faux avec sa propre suggestion qui est l’application de l’article 102.

Sauf que ce choix risque d’être vite confronté à la réalité de la contestation. Il équivaut même à un retour à la case départ, c’est-à-dire à la situation qui prévalait avant l’annonce par Bouteflika du report de la présidentielle, le 11 mars dernier. Car si, ce jour-là, le pouvoir avait été amené à prendre cette décision extrême, c’est à cause de la certitude qu’il avait que l’élection, rejetée par la population à cause de la présence de Bouteflika en lice, n’allait pas se dérouler dans de bonnes conditions, voire ne pas se dérouler du tout.

Les jeunes avaient menacé d’empêcher les meetings de campagne et le scrutin, et ils avaient démontré à travers les premières marches qu’ils avaient les moyens et la détermination nécessaires pour le faire. De telles menaces risquent de resurgir dès la confirmation de la tenue de l’élection sous l’égide des « trois B », laquelle confirmation se fera par la convocation du corps électoral qu’on dit imminente – elle devrait logiquement intervenir ce jeudi.

Les manifestants ont clairement exprimé leur revendication d’une vraie transition et leur refus de voir des hommes parmi les plus fidèles à Bouteflika prendre les commandes dans cette période cruciale. Aussi, les candidats sérieux et crédibles ne risquent pas de se bousculer si le peuple persiste à rejeter le scrutin.

Si le processus électoral est enclenché dans les conditions actuelles, il est évident que le nouveau mot d’ordre de la rue sera son rejet. Le risque de dérapage n’est pas loin et c’est l’armée qui se retrouvera dans une position intenable. Son devoir de préserver la sécurité et la stabilité risque même de la jeter dans un face à face avec ce même peuple qu’elle a admirablement accompagné jusque-là. Un peuple avec lequel elle dit « partager la même vision pour l’avenir » et qui le lui rend bien en scandant chaque vendredi des slogans de fraternisation avec « son » armée.

Source : TSA-Algérie

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