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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Saoudi Abdelaziz, 16 février 2013

Depuis les redditions massives de la fin des années 90, les fortes poussées de fièvres terroristes semblent obéir à des agendas politiques tortueux. La dernière a été enregistrée au début de l’été 2008, à une dizaine de mois de l’élection présidentielle. Qu’en sera-t-il en 2013 ?

 Tout le monde sait en Algérie que des « groupes terroristes » -en dehors des curieuses "unités spéciales" sahéliens - continuent de vivoter, avec une curieuse tolérance du pouvoir, dans certains massifs montagneux, essentiellement  dans le centre et l’est du pays. Ces noyaux ne vivent plus comme des poissons dans l’eau parmi les populations rurales concernées car ils ont perdu toute légitimité religieuse et sociale. Depuis une dizaine d’années, ils évoluent dans la clandestinité au sein de cette contre-société du petit et grand banditisme, qui a pris le relai de la décennie noire.

Cette contre-société, contrôlée par les « services », a été fécondée par l’anarchie ultralibérale qui amorce son apothéose au sortir des années 90.  

La sauvagerie économique quotidienne, faite de rackets, de braquages, de cambriolages, de rapt, etc, est le contrepoint de la corruption et des régléments de comptes au sommet, parmi les classes dangereuses supérieures qui squattent des positions dans les centres de décisions du pays et leurs annexes. L’esprit de tricherie générale est la marque de ce temps de dérèglement libéral à l’Algérienne. Il règne aux deux extrêmes de la société : sur les hauteurs du système et dans le  bas de la société, parmi les nouvelles élites mafieuses issues du lumprolétariat. Mais la recherche de l’argent facile est aussi dans l’air du temps dans toutes les couches sociales où elle met à l’épreuve les valeurs algériennes séculaires de solidarité et de décence.

 Cependant, les flots de vacarme et de puanteur médiatiques que secrètent ces phénomènes peuvent aussi avoir un effet dangereux sur la clairvoyance des « élites ». Ils pourraient les empêcher de percevoir ce qui apparaît de plus en plus comme le phénomène social le plus important de ces deux dernières années : le mouvement grandissant de réhabilitation et d’approfondissement de la dignité des salariés, qui se poursuit dans désemparer depuis le printemps 2011. J’écrivais alors :

« Les salariés reviennent de loin. De longues années marquées par l’atomisation, la culture des solutions individuelles, la crainte de perdre son emploi inoculée par les grandes saignées imposées par le FMI dans les années 90, le poison des divisions idéologiques, ont mis à dure épreuve la dignité du salariat. Les salariés souffraient même parfois du mépris de leurs propres enfants, qui sont aussi les enfants de leur temps, celui du business et du fric facile ». (Tenir le bon bout)

Lahouari Addi n’a pas tort. Aujourd’hui, les secteurs les plus anti-démocratiques du pouvoir s’accommodent de l’existence de groupes terroristes « résiduels » qu’ils manipulent. Ils les créeraient même s’ils n’existaient pas ! Surtout à l’approche d’échéances décisives pour la reconfiguration des rapports de forces au sein du pouvoir. Le terrorisme est notamment une des pièces du dispositif  de la domination exercée sur la société. Il reste -jusqu’à quand ?- un des leviers clandestins et illégaux imposés à l’Etat algérien. La présence terroriste, même subliminale, est utilisée comme une menace dissuasive pour maintenir le peuple à l’écart de l’espace public et des luttes politiques de masse. Cette épée de damoclès  sert à justifier la permanence de l’état d’urgence, encore en vigueur, de facto.

Les mouvements sociaux et démocratiques ne sont pas directement réprimés, mais ils sont condamnés à se confiner dans le huis clos de l’entreprise ou de l’université. Cet endiguement est de moins en moins efficace, dans un temps où ce qui est à l’ordre du jour c’est une nouvelle approche constructive, s’appuyant sur un large consensus populaire, en vue de refonder la cohésion nationale sur de nouvelles règles de l’Etat de droit.  

Les flambées terroristes  donnent aussi du grain à moudre à certains groupes libéraux politico-médiatiques, dit "éradicateurs" -qui se sont placés au début des années 90 sous la protection de la Force-rêvant de l’arrivée d’un nouvel Attaturc, capable de les prémunir démocratiquement contre les désagréments du suffrage universel. Le concept d’équivalence « Islamisme=menace terroriste», est entretenue depuis 1991, de plusieurs côtés. Il a acquis un label universel avec Georges Bush en septembre 2011.

Depuis le printemps arabe, nous assistons toutefois à un véritable dérèglement conceptuel en Occident : le label perd le nord, le terrorisme est désormais ami ou ennemi selon les endroits de la planète, confirmant pour ceux qui ne le savaient pas que la lutte armée pour l’instauration du khalifat ne reposant sur aucune rationalité politique est par essence manipulable.

 S’il est encore vivace, le concept confondant terrorisme et islamisme, ne réussit plus à éloigner les uns des autres les démocrates progressistes de filiations idéologiques diverses : berbéristes, marxistes, boumediènistes, et ceux qui conçoivent l’Islam comme une théologie de la libération.

 Article original : Algérie-infos

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