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Publié par Saoudi Abdelaziz

Saïd Salhi, vice président de la ligue des droits de l'homme

Saïd Salhi, vice président de la ligue des droits de l'homme

Présentant Saïd Salhi, Mourad Slimani écrit ce matin dans El Watan : "Élément actif du mouvement associatif et de la défense des droits de l’homme, Saïd Salhi vice président de la ligue des droits de l'homme LADDH, fait partie des énergies qui se dépensent actuellement à accompagner et encadrer le mouvement de protestation contre le 5e mandat et le régime politique . Dans l’entretien qui suit, il estime que le seul «scénario qui sera accepté (par les Algériens), c’est le changement du système en vue d’aller vers une nouvelle République».

 

Grève générale a trouvé écho aujourd’hui un peu partout dans le pays. Cela semble surprendre les animateurs associatifs et politiques…

Il faut dire que le mouvement a été, dès le début, celui de la rue dans la spontanéité et par le biais des réseaux sociaux. Il est l’expression d’un ras-le-bol généralisé et d’une envie profonde de changement pacifique du système. Ce mouvement marque une rupture incontestable avec le système, tous les appels qui vont dans le sens de la rupture sont repris par la rue.

Le suivi du mot d’ordre à la grève générale d’aujourd’hui (hier, ndlr) en est la preuve, bien que cette action ait semé beaucoup de confusion et de panique chez la population, qui cependant adhère avec cette question de l’exigence de la gérer et l’organiser. La grève est une action hautement sensible qui requiert beaucoup de préparation et d’encadrement.

Une grève de 5 jours est plus compliquée encore, car il faut songer au service minimum et aux secteurs sensibles qui touchent directement à la vie quotidienne des citoyen-ne-s. Jusque-là, le mouvement a été dans la spontanéité, et l’improvisation, c’est aussi sa force, car il est populaire et permet à toutes les franges de la société de se l’approprier, s’impliquer loin des chapelles et du risque de récupération et des luttes de leadership.

Beaucoup l’ont accusé d’être anonyme et non identifié via les réseaux sociaux. Mais maintenant, ce mouvement a un visage, celui de tout le peuple dans sa diversité, car il est rejoint et soutenu par toutes les franges de la société, politiques, civiles, personnalités nationales, moudjahidine, artistes, étudiants, avocats…

Ce mouvement a une légitimité. Au sujet de la grève justement, et là est le fait nouveau, elle a été faite suite à un appel des syndicats identifiés, c’est aussi un début d’organisation. Seulement ces appels doivent être le fruit d’une large concertation et faire consensus pour préserver la cohésion du mouvement et éviter tout dérapage. D’autant que tous les syndicats autonomes ont rejoint le mouvement, il faut aller vers un large front syndical qui a la maîtrise des mouvements de grève, qu’il pourra gérer et encadrer avec d’autres acteurs.

Cet épisode nous met face à la problématique de l’organisation du mouvement de protestation. Pensez-vous que le moment est venu de structurer la mobilisation?

Il faut faire un rappel de la situation : si aujourd’hui le système s’est retrouvé seul face à la rue, qui le défie d’ailleurs, c’est parce qu’il a tout fait pour casser les ressorts de la société. Il assumera seul cette responsabilité, car depuis des années, au moment où nous travaillons pour l’émergence d’une société civile et politique authentique et forte, le pouvoir s’est employé à casser tout ce qui est organisé, les espaces de médiation ont été réduits à néant, je dirais que les dégâts sont innombrables. «A force de vouloir gouverner seul, on finit par se retrouver seul.»

Partant de ce constat, malheureusement amer et dangereux pour le pays, je dirais alors que tout est à reconstruire ; la société, qui est revenue de loin, doit s’organiser ; aujourd’hui c’est la seule réponse, je parle de l’organisation qui passera par la mise en jonction de toutes les dynamiques qui se sont déjà exprimées dans ce mouvement par des marches imposantes et qui ont forcé l’admiration et le respect. Je parle des dynamiques des universités, des femmes, des avocats, des juges, des journalistes, des groupes informels et de la société civile en général.

Des comités, des assemblées populaires, citoyennes, peu importe le cadre ou la forme, le plus important aujourd’hui est de lancer l’idée du débat, de la concertation et de la coordination permanente et ouverte, sans exclusive, à tous les niveaux – local, dans les villages, les communes, les universités, les wilayas – et tendre vers le national.

Il faut aller vers un espace de mise en lien, de contact, de coordination, de solidarité permanente et agissante, on ne va pas se poser en tutelle du mouvement qui doit garder son essence populaire – ouvert, horizontal –, mais il doit dégager des missions, des responsabilités et des perspectives, car la situation se complique de jour en jour et personne ne sait de quoi sera fait demain.

D’autant que le système s’arc-boute encore sur son agenda. Il ne faut surtout pas penser que c’est en quelques jours ou en une action que le système sera changé, le combat sera long et dur, gardons notre souffle et armons-nous de la clairvoyance et de l’intelligence.

Toutes les élites doivent s’impliquer dans ce mouvement, pas pour prendre les commandes, mais pour éclairer, alerter et rappeler à chaque fois le cap. Je pense que la rue a fait l’essentiel, le verdict est sans appel : unanime, fort et admirable, mais après la démonstration de force, il faut songer à l’avenir, à la suite, aux solutions politiques…

Actuellement, l’opposition n’arrive pas à émerger avec des solutions consensuelles face au système pour organiser son départ pacifiquement et sans risque d’effondrement du pays, tel est le défi.

Texte intégral : El Watan

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