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Publié par Saoudi Abdelaziz

6 avril 2019

Avec l’éviction du général Athmane Tartag et le rattachement des « services » à l’état-major, le général Gaïd Salah met fin à la dualité du pouvoir en Algérie.

Ce ne sont ni les slogans contre Gaïd Salah, ni l’ampleur des manifestations qui ont constitué le fait du jour en ce vendredi 5 avril 2019, septième vendredi de protestation depuis le 22 février, le premier vendredi depuis que Abdelaziz Bouteflika a décidé de démissionner de son poste de président de la république.

Le fait le plus important en cette mémorable journée, c’est le limogeage du général Athmane Tartag de son poste de coordinateur des services spéciaux, et le rattachement de cette structure au ministère de la défense nationale. Le général Bendaoud, rappelé depuis peu, a été lui aussi remercié dans la foulée.

Ces décisions ont un impact décisif sur l’armée, sur les services spéciaux, et par ricochet, sur le pays, tant le poids de ces deux institutions est décisif dans la vie politique de l’Algérie. Ce sont également des décisions qui vont remodeler la configuration du pouvoir, une fois celui-ci délesté du boulet que constituait le président Abdelaziz Bouteflika.

Patron des services ou hommes main ?

Le colonel Tartag avait été repêché en 2015 par le président Bouteflika pour remplacer le général Toufik Mediène, poussé vers la sortie après avoir régné sur le pays pendant un quarte de siècle. Avec un titre plutôt vague, Athmane Tartag avait en réalité la charge de protéger Abdelaziz Bouteflika contre toute menace envers son pouvoir. Il avait aussi pour mission de manipuler partis, associations et presse pour éviter toute contestation, et entretenir la loyauté de de la clientèle traditionnelle du pouvoir. Il  constituait un relais central dans le dispositif mis en place autour de Abdelaziz Bouteflika, et sur lequel veillait son propre frère Saïd Bouteflika, dans la plus pure tradition du système algérien. En plaçant la structure que dirigeait le général Tartag sous la tutelle de la présidence, le président Bouteflika s’assurait la loyauté d’une structure centrale du système algérien.

Vendredi 5 avril, Athmane Tartag a été démis de ses fonctions, et la structure qu’il dirigeait a été rattachée au ministère de la défense. Cela a une double signification : Tartag, homme de main de Saïd Bouteflika (c’est lui qui faisait arrêter les journalistes hostiles au chef de l’Etat), est exclu, et la rivalité classique état-major – services spéciaux n’a plus lieu d’être.

Un seul centre de pouvoir

A travers cette décision, le chef d’état-major de l’armée, le général Gaïd Salah, réussit une nouvelle grande opération : l’appareil militaire et son fameux « cœur atomique » sont désormais réunifiés. Ce qui signifie que le pouvoir est réunifié. Il n’y a plus de dualité armée-ex-DRS, ni entre la présidence et le ministère de la défense. Concrètement, le pouvoir est désormais est soudé, et placé à l’état-major de l’armée.

A contrario, cela confirme qu’il y avait bien une dualité de pouvoir jusque-là. Le DRS apparait, dans son fonctionnement récent, comme une sorte de milice privée au service de l’équipe Bouteflika. Ses agissements n’obéissaient pas à une logique d’Etat, mais de groupe. L’attachement à un homme, Bouteflika, avait supplanté la fidélité au pays ou au peuple.

Armée et DRS khaoua khaoua

D’un certain point de vue, cette évolution est salutaire. Il y a enfin un pouvoir uni, soudé, prêt à assumer sa responsabilité. C’est d’autant plus positif que le pouvoir a réussi, à travers la gestion de la contestation, à se débarrasser des personnages les plus contestables. Un retour de la discipline, l’affirmation solennelle de la loyauté de l’armée envers le peuple peuvent réinstaller le pays dans une nouvelle matrice politique.

Mais le revers est dangereux. L’armée est désormais en première ligne, ce qui n’est jamais bon signe. Le pays n’a ni président, ni gouvernement ni parlement légitimes, ni grandes forces politiques structurantes. Et c’est dans cette conjoncture marquée par l’absence de tout intermédiaire ou relais crédible, que l’armée se retrouve seule face au pays, face au peuple. Elle a, certes, affirmé sa jonction avec le peuple, mais il lui reste à concrétiser cette affirmation de foi.

Pas d’avenir pour les 4 B

Dans l’immédiat, l’armée doit terminer le ménage, et en finir avec le reliquat de l’ère Bouteflika. D’une manière ou d’une autre, des personnages de premier plan sont appelés à quitter la scène. Les quatre B, notamment, ne semblent pas avoir d’avenir politique : Abdelkader Bensalah, président du Sénat et futur président intérimaire, selon la constitution, le premier ministre Noureddine Bedoui, le président du conseil constitutionnel Tayeb Belaïz, et le président de l’Assemblée Nationale Mouadh Bouchareb, l’homme qui comparait naguère Bouteflika au prophète Abraham.

Ces hommes ne figurent pas sur dans la feuille de route de l’armée, du moins sur le moyen et long termes. Cette feuille de route, en cours d’élaboration, devra trancher entre deux choix majeurs.

Le premier choix est complexe. Il s’agit de jeter des ponts entre l’armée et la société, pour aller à l’établissement d’un nouveau pacte politique. Ce sera très compliqué, mais la nouvelle équipe qui s’installe au pouvoir a fait preuve de suffisamment de maitrise dans la gestion de la contestation pour laisser place à un optimisme raisonnable, et répondre aux questions brulantes : comment opérer, avec quels partenaires, dans quels délais, pour aller à quels objectifs, en lançant quelles réformes?

Le second choix est plus classique. Il consiste à resserrer les rangs en interne, rétablir la discipline, faire le dos rond, gagner du temps, et manœuvrer pour rétablir l’armée au centre d’un système recomposé, quitte à sacrifier quelques pions. Jusque-là, et particulièrement durant l’ère Toufik Mediène, c’était la voie privilégiée. Le 22 février a révélé dans quel abime ce choix a porté le pays.

Source : Le blog de Abed Charef

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