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Publié par Saoudi Abdelaziz

Sid Ahmed Semiane dit SAS, auteur d'Octobre, ils parlent. Photo DR

«Un 5e mandat, je n’y crois pas, enfin, je n’y crois pas comme hypothèse politique, mais comme nous ne sommes plus dans la politique, mais dans une espèce de tragédie shakespearienne avec le talent approximatif d’un auteur médiocre et de sous-division locale, tout est possible. Je n’exclus rien, en fait. Tant qu’il est possible de faire semblant, ils feront semblant. Et nous avec.

Parce que nous aussi on fait semblant. Ils feront semblant d’avoir un candidat, même s’il sera réduit à un portrait géant de mauvaise qualité. Ils feront semblant d’avoir des élections. Ils feront semblant qu’il a été élu. Certains feront semblant d’aller voter. Les médias feront semblant d’aller couvrir, même en s’indignant bruyamment pour certains. Nous, on fera semblant de vous lire en faisant semblant d’être en colère et en répétant que cela ne peut plus durer. Et cela va durer encore. Mais je ne sais pas jusqu’à quand. Vous me parlez de l’esprit d’Octobre, mais l’esprit d’Octobre n’est plus depuis longtemps déjà. Parce que l’esprit d’Octobre, c’est quoi ? C’est cette énergie qu’il y avait.

C’est cette volonté à vouloir changer le monde, à le fabriquer tel que nous le voulions. C’est cette envie de vouloir créer un monde nouveau. De nouveaux médias, un nouveau cinéma, un nouveau théâtre, une nouvelle classe politique, une nouvelle société où plus rien ne serait interdit. Octobre, c’était cette envie de vivre-ensemble, de construire ensemble, dans la différence. Ce n’est plus le cas. Il n’y a plus cette énergie commune. Il y a des énergies éparses, affaiblies par leur solitude, leur isolement.

Mais cette volonté a été étouffée. Elle a été castrée aussi. Matée. La guerre, la peur, sont passées par là. L’échec des révolutions dans le monde arabe est là aussi. Mais je ne désespère pas pour autant, en fait parfois si, ou alors pas totalement. Je me dis que les capacités d’une société à rebondir sont insondables, que tôt ou tard nous saurons trouver les mots qu’il faut, les gestes qu’il faut pour secourir ce pays de la noyade. J’aime cette notion de résilience. C’est un terme et un concept fabuleux.

C’est un terme que la psychanalyse et la psychiatrie empruntent à la métallurgie pour dire qu’un corps, qu’un organisme, quel qu’il soit, a toujours une capacité pour surmonter l’altération. Le feu peut plier le métal, mais le métal peut retrouver sa forme. C’est pour ça que je ne perds pas totalement espoir. Même si je suis fatigué. Mais comme je vous le disais, méfions-nous des fatigués.»

Extrait de l'interview réalisée par Mustapha Benfodil, intitulée : Sid Ahmed Semiane, auteur d’Octobre, ils parlent : «Il faut se méfier des Sociétés fatiguées»

Source : El Watan

 

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