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Publié par Saoudi Abdelaziz

Deux Algérois, le jeune écrivain poète Salah Badis et l'enseignant chercheur en économie Abdelatif Rebah, évoquent les motivations du mouvement populaire en cours et ses perspectives d'avenir.

 

"Le goût de la liberté"

 

"Des centaines de milliers de jeunes Algériens sont dans la rue. Ils sont issus d’horizons sociaux différents alors que, jusqu’ici, les jeunes des classes les plus fragiles étaient le seul carburant des manifestations.

Là, il y a une participation des classes moyennes éduquées. Il faut souligner le rôle des chômeurs, des supporters de football. Ils ont toujours été présents, occupant la rue, affrontant la police, investissant par effraction un espace public verrouillé.

Tout le monde était heureux de reprendre dans la rue les chants politiques des ultras de l’USM Alger ou du Mouloudia d’Alger. Ils étaient comme un bouclier. Ceux-là se connectent aujourd’hui à d’autres classes sociales. Cette liaison est très importante. Il faudra construire là-dessus à l’avenir. Même si cette mascarade électorale a lieu, ça ne tiendra plus. Personne n’oubliera cette bouffée de politique, cette période d’engagement.

Cette génération donnera du fil à retordre au pouvoir, quel qu’il soit. Elle invente un nouveau patriotisme. Vous savez, en Algérie, le patriotisme est très ancré, au point de se confondre avec sa propre caricature, dont on se moque en le baptisant le « wantoutrisme » (en référence au slogan « One, two, three, viva l’Algérie ! » né dans les stades – NDLR). C’est un peu le chauvinisme algérien. Mais, là, il y a comme un renouvellement, une mise à jour. Les jeunes s’en sont emparés, ils inventent un patriotisme de notre temps. C’est très intéressant.

Le but n’est pas seulement de refuser le cinquième mandat. Nous voulons construire une société civile, une scène politique, une démocratie. Cela prendra des années, des décennies. Nous avons maintenant un bon socle social et politique sur lequel bâtir. Avec une génération qui a pris goût, dans ces manifestations, à la liberté".

 Salah Badis, écrivain poète

 

"Rendre durable l’espoir"

 

"Aujourd’hui, plus de 50% de la population a moins de 30 ans, la population étudiante dépasse le million sept cent mille, dont plus d’un million de filles étudiantes. Avec d’immenses aspirations à vivre dans une Algérie – comme ils l’ont scandé – libre et démocratique, résolument tournée vers le développement et le progrès.

Oui, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le comment faire pour que cet immense élan, cet immense espoir ne soient pas détournés par ceux qui visent un changement de façade pour passer une vitesse supérieure dans la libéralisation économique et l’insertion dans la mondialisation libérale et financière, porteuses d’exclusion sociale, d’aggravation des inégalités sociales et territoriales, d’approfondissement de la dépendance et donc de gros risques de dislocation du tissu social et d’effondrement de l’Etat national.

Pour ceux-là, candidats au re-partage du pouvoir entre fractions rivales de la bourgeoisie régnante, la démocratie, c’est surtout sécuriser les droits de la propriété privée, des contrats, de la libre concurrence, et l’Etat de droit qui garantit la propriété privée, en définitive une démocratie qui s’accommode de l’absence de droits économiques et sociaux comme du statut d’économie dépendante, de périphérie capitaliste subordonnée et dont le multipartisme relève de la nécessité fonctionnelle, car il importe de fournir un exutoire aux tensions et frustrations engendrées inévitablement par la libéralisation économique, en un mot, une libéralisation politique offerte comme exutoire pour les victimes des nouvelles règles du jeu.

Le défi, car c’est un défi, compte tenu de l’état de laminage de l’expression démocratique organisée des masses qui aspirent à une véritable démocratisation des rapports sociaux, c’est celui de rendre durable l’espoir suscité par ce formidable élan populaire et de jeunes et transformer cette mobilisation en force organisée pour accumuler des énergies militantes capables d’empêcher la poursuite de cette politique anti-populaire et anti-nationale, capables de construire une alternative de progrès social et de paix, crédible et durable.

Abdelatif Rebah , enseignant-chercheur en économie

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