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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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17 avril 2019

Cette vision complotiste est devenue une constante universelle des régimes autoritaires. Les «grandes démocraties» occidentales qui sont de plus en plus autoritaires (USA, France...) ne cessent d'accuser la Russie ou la Chine de vouloir les déstabiliser... Dans les pays du Monde arabe, c'est la main étrangère qui est mise en avant comme facteur explicatif par les régimes autoritaires, par des sycophantes ou par des penseurs et hommes politiques impérialistes en lutte contre des concurrents.

Trois exemples récents sont particulièrement frappants.

Remarquons tout d'abord que ces textes * peuvent s'appliquer à n'importe quelle situation de crise. Il s'agit davantage d'une fiche standard que d'une analyse concrète et un peu fouillée de la réalité algérienne présente.

Dans ces textes, les acteurs principaux ne sont ni le pouvoir ni le peuple ni les oligarques ni les travailleurs, les magistrats les médecins ou les étudiants ni même ces millions de personnes qui sont sorties dans les rues du pays chaque vendredi depuis le 22 février. Les multiples contradictions de la société algérienne ne sont absolument pas évoquées. Elles ne représentent visiblement pas le facteur principal de la crise. Les acteurs sont les services occidentaux.

Ces auteurs procèdent par analogies. Ils décontextualisent totalement la dynamique politique dont ils ne cherchent à aucun moment à faire ressortir les soubassements. Ils grossissent au microscope un élément de la conjoncture, celui des agissements de grandes puissances, agissements qui sont par ailleurs permanents et qu'aucun analyste ne peut ignorer et ils en font «Le» facteur principal, voire quasi unique d'explication de la crise.

Comme si un mouvement de millions et de millions d'individus qui font le peuple, pouvait être actionné à distance ou par des relais locaux.

Or, aucun mouvement de cette importance ne peut être chimiquement pur. Il contient forcément en son sein des forces contradictoires, nationales et étrangères. Mais orienter de manière aussi ostentatoire le regard sur cet unique aspect s'avère aussi caricatural que misérable.

Ces textes s'avèrent finalement d'une navrante pauvreté. On n'y trouve pas la moindre analyse historique, même la plus sommaire, de la formation sociale algérienne ni la moindre analyse de la séquence politique que nous vivons, de la crise économique, sociale, politique et idéologique du pays. L'Algérie réelle, dans la complexité de ses classes sociales et de leurs luttes, son régime politique, ses courants idéologiques..., n'existe apparemment pas.

Notre peuple est présenté de la façon la plus méprisante qui soit comme un objet sans âme ni colonne vertébrale. Un peuple dépourvu de conscience, un objet réduit au nom de «rue».

Cette masse informe s'avère d'autant plus inconsistante, elle et son Etat d'ailleurs, que la lutte actuelle n'oppose pas principalement des forces sociales internes, mais des forces extérieures.

L'existence de pressions et d'ingérences plus ou moins brutales ou habiles des puissances étrangères occidentales, mais aussi de certaines monarchies du Golfe persique ne fait aucun doute. Le contraire nous aurait étonnés tant il s'agit là, en vérité, d'une lapalissade.

Mais ces agissements extérieurs doivent impérativement être replacés dans le contexte général de la politique étrangère de ces puissances et leur rôle précis explicité par le biais des contradictions internes au pays. Est-on certain, à titre d'exemple, que les intérêts français ne sont pas déjà servis par le biais du partenariat d'exception signé entre le gouvernement algérien et Paris? Et que dire de «l'excellence des relations entre l'Algérie et les Etats-Unis» soulignée par l'ancien ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel à quelques jours de la 4e session du Dialogue stratégique algéro-américain tenue début février 2019 à Washington?

Il est évident que la France et les USA préfèreraient traiter avec un régime totalement soumis à leurs intérêts et desiderata. Sont-ils prêts pour autant à mettre l'Algérie à feu et à sang pour y arriver, sachant que la plupart du peuple et des opposants - à l'exception d'une poignée d'ultralibéraux défendant les intérêts de la fraction compradore de la bourgeoisie algérienne- sont viscéralement attachés à l'indépendance nationale du pays de la révolution du 1er Novembre?

Cela est théoriquement possible, mais ni le général Delawarde ni Ahmed Saâda ni l'auteur de l'article libanais ne nous en ont apporté la preuve.

Extrait de l'interview de Hocine Bellaloufi. Texte intégral : L'Expression

NOTE

*Huit ans après : la « printanisation » de l’Algérie. Par Ahmed Bensaada

Algérie. Révolte spontanée ou déstabilisation préméditée et organisée ? Par Dominique Delawarde

La salle des opérations de destruction de l’Algérie et le plan de l’armée pour la mettre en lumière (en langue arabe) Par Mohamed Sadek El Hoceini 

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