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Publié par Saoudi Abdelaziz

L’Algérie est-elle encore une république démocratique et populaire?

Par Hocine Malti, le 29 mars 2014. Extraits

On a assisté il y a environ 2 mois à un violent affrontement entre différents clans du pouvoir. Cela a commencé par une déclaration fracassante du secrétaire général du FLN dans laquelle il attaqué frontalement le patron du DRS et a notamment dit :

 

 

- Le DRS interfère dans le travail de la justice, des médias et des partis politiques au lieu de s’occuper de la sécurité du pays, 


- Il a failli dans la protection et la sécurité du président Mohamed Boudiaf, 


- Il n’a pas su protéger Abdelhak Benhamouda, ni les moines de Tibehirine, ni les bases pétrolières dans le sud, ni les employés des Nations Unies, ni le Palais du gouvernement, ni le président Bouteflika à Batna où il avait été la cible d’une tentative d’assassinat, 


- Tewfik aurait dû démissionner après ces échecs, 


 S’il devait m’arriver malheur, ce sera l’œuvre de Tewfik, 


- Enfin, le DRS a fait éclater le soi-disant scandale de Sonatrach, dans lequel il accuse Chakib Khelil de corruption tout simplement parce qu’il est proche de Bouteflika alors qu’il est l’un des cadres les plus intègres et les plus compétents.

A l’exception du dernier point concernant Khelil où l’accusation de corruption est bel et bien avérée et a, en réalité, émané du parquet de Milan et non pas de celui d’Alger, toutes les autres affirmations de Saâdani sont des secrets de Polichinelle dénoncés depuis longtemps par différents opposants. La nouveauté est que c’est la première fois qu’un apparatchik dénonce en des termes aussi violents les agissements du général Mohamed Tewfik Médiène. Encore qu’il n’a pas tout dit puisque nombre de ces assassinats et attentats sont en réalité l’œuvre du DRS. 


La réaction du DRS 


Comment a réagi le DRS ? Il a d’abord fait intervenir la presse qui a, dans sa totalité, pris fait et cause pour Tewfik et qui nous a rapporté le même son de cloche, à savoir :

- Saâdani a été mandaté par le clan présidentiel pour dire ce qu’il a dit, 


- Ses attaques portent préjudice à l’unité de l’armée dont le DRS fait partie, Puis quelques jours plus tard, face au silence du chef d’état-major le général Gaïd Salah et à celui du président de la république, la presse a enchainé et dit : 


- Pourquoi le chef d’état-major se tait-il ? Qui ne dit mot, consent. Il est donc complice d’une tentative de déstabilisation de l’armée, 


- Le président de la république, garant de l’unité de l’armée, doit intervenir et protéger cette unité. 


Il est intéressant de noter ici les faits suivants.

1/ - On a eu la preuve, s’il était nécessaire de le prouver encore, que toute la presse algérienne est aux ordres du DRS : elle nous a rapporté les mêmes faits, pratiquement dans les mêmes termes, au même moment.

2/ - A travers ces écrits qui représentent donc le point de vue du DRS, à aucun moment celui-ci n’a démenti les faits rapportés par Saâdani.

3/ -Bien que Tewfik sait parfaitement que l’attaque qu’il a subie provient en réalité, comme nous le verrons plus loin, d’une autre frange de l’armée, à savoir du clan de l’état- major, il en a fait endosser la responsabilité au clan présidentiel.

Pourquoi une telle tactique ? Parce que, d’une part, toute son argumentation dans cette bataille de la communication était bâtie sur la préservation de l’unité de l’armée, qu’il se devait donc lui de préserver, ne serait-ce que pour la forme, et parce que, d’autre part, il devait maintenir la pression sur Abdelaziz Bouteflika, son frère Saïd et ses affidés et leur dire que si le président ne prenait pas fait et cause pour Tewfik dans cette bataille décisive, ils devront faire leur deuil du 4ème mandat.

On a eu également droit à toutes sortes de rumeurs, allant toutes dans le même sens et présentant Tewfik comme la victime d’une cabale : mise à la retraite par le président de la République de 100 officiers supérieurs, dont Tewfik lui-même, un de ses collaborateurs les plus proches, le général Hassan a été molesté avant d’être traduit en justice, Tewfik a été limogé, etc. etc... Dans une seconde étape, le DRS a fait intervenir trois autres personnages, chargés de porter qui une estocade au chef d’état-major, qui une autre à Saïd Bouteflika, le troisième faisant l’éloge du DRS.


Ainsi, le général à la retraite Hocine Benhadid, ex-chef de la 3ème région militaire, s’est à son tour fendu d’une longue et fracassante déclaration, reprise par toute la presse, dans laquelle il a défendu Tewfik et l’ensemble du DRS, les présentant comme l’ultime rempart de l’Algérie contre tous ses ennemis, intérieurs et extérieurs. Il s’est aussi prononcé dans cette déclaration contre le 4ème mandat de Bouteflika (retire-toi fil izza wal karama, dans l’honneur et la dignité) et s’en est pris violemment à Gaïd Salah, qui ne peut être, à ses yeux, considéré comme chef d’état-major vu qu’il est aussi vice-ministre de la défense.

Il a également proféré une menace diffuse à destination de l’establishment algérien, civil et militaire, en laissant entendre qu’il existait une sorte de conspiration des hauts gradés de l’armée : « Mes frères d’armes m’ont demandé de parler », a- t-il dit.

De son côté, Hicham Aboud, ex-officier de la sécurité militaire, déguisé durant un certain temps en opposant du régime, redevenu porte-parole du DRS et par ailleurs journaliste à ses heures, a lui adressé une lettre à Saïd Bouteflika dans laquelle il lui demandait de réagir à certaines accusations concernant sa vie privée, notamment qu’il était homosexuel, ce qui est considéré, comme vous le savez, en Algérie comme la pire des insultes que l’on puisse adresser à un homme.

Le troisième personnage, Mohamed Chafik Mosbah, est lui aussi un ancien agent du DRS, auquel il demeure toujours attaché. Après avoir effectué des études supérieures dans une université britannique, il s’affiche aujourd’hui comme politologue, connaisseur des milieux des services secrets, dont il prend la défense chaque fois que le besoin se fait sentir. Il a, lui de son côté, publié une tribune dans laquelle il a présenté ses anciens collègues comme étant des hommes tout à fait ordinaires, une tribune dans laquelle il affirme que le DRS est conscient et disposé à se débarrasser de l’étiquette de police politique qui lui colle à la peau et dans laquelle il dit aussi que le DRS, donc Tewfik, est disposé à œuvrer pour l’instauration d’une société démocratique en Algérie. Il a de même reconnu que ce dernier était d’accord pour un 4ème mandat pour Bouteflika.

Cette levée de boucliers unanime en faveur de Tewfik, l’angle d’attaque qu’il a choisi, à savoir l’insistance sur l’unité de l’armée, les accusations sournoises contre le chef d’état-major et contre Saïd Bouteflika, rajoutés aux négociations menées en coulisses entre le clan présidentiel et celui du DRS, garantissant à Bouteflika le soutien des services secrets pour un 4ème mandat, ont poussé ce dernier à réagir et à affirmer que les dépassements de certains milieux portaient atteinte à l’unité de l’armée, à la stabilité du pays et à son image, que nul n’avait le droit de s’en prendre à l’ANP, que le DRS avait toujours fait son travail correctement, etc. etc...

Du coup, miracle à l’algérienne, l’affrontement a cessé et, une quinzaine de jours plus tard Bouteflika, annonçait sa candidature pour un quatrième mandat.

Tiguentourine

Ceci est ce que l’on a vu sur le devant de la scène. Mais que s’est-il réellement passé dans les coulisses? Pour pouvoir appréhender tous les tenants et aboutissant de cette affaire, il faut remonter à l’attaque terroriste, menée en janvier 2013 par un commando d’une quarantaine d’hommes armés contre les installations industrielles et contre la base de vie du champ de gaz de Tiguentourine, situé au sud est du Sahara à proximité de la frontière libyenne.

Ces hommes, lourdement armés, perchés sur des 4x4, Land Rover et autres véhicules tous terrains avaient parcouru plus de 1000 kms à travers le désert sans être repérés par les moyens super sophistiqués utilisés par l’ANP, tandis que l’attaque avait causé la mort de quelques 70 personnes, en grande majorité des expatriés.

La riposte à l’assaut avait été organisée et menée par les unités de la 6ème région militaire, avant que ne débarquent d’Alger, les Rambos, des unités spéciales de lutte contre le terrorisme relevant de l’autorité du DRS et dirigées par Athmane Tartag, l’un des adjoints directs de Tewfik et l’un des généraux les plus sanguinaires de l’ANP. Il chassa manu militari ceux qui avaient pris les choses en mains. Selon des témoins de la scène l’affrontement qui opposa les deux groupes de militaires a été extrêmement violent et faillit tourner au drame, car des deux côtés on s’était dit prêt à en découdre armes à la main ; ceci en plus des menaces et insultes que l’on se jeta à la figure de part et d’autre.

Cette mise à l’écart des unités opérationnelles a été très mal vécue au sein de ce que l’on appelle aujourd’hui le clan de l’état-major. L’humiliation ressentie par ces hommes a engendré de très forts ressentiments voire une haine à l’égard de Tewfik, au sein de ces unités, chez les chefs de régions militaires, qui se sont portés solidaires de leur collègue de la 6ème et chez les commandants des différents corps d’armée qui ne pouvaient plus supporter sa tutelle sur l’ensemble de l’ANP. Pour comprendre comment celui-ci s’est érigé en patron de l’armée, il suffit d’évoquer quelques dates et quelques faits connus de tous:

- 1990, il est nommé patron du DRS grâce au travail de coulisses de son mentor Larbi Belkheir qui avait convaincu Chadli de revenir sur sa décision d’éclater la défunte Sécurité militaire en trois services différents, 


- 1992, coup d’Etat contre Chadli, le DRS en est la cheville ouvrière et l’outil qui oblige, sous la menace, le président à se soumettre au diktat des généraux janviéristes, 


- 1992 toujours, l’assassinat de Boudiaf est organisé par le DRS, 


 - 1996/1997, négociations du DRS avec l’AIS, ce qui entrave l’action de Zeroual qui lui-même menait d’autres négociations avec le FIS et le pousse ainsi à la démission. Pour la première fois et officiellement l’action du DRS a prévalu sur celle du chef de l’Etat, 


- 1999, Bouteflika est mal élu président de la république, en raison de l’action du DRS qui a poussé les 6 autres candidats au désistement, 


- 2004, réélection de Bouteflika soutenu par le DRS qui remporte sa bataille face à Mohamed Lamari, chef d’état- major qui lui soutenait Ali Benflis et qui disparait ainsi de la scène politique algérienne, 


- 2008, viol par Bouteflika de la constitution, soutenu par le DRS, ce qui lui a ouvert la voie à une présidence à vie. 


C’est donc cette tutelle du DRS sur le reste de l’armée qui est à l’origine de ce désir de vengeance des opérationnels qui s’extériorise aujourd’hui. Le facteur déclenchant a été le dernier séjour de Bouteflika au Val-de-Grâce, qui a causé la panique dans les deux camps. Ils ont tous pensé qu’il venait de subir une nouvelle attaque et que celle-ci lui serait fatale. Du côté du DRS, on a alors déclenché ce qui était le plan B, à savoir pousser Benflis à officialiser sa candidature. Du côté du clan de l’état-major, on s’est dit que c’était le moment ou jamais d’éliminer Tewfik et de se placer en vue de l’après Bouteflika pour le pouvoir et la rente qui va avec.

Pour revenir dans le jeu, Tewfik a donc utilisé la même tactique qu’en 2004 : alors même qu’il était d’accord pour le 4ème mandat, il a menacé Bouteflika de ne pas le soutenir. Le chantage a encore une fois marché : poussé par son frère et par son entourage Bouteflika s’est porté au secours de Tewfik, mettant ainsi une fin temporaire à l’affrontement entre les deux clans de l’ANP, assurant du même coup sa réélection et mettant toute sa tribu à l’abri de mesures de rétorsion éventuelles.

Mais la fracture au sein de l’armée est profonde. Le cessez-le-feu déclaré n’est que temporaire, les hostilités vont probablement reprendre après le 17 avril à l’occasion du choix du vice- président. Il faut espérer que ce n’est pas une nouvelle guerre civile qui nous attend, car cette fois-ci il faut s’attendre à des affrontements entre deux clans de l’armée.

L’alternative, qui est tout aussi détestable, est que les deux clans s’entendent, ce qui est fort probable, sur un partage du pouvoir et de la rente pétrolière, afin de faire perdurer le régime en place depuis 1962 ; auquel cas, l’Algérie est repartie pour une nouvelle période de glaciation à la Brejnev de 5 ans (plus ou moins selon la volonté divine), dirigée par un homme, incapable de parler, de se mouvoir, de voyager, de participer à des forums internationaux, en un mot incapable d’accomplir toutes les tâches qui relèvent de la charge de président de la république et dont la capacité de réflexion elle- même est probablement très affectée.

Quant aux candidats au poste de vice-président, nous avons apparemment le choix entre Belkhadem et Ouyahia avec Ghoul en soutien. Voilà donc où nous en sommes au plan politique.

Source : Le Blog de Hocine Malti

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