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Publié par Saoudi Abdelaziz

Hier à Khenchela. Photo DR

Hier à Khenchela. Photo DR

Il faut se réjouir des manifestations de cette citoyenneté qui exige enfin d'être respectée, après un quart de siècle de mise sous le boisseau, par une répression systématique combinée à l'entretien constant du "danger du chaos".

Le rejet par l'Algérie profonde de l'utilisation outrancières des moyens de l'Etat en faveur du candidat du pouvoir est devenu le fait politique majeur de ce début d'année.

Le gouvernement et le ministre de l'Intérieur ordonnent aux  walis et autres administrations publiques de relayer la campagne de Bouteflika et de saboter les candidatures jugées inopportunes. Sur injonction d'en haut, les télés, radios et autres médias publics ne cachent pas leur préférence.

L'espace public ne doit plus être la propriété du pouvoir en place. C'est le message principal des manifestants,  souvent jeunes.

Le maire voulait interdire la ville aux candidats opposés à Bouteflika : La population de Khenchela manifeste

 

Par Mohamed Taibi, 20 février 2019

 

Plusieurs milliers de citoyens ont manifesté hier sur le parvis de la mairie de Khenchela contre les provocations d’un maire pro-5e mandat qui a tenté de fermer la ville aux autres candidats à la candidature.

Non seulement les citoyens sont venus nombreux dire non aux «provocations» de Kamel Hachouf, mais en plus ils ont réussi à faire enlever le poster géant accroché par le P/APC sur la façade de la mairie.

Et, cerise sur le gâteau, les manifestants ont donné une grande leçon de civisme et de responsabilité en se dispersant sans le moindre incident.

Que s’est-il passé pour en arriver là ? Lundi après-midi, le maire de Khenchela a cru bien faire en publiant un post d’une rare stupidité sur sa page Facebook et dans lequel il défie tout le monde. «Je suis Kamel Hachouf, je soutiens Son excellence le président de la République, le candidat Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat.

J’assume la responsabilité de la population de la commune de Khenchela et celui qui veut prouver le contraire, le terrain est entre nous, et que celui qui se croit un homme parmi vous ose venir devant le siège de l’APC.

Demain, inchallah, je serai sur le parvis de l’Hôtel de Ville, que vienne Nekkaz ou Ali (Ghediri, ndlr) ou Moukhaned, je suis le seul à décider à Khenchela !» a-t-il écrit. Cet «élu» est allé plus loin en accrochant en pleine nuit sur la façade du siège de l’APC un énorme portrait du candidat Bouteflika.

Boomerang

Cet acte, que d’aucuns qualifient d’irresponsable et surtout en total porte-à-faux avec l’instruction du ministère de l’Intérieur aux autorités locales, leur demandant de faciliter les activités des candidats aux élections, a créé un vent de colère parmi de nombreux citoyens de la ville.

La réaction est venue très vite et de nombreux appels sont relayés sur Facebook pour une action de protestation. Hier, vers 10h, une foule impressionnante avait répondu à l’appel et le rassemblement, sans être encadré, a permis de scander des slogans hostiles au président de la République, à ses soutiens et à un 5e mandat. La foule a exigé que le portrait géant de Abdelaziz Bouteflika soit décroché et elle a obtenu gain de cause.

Ce même portrait fut par la suite décroché et piétiné par des manifestants qui ont exprimé ce que la rue algérienne ne cesse de faire depuis une semaine.

Le geste du maire est causé directement par l’annonce faite la veille par le candidat Rachid Nekkaz, qui a donné rendez-vous à ses soutiens à Khenchela pour cette matinée et devant le siège de l’APC.

Finalement, Rachid Nekkaz est venu ; il a été accueilli comme un héros par cette foule composée essentiellement de jeunes, qui se sont exprimés contre le 5e mandat, et pas forcément pour Nekkaz. «Je suis contre le 5e mandat et contre les provocations du maire, qui ne représente personne à Khenchela», a précisé Riadh, un jeune universitaire.

Les portes de la mairie, gardées par la police, sont restées fermées jusqu’à 11h environ. Dès l’ouverture, la foule s’est engouffrée. Rachid Nekkaz a fait le plein de formulaires de candidature et a quitté la ville en emportant avec lui de beaux souvenirs.

Les autorités de la wilaya, y compris les services de l’ordre, ont dû certainement intervenir pour remettre à sa place cet élu indélicat, dont l’acte irréfléchi est revenu comme un boomerang à la face de ce qu’il a voulu représenter.

Les autorités ont dû aussi traiter le mouvement de Khenchela avec beaucoup de doigté pour éviter l’accrochage. Mais en tout cas, les manifestants ont fait preuve d’une grande maturité, ce qui devrait donner à réfléchir à ceux qui ne voient qu’un scénario à la libyenne dans le recours des Algériens à la rue. Hier, les Khenchelis pouvaient crier : «Veni, vidi, vici !» (Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu).

Source : El Watan

 

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