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Publié par Saoudi Abdelaziz

Triade du roi Osorkon II. Musée du Louvre

Triade du roi Osorkon II. Musée du Louvre

Deux éclairages produits à la fin de l'année 2014 par notre blog, au moment où le déclin irréversible de la santé de Bouteflika donnait un caractère inédit aux luttes d'appareils pour le contrôle de l'ANP et de l'Etat algérien, se prolongeant dans les médias, prenant un aspect quasiment séditieux en impliquant des officiers supérieurs réservistes.  J'écrivais alors : "Depuis une vingtaine d'année, le phénomène politique majeur est la crise de ce contrôle social avec l'autonomisation de la société algérienne, devenue toute entière, au sortir de la Décennie noire, une sorte de "bled el baroud" pacifique".

 

L'offensive du Canal Historique

Des alternatives contradictoires émergent en cette fin d'année 2014, du coeur même du système: elles sont soutenues soit par le DRS-canal historique, soit par l'autre pôle concurrent tout aussi historique, l'Etat-major de l'ANP. 

Le DRS-canal historique qu'il ne faut pas réduire à des postes de direction dans l'actuel DRS semble disposer du plus grand nombre de relais médiatiques "intelligents". Le blogueur a suivi pendant les quatre années écoulées, les positions publiques des experts et politiciens, rattachés à ce Canal historique, décrit par des politologues comme le "coeur atomique" ou "la colonne vertébrale" du système.

L'alternative programmatique.

Elle s'est constituée autour trois axes complémentaires, qui rompent avec la doctrine novembriste traditionnelle du régime. Les fondements de la politique étrangère forment les lignes de clivages décisives. Pour les porte-parole du Canal historique, le moment est venu d'insérer résolument l'Algérie dans la mondialisation néolibérale, en intégrant sans état d'âme son système financier et en respectant à la lettre ses règles commerciales; il faut dans le même temps en finir avec la doctrine de non-alignement et conclure un partenariat stratégique avec l'Otan; il faut aussi abandonner la doctrine "populiste" de l'état-providence désormais incompatible avec la "modernisation" néolibérale.

Selon l'ancien premier ministre Ghozali, les Algériens seraient dirigés par des officiers-traitants.  " Le véritable régime est donc un parti secret qui dispose de 2 à 3 millions de membres qui tiennent les appareils de l'Etat et ses moyens. Ils sont désignés par le noyau des services et travaillent pour eux". 

Familier des Tewfik, Belkheir et consorts, Ghozali voit les choses à travers leurs lorgnettes. Sans se rendre compte que le DRS-Canal historique patine. Son principal handicap se trouve dans la perte de son ancrage social et politique de masse. Il n'a pas réussi à transformer en mouvement politique durable le contrôle quasi exclusif que ses officiers traitants ont exercé pendant trois décennies sur la société algérienne et ses institutions.

Depuis une vingtaine d'année, le phénomène politique majeur est la crise de ce contrôle social avec l'autonomisation de la société algérienne, devenue toute entière, au sortir de la Décennie noire, une sorte de "bled el baroud" pacifique.

Auprès du peuple algérien, le Canal historique, resté "accro" à la philosophe élitisme-autoritaire  élaborée par le Malg, a raté le coche. Cette philosophie fondatrice, foncièrement antipopulaire, a certes pris un coup de jeune après l'avènement de Chadli, avec l'envahissement des "services" par les rejetons libéraux des anciennes castes privilégiées non plébéiennes : kourouglis, grandes tentes et autres tribus makhzen. Mais la flamboyance que le Canal historique a acquis avec ces nouvelles recrues venus d'une autre planète semble lui avoir été fatale et les professions de foi démocratiques de ses adeptes actuels sont perçues comme des paroles en l'air.

19 décembre 2014. Source : L'année 2015, autour de Etat algérien (première partie)

 

L'Etat algérien entre deux concurrents

La "concurrence" entre le MALG-SM-DRS et l'Etat-major de l'ANP date de la fin des années 50, avec l'accession de Boumediene à la tête de l'ALN. (La politologie simpliste a réduit cette concurrence à l'opposition entre deux clans,  celui de l'Ouest dit clan d'Oujda et celui de  l'Est appelé plus tard BTS).

Boumediene a assis son pouvoir en s'appuyant sur ces deux pôles militaires.

La tentative avortée de coup d'Etat du chef d'état-major Zbiri en décembre 1967 a modifié l'équilibre entre ces deux pôles, en renforçant le poids de la Sécurité militaire (SM), qui devient le principal instrument politique du régime. Ainsi, les prérogatives formelles du commissariat politique de l'ANP et du département politique de l'Etat-major ont été considérablement réduites au profit de la SM.

Cependant, Boumediene a favorisé le maintien de l'influence politique informelle de l'Etat-major-historique, personnifié notamment par l'omniprésent commandant Azzedine, représentant les "maquisards de l'intérieur". Au cours des années 80, ce courant a gardé cette influence informelle, appuyant par exemple des ministres progressistes comme Brerhi et Mentouri, ou la fraction El Hachemi Cherif du Pags.*

Comment les choses ont-elle évolué pendant la décennie noire? On sait que l'ensemble de l'ANP a été mise directement sous la tutelle et la surveillance du DRS. 

Placée au début des années 2000 sous la direction d'un nouveau commandant en chef, l'ANP a connu des mutations significatives. L'Etat-major a progressivement retrouvé ses prérogatives dans la conduite des affaires militaires. Ce processus semble se traduire par la normalisation des prérogatives du DRS, service de sécurité de l'armée. C'est sans doute le point fort républicain du bilan de Bouteflika. Cette normalisation républicaine du rôle du DRS va-t-elle favoriser la mise aux normes républicaines de l'Etat algérien?(**)

NOTES

(*) Le point d'appui du DRS dans la direction du Pags était Hadj Bakhtaoui, ancien officier du Malg.

**Nb. Ce ne sera pas le cas puisque par la suite la Présidence a mis directement la main sur la branche politique du DRS

30 décembre 2014. Source : L'Etat algérien entre deux concurrents

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