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Publié par Saoudi Abdelaziz

La fraude a déjà commencé. © D.R.

La fraude a déjà commencé. © D.R.

Collecte des parrainages et campagne prématurée dans l’espace public

Par Ali Boukhlef, 13 février 2019

“Les syndicalistes nous ont remis des formulaires à signer. En contrepartie, ils nous ont promis des augmentations de salaire et d’autres avantages”, témoignent des employés d’une banque publique, ayant requis l’anonymat.

Des administrations, des entreprises publiques, des syndicats et des associations et autres organisations de la société civile sont mises à contribution pour aider le candidat Bouteflika à récolter les “parrainages” nécessaires pour l’élection présidentielle du 18 avril prochain.  Les moyens de l’État sont mobilisés. Des fonctionnaires subissent des pressions terribles, voire carrément du chantage, pour les contraindre à signer au profit de Bouteflika. 

Pour les soutiens d’Abdelaziz Bouteflika, la récolte des parrainages est le signe d’une adhésion populaire au candidat, qui n’est toujours pas paru en public. Ils ne veulent pas se suffire des 600 signatures d’élus, largement à leur  portée, tant est que la coalition des quatre partis soutenant Bouteflika dispose d’un grand collège d’élus.

La campagne de collecte des parrainages est officiellement entamée par les militants des partis de la majorité présidentielle. Le RND a annoncé avoir entamé l’opération, tandis que le FLN annonce avoir mobilisé “deux millions de signatures”. Le chiffre donne le tournis, puisqu’il dépasse même le nombre de voix obtenues officiellement par Abdelaziz Bouteflika en 2014. Mais le “symbole” semble si important pour le  pouvoir qui cherche ainsi à faire oublier le déficit de légitimité et, probablement, à expliquer, a posteriori, un taux de participation qu’il annoncera sûrement conséquent, sinon élevé.

Pour obtenir ce qui sera présenté comme un “plébiscite populaire”, les équipes de campagne de Bouteflika utilisent les vieilles méthodes. À commencer par l’exercice du chantage. Ainsi, dans des agences d’un organisme de la Sécurité sociale, les employés ont été récemment “invités” à fournir leurs pièces d’identité.

“Nous avons accepté parce que nos responsables ont l’habitude de nous demander nos papiers. Mais nous avons appris, plus tard, que nos cartes ont servi à utiliser les numéros pour remplir les formulaires de souscription en faveur de Bouteflika”, s’est indigné un employé qui soupçonne les autorités de vouloir ainsi atteindre un double objectif : permettre à Bouteflika d’avoir un maximum de signatures et, en même temps, réduire  les chances d’autres candidats d’avoir des parrainages.

Pour d’autres employés d’établissements publics, la pression est d’un autre genre. Les syndicalistes affiliés à l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) se chargent d’approcher les salariés pour signer les fameux formulaires de parrainage.

“Les syndicalistes nous ont remis des formulaires à signer. En contrepartie, ils nous ont promis des augmentations de salaire et d’autres avantages”, témoignent des employés d’une banque publique ayant requis l’anonymat.

Des fonctionnaires ont même été détachés  pour les besoins de la campagne électorale. Ainsi, des directeurs centraux, des chargés de communication et des cadres de certains départements ministériels et de wilayas ont été priés par leurs tutelles de rejoindre la direction nationale ou les directions locales de campagne du président candidat. Certains le font par opportunisme ; tandis que d’autres jouent le jeu de crainte de perdre leurs postes et les privilèges qui en découlent. Les employés aux statuts précaires sont invités à soutenir Bouteflika, en contrepartie des contrats à durée indéterminée ainsi que des promesses d’autres avantages.

Pressions et chantage 

Ces méthodes d’un autre âge s’ajoutent à celles, sournoises, qui ont déjà été expérimentées. Des directions et antennes locales de l’Ansej (Agence nationale de soutien à l’emploi de jeunes) ont publié des communiqués pour inciter les jeunes “créateurs d’entreprises” à se rapprocher de leurs services pour obtenir des crédits. Cela peut sembler normal. Sauf que les documents en question précisent que même des secteurs, jusque-là inéligibles à l’aide de l’État, comme les transports de voyageurs ou de marchandises, sont désormais “ouverts” pour les jeunes demandeurs d’emploi. Un geste qui rappelle les déclarations faites par Abdelmalek Sellal en 2014, lorsqu’il avait demandé aux jeunes de “se marier” avec l’argent non remboursé de l’Ansej.

De son côté, le ministre du Travail, Mourad Zemali, a récemment indiqué que les banques n’allaient pas poursuivre en justice les jeunes promoteurs qui ne se sont pas acquittés de leurs dettes. Une manière pour les autorités de tenter de convaincre les jeunes de voter, mais surtout de voter pour Bouteflika.

Dans le lot de l’utilisation des biens de l’État au profit du président candidat, on peut citer les médias officiels. La chaîne publique de télévision, les radios et les journaux gouvernementaux ont déjà entamé la campagne électorale au profit du chef de l’État. Cela se fait notamment à travers la couverture ininterrompue des activités ministérielles. Les membres du gouvernement multiplient ainsi les sorties, et dans chacune de leurs interventions, ils citent toujours les réalisations d’Abdelaziz Bouteflika. L’instruction semble même toucher les walis dont les activités sont également suivies par les médias gouvernementaux.

En plus des médias publics, la campagne électorale pour Abdelaziz Bouteflika a commencé dans l’espace public. À Alger et ailleurs, les portraits du chef de l’État avec l’inscription “Tous Bouteflika” sont collés sur les vitres des bus des transports universitaires. Des portraits géants d’Abdelaziz Bouteflika ornent également des immeubles publics à travers les grandes artères des villes du pays. Tout est fait pour imposer une image d’un Président devenu invisible pour les Algériens.

Bizarrement, cela se passe avec la complicité totale des organismes chargés de surveiller l’élection présidentielle. L’Autorité de régulation de l’audiovisuel, qui doit en principe interpeller l’ENTV, n’est que l’ombre d’elle-même. La commission “indépendante” de surveillance des élections est demeurée quasiment inerte. L’organisme, que préside Abdelwahab Derbal, a préféré rappeler aux candidats de l’opposition qu’ils doivent “donner des preuves” de leurs accusations. Pourtant, tout cela se passe au vu et au su de tous. Y compris d’Abdelwahab Derbal.

 

Source : Liberté

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