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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Abed Charef, 27 mars 2019

Les Algériens ont obtenu la promesse d’une mise à l’écart du président Abdelaziz Bouteflika. Un succès capital qui, paradoxalement, met la contestation en difficulté

C'est la victoire la plus importante, mais la plus périlleuse. La contestation populaire en Algérie a obtenu, mardi 26 mars, la promesse d’une prochaine mise à l’écart du président Abdelaziz Bouteflika.

Après l’annulation de la présidentielle du 18 avril qui devait déboucher sur un inévitable cinquième mandat pour le président Bouteflika, et le départ du très impopulaire premier ministre Ahmed Ouyahia, la rue a indéniablement remporté des victoires majeures.

Le pouvoir a réussi un coup de maître en se délestant du président Bouteflika et des personnalités les plus contestées du régime

Ce succès, au moment où le mouvement est à son apogée, risque cependant de se révéler à double tranchant. Il peut aussi bien donner des ailes à la contestation, dont les revendications sont allées crescendo pour demander désormais un changement de système et un « dégagisme général », comme il peut marquer le début d’un compte à rebours, en raison d’une possible démobilisation et des manœuvres du pouvoir visant à dégonfler le mouvement contestataire.

Le pouvoir, après avoir amorti le choc de la contestation, a lui aussi bien manœuvré. Il a réussi un coup de maître en se délestant du président Bouteflika et des personnalités les plus contestées du régime.

La gestion de la crise, sans incident majeur malgré d’imposantes manifestations dans la plupart des villes du pays, a montré que le pouvoir n’a rien perdu de son habileté dans un de ses domaines favoris : se reprendre quand il est acculé.

Le défi de la rue

En ce sens, l’ampleur des marches prévues vendredi prochain donnera une idée du nouveau rapport de forces. Depuis le 22 février, date des premières protestations, les manifestants ont été de plus en plus nombreux, d’une semaine sur l’autre. Que la tendance se poursuive, et la rue sera en mesure de maintenir ses exigences.

En revanche, si le nombre de manifestants chute, le pouvoir pourra en tirer profit pour engager une opération visant à mener la contestation vers le reflux.

Il dispose, pour cela, des moyens traditionnels (corrompre, menacer, retourner les gens, réprimer), mais aussi d’un atout inattendu : il a envoyé un nombre important de fidèles participer aux marches des deux dernières semaines, au moins. L’auteur de ces lignes s’est ainsi retrouvé dans une marche aux côtés de trois anciens députés appartenant à des partis de l’alliance présidentielle. 

Cela constituerait en outre une des explications au ralliement affiché des anciens partis du pouvoir à la contestation.

Il suffirait donc au pouvoir de retirer ses « troupes » pour influer sur l’ampleur de la participation.

L’armée donne le ton

En tout état de cause, la contestation a marqué des points, avec une accélération des événements mardi 26 mars. En visite à Ouargla, au nord du Sahara, l’homme fort de l’armée algérienne, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major, a déclaré qu’était devenu « nécessaire, voire impératif » de trouver une solution à la crise née de la contestation populaire.

Il s’agit, a-t-il précisé, de trouver une solution qui puisse « faire l’unanimité de toutes les parties, à savoir la solution stipulée par la Constitution, dans son article 102 ».

Cet article est consacré à la déclaration de vacance du poste de président de la République. Si le chef de l’État, « pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous les moyens appropriés, propose, à l’unanimité, au Parlement de déclarer l’état d’empêchement ».

Si, au bout de 45 jours, les causes de la vacance ne sont pas levées, une élection présidentielle est organisée dans un délai de trois mois. C’est le président du Conseil de la Nation (Sénat), M. Abdelkader Bensalah, qui assure l’intérim du chef de l’État pendant toute cette période. À défaut, la charge échoit au président du Conseil constitutionnel.

Source : Middle East-eye.

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