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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Conclusion de l'étude approfondie de Hocine Belalloufi, homme de gauche, qui présente dans la revue Contretemps la genèse et les caractéristique des événements en cours en Algérie.

 

"Lentement mais sûrement, le camp du peuple s’élargit, se renforce, s’organise. Ce camp n’a aucun intérêt à entrer dans un choc frontal avec le pouvoir. Il a au contraire besoin de temps pour toujours mieux s’enraciner et s’organiser.

 

Il s’avère en particulier urgent que sa base populaire (travailleurs, chômeurs, retraités, étudiants, lycéens…) se reconstruise après les coups sociaux et politiques majeurs qu’elle a essuyés au cours des quatre dernières décennies : coup d’Etat, guerre civile, Plan d’ajustement structurel, remises en cause des acquis sociaux, répression… Il doit en même temps clarifier ses perspectives politiques et choisir entre deux options, celle de l’opposition ultralibérale et celle de la gauche.

 

L’opposition ultralibérale qui, à ce stade, fait partie du camp du peuple, a-t-elle la volonté et les moyens de poursuivre son appui à la mobilisation populaire ou finira-t-elle  par négocier avec le pouvoir une sortie de crise au profit des classes dominantes ? Cette dernière hypothèse est fort probable. Considérant que l’heure de sa domination historique a sonné et qu’elle doit non seulement régner mais aussi gouverner, elle entend en finir avec toute entrave à son libre déploiement. C’est ce qui explique son radicalisme vis-à-vis du pouvoir.

 

La bourgeoisie entend saisir l’occasion historique pour éjecter définitivement la petite bourgeoisie tenante à ce jour des appareils d’Etat et qui l’a, depuis si longtemps, bridée dans son développement. Mais elle craint en même temps d’être débordée par des masses populaires qui ne se contenteront pas de la hisser au pouvoir mais qui finiront par mettre en avant leurs propres revendications, leurs propres objectifs politiques.

 

La révolution inachevée en Tunisie a confirmé que la chute de la dictature et l’instauration d’une démocratie parlementaire bourgeoise ne constituent pas la fin de l’histoire. Pas pour la majorité laborieuse du peuple. L’entrée dans le mouvement de l’Union locale UGTA de l’historique bastion ouvrier de Rouiba-Reghaïa à l’Est d’Alger a clarifié les enjeux en montrant ce que la classe ouvrière attend :

 

« Ne pouvant rester en marge des aspirations populaires profondes qui s’expriment, nous joignons nos voix pour dire oui à un changement de système. Un système qui préserve la propriété inaliénable du peuple sur les richesses naturelles de la nation, réhabilite le rôle de l’Etat dans le développement économique et social et la lutte contre la pauvreté et les inégalités. Un système qui se démarque des oligarchies et revalorise la valeur du travail et qui place l’homme au centre du développement. Un système qui garantit les libertés individuelles, collectives et le libre exercice du droit syndical. »

 

C’est l’exact contraire du projet de l’aile ultralibérale. Voilà pourquoi cette dernière, qui est partisane d’un cours économique beaucoup plus radical que celui du pouvoir actuel avance la perspective d’une transition débouchant sur une élection présidentielle.

 

L’aile gauche du camp populaire (FFS, PT, PST) propose pour sa part, de manière plus ou moins conséquente, une solution par le bas qui redonne la parole au peuple et le rétablit immédiatement dans son rôle d’unique souverain à travers la perspective d’élection d’une Assemblée constituante. Pour le PT et le PST celle-ci sera chargée de déterminer le type de régime à mettre en place, de proclamer immédiatement les libertés démocratiques et de satisfaire sans attendre les aspirations et revendications sociales des travailleurs et démunis. Le PST propose de construire une convergence démocratique antilibérale et anti-impérialiste rassemblant les partis, syndicats et mouvements sociaux qui partagent cette vision. Mais elle a du retard à rattraper.

 

En attendant, la pression doit augmenter afin de contraindre le pouvoir à renoncer définitivement au scrutin du 18 avril. La poursuite des manifestations est indispensable. Mais seule une très puissante vague sera en mesure de faire céder le pouvoir. Il faut dès maintenant propager l’idée de grève générale.

 Alger, le 7 mars 2019.

 

Texte intégral : Contretemps

 

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