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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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"Deux tendances que tout oppose sont en confrontation, latente, pour le moment.

D’un côté, une minorité d’apparatchiks intéressés, qui, confiants en les stratagèmes qui ont déjà fait leurs preuves dans les précédentes joutes, militent pour la continuité à travers la reconduction du mandant actuel pour un cinquième dont ils seront les seuls bénéficiaires par la «rallonge» qu’elle leur procurerait, en attendant, pensent-ils, d’élaborer une stratégie pour la revitalisation d’un système politique devenu entropique et, historiquement, arrivé au bout de son cycle. De l’autre côté, une majorité populaire qui aspire à sortir de ce traumatisme collectif dans lequel l’a plongée la minorité prédatrice.

Cette dernière qui, après s’être accaparé de son histoire, de sa religion, de son identité et de ses richesses s’apprête à présent, en voulant lui imposer ses choix en 2019, à lui donner l’estocade et lui spolier d’une manière définitive ce qu’elle lui a toujours dénié, sa citoyenneté, hypothéquant ainsi irrémédiablement son avenir et celle de sa descendance. Cette majorité clame haut et fort le changement pour des lendemains meilleurs, convaincue qu’elle est que l’état de déliquescence dans lequel se trouve l’Algérie, elle le doit à ces adeptes de la stabilité.

Elle est tout aussi convaincue que cette thématique à laquelle ces «stabilocrates» s’accrochent par, prétendent-ils, amour du Président, cache mal leurs intentions réelles qui se résument à la préservation de leurs seuls acquis et des privilèges que leur procure leur proximité du pouvoir. Il n’est nul besoin d’être grand clerc pour se rendre compte que, de la personne du Président, ils n’en ont cure. Eussent-ils éprouvé un quelconque respect à son égard et un minimum de reconnaissance pour ce qu’il a fait pour ce pays depuis sa prime jeunesse, qu’ils se seraient abstenus de le pousser vers ses limites humaines desquelles son état de santé le rapproche.

D’où cette ligne de rupture qui fait que ces élections ne sauraient en aucune manière être abordées comme les précédentes et se suffire de la seule ingénierie du pouvoir. Dans l’imaginaire collectif, la défiance envers l’administration soupçonnée de corruption et de falsification des résultats électoraux s’est imposée au fil du temps en invariant, comme en témoignent les forts taux d’abstention observés lors de toutes les élections précédentes, y compris, locales. Tout prête à croire que, cette fois-ci, le peuple et son élite semblent décidés à ne pas les laisser faire.

La maladie du Président et le vieillissement du traditionnel creuset qu’incarne sa génération interviennent à un moment où la légitimité historique, naguère argument de taille pour convaincre le peuple de la justesse des choix du système, a perdu toute son acuité.

Il ne peut en être autrement face à une jeunesse largement majoritaire, quoique tournée vers d’autres horizons et à la recherche de ses propres repères, n’en demeure pas moins résolue à en découdre. Sauf à feindre l’ignorance et l’aveuglement, l’Algérie se trouve bel et bien sur une ligne de crête, entre ubac et adret, entre une génération, abusant de son droit d’aînesse dont l’histoire l’a servi et qui cherche à disposer du pouvoir ad vitam aeternam, et d’autres, notamment celle qui lui emboîte le pas qui s’impatiente, estimant que son heure pour passer aux commandes de ce pays a sonné et qu’il est temps qu’elle assume, en toute légitimité, sa part de responsabilité face à l’histoire.

Toutes ces considérations, si elles rendent potentiellement problématiques les élections de 2019, ne permettent pas moins de dresser le profil du futur Président, si tant est que la volonté de tous converge vers la mise en place des voies, des moyens et des conditions à même de permettre à ce pays de sortir des sentiers battus et de l’engager sur ceux de la reconstruction et de la modernité.

Au-delà des qualités morales et des pré requis professionnels qui, sous d’autres cieux, sont exigibles de tout postulant aux services de l’Etat et de la communauté à quelque niveau de responsabilité que ce soit, il est requis du futur Président, notamment, d’être profondément convaincu des principes de liberté et de justice sociale et que l’unique force d’un pouvoir politique est celle que lui confère la légitimité populaire dont l’urne est l’incarnation ; d’être porteur d’un projet de société novateur en rapport avec les aspirations du peuple et en rupture totale avec les pesanteurs dogmatiques ; d’être «générationnellement» en phase avec son peuple pour comprendre le langage et saisir le message de sa composante la plus importante, la jeunesse, à l’égard de laquelle il doit faire montre de réactivité et être en mesure de lui insuffler l’indispensable espoir pour qu’elle soit l’acteur privilégié de la reconstruction nationale ; de jouir de l’indispensable potentiel cognitif à même de lui permettre de se projeter pour anticiper les mouvements d’intérêts à quelque niveau que ce soit et d’où qu’il puisse émaner des individus, des groupes sociaux ou des Etats ; d’être capable, intellectuellement, d’impulser à la société l’indispensable élan pour en faire une société de connaissance, condition sine qua non pour mieux préparer le pays aux défis existentiels auxquels il aura à faire face dans le futur non pas lointain mais immédiat.

Ces exigences à son égard se démultiplient lorsqu’il s’agit de frayer à l’Algérie une place en rapport avec son potentiel et ses ambitions, dans une confrontation où les pays les plus faibles seront tout simplement condamnés à l’effacement…. Autant de postulats auxquels il lui appartiendra de répondre.

C’est dire qu’il est attendu de la prochaine élection présidentielle d’être celle du renouveau et de l’espoir, celle qui accompagnera l’Algérie vers les berges de l’espoir et de la renaissance, celle du passage de flambeau entre une génération qui a achevé sa mission historique et une autre qui est prête à la prendre de bon droit, pour qu’il continue à éclairer la voie des générations d’Algériens à venir.

Et, c’est parce que la prochaine élection présidentielle est déterminante pour la nation et son devenir, nous devons faire preuve de sagesse et l’appréhender avec le maximum d’attention requise en mettant en avant le seul intérêt national. Ce ne serait nullement exagéré d’affirmer qu’elle est porteuse, à la fois, de périls et d’espoirs.

De périls. Si l’ambition et les intérêts des individus l’emportent sur la raison. Si la crainte des revanchards estompe la vaillance des Algériens. Si l’on fait de l’entêtement une politique en optant pour un passage en force, aux seules fins de sauver le régime et ceux qui gravitent autour, au prétexte que c’est le souci de continuité et de stabilité qui prévaut. Si l’on considère que ce peuple est immature et qu’il faille choisir à sa place ceux qui présideront demain à sa destinée. Si l’on persiste à user des anciennes recettes pour pervertir la sanction des urnes et se déjouer de la volonté populaire. Les retombées d’une telle approche ne peuvent être que dévastatrices tant elles portent en elles les germes du désordre et de la désunion, qu’aucune force, quelle qu’elle soit, ne serait en mesure de contenir. Elle serait suicidaire aussi bien pour les individus, que pour l’Etat et la nation.

D’espoirs. Si l’on tient compte des donnes objectives nouvelles et des aspirations de ce peuple majoritairement jeune, non pas pour lui imposer une solution, mais d’agir pour qu’il soit associé à sa recherche. Si on laisse le peuple choisir son favori parmi l’élite réelle de la nation, seule capable de lui faire franchir le gué et de le mettre en phase avec son destin. Si l’on fait passer l’Algérie avant les hommes. Si l’on fait de «l’Algérie avant tout» de feu Boudiaf notre slogan et qu’on laisse le génie nationaliste faire son œuvre. A coup sûr, il la sortira de l’ornière !

Ces échéances électorales placent tous les Algériens devant ce choix cornélien, d’un côté le pays, de l’autre, les individus. Il s’agit de toute évidence d’un véritable challenge, hors de portée du seul pouvoir, davantage enclin à sauver sa mise. Pour le réussir, la contribution de tous, non seulement celle du pouvoir et de l’opposition, mais celle de tout le peuple, est vitalement requise.

Elle s’impose à tous les Algériens. Abstenons-nous de mépris et de haine entre générations et d’esprit de vengeance en ce qu’ils ne peuvent mener qu’au chaos. Faisons amende honorable par rapport à notre présent et à notre passé et affrontons l’avenir autrement que nourris par la peur et l’appréhension. Hissons-nous à la hauteur de l’esprit et de la lettre de Novembre. Reconnaissons à notre jeunesse son droit légitime à l’alternance et redonnons-lui l’espoir en son pays.

Donnons à l’Algérie la place qui lui sied dans nos cœurs et laissons la raison prendre le dessus sur nos instincts. Il y va du devenir de notre nation, gardons-nous de l’exposer à l’effacement. C’est par rapport à cette posture que l’Algérie sera ou ne sera pas, et c’est par rapport à elle que l’Histoire jugera les uns et les autres !

Extrait de la contribution intitulée L’élection présidentielle de 2019 : Entre espoirs et périls. El Watan, 12 novembre 2018.

Source : El Watan

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