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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le système qui a été capable jusqu'ici de faire fonctionner la machine à consensus en l'absence de l'intervention directe du chef de l'Etat, vient d'être contraint de recourir au " coup d'état" pour déplacer un pion de son dispositif de contrôle social. Par delà "ce qu'il y a derrière",  la radjla de Saïd Bouhadja est un événement inédit. Nombre d'Algériens y retrouvent leur aspiration à la désobéissance citoyenne.

Coup de force à l’Assemblée

Extrait du Récit de Salima Tlemçani.

(...) Les heures que nous avons passées sur le seuil du palais, en raison de l’interdiction faite aux journalistes d’y accéder, nous ont permis de sonder les parlementaires et de savoir qu’il n’y a aucun consensus autour de la gestion de l’affaire Bouhadja. D’abord en ce qui concerne cette décision de cadenasser les portes avec des chaînes métalliques, de vider de son personnel le 5e étage avec brutalité et de fermer toutes les issues.

Nous avons tenté d’accéder par l’entrée du personnel, mais le président de la commission des affaires étrangères, Si Affif (FLN), accompagné de plusieurs autres députés FLN, dont Djamel Bouras, a violemment fermé la porte métallique à clé, laissant une grande partie des travailleurs bloqués dans la rue. Il aura fallu l’intervention d’autres députés pour que la décision de la rouvrir soit prise une heure plus tard.

La tension et la nervosité pesaient lourdement. Une cinquantaine de députés au maximum sont dans le hall. Ils font des va-et-vient entre l’intérieur et l’extérieur. Certains sont fermés à toute discussion avec les journalistes, d’autres s’amusent à passer d’une caméra à une autre pour faire des déclarations, parfois interrompues par des «vive ammi Saïd», que lancent des automobilistes qui traversent le boulevard Zighout Youcef, en signe de solidarité avec le président, ou peut-être en signe de protestation contre ses opposants.

L’ambiance n’est pas du tout sereine. Les altercations verbales entre députés et les remises à l’ordre dénotent la pesante tension. Enroulées autour des poignées de l’imposante porte d’entrée de l’Assemblée, les chaînes métalliques reliées à un cadenas sont toujours là. La majorité des députés se disent «indignés» par de tels actes qualifiés de «honteux», mais regrettent de «ne pouvoir rien faire pour enlever les chaînes». Ceux qui les ont installées sont là en permanence pour s’assurer de leur présence.

Une piètre image que certains donnent de la 3e institution de l’Etat. 11h passées, les députés sont tous à l’intérieur de l’hémicycle. C’est l’heure du déjeuner. Une heure après, ils commencent à sortir, certains pour discuter avec les journalistes, d’autres pour se dégourdir les jambes. Vers 14h, la réunion du bureau de l’Assemblée s’ouvre et la déclaration tombe moins de 20 minutes plus tard.

Dans une anarchie totale, les journalistes sont invités à entrer dans une toute petite salle, dont la moitié est occupée par les parlementaires. Après la lecture de la motion, le doyen des députés, qui a présidé la réunion du bureau refuse de répondre aux questions des journalistes. Le coup de force que les députés viennent d’opérer cible le troisième homme de l’Etat, et le Conseil constitutionnel reste muet… El Watan

Suspicions sur un putsch

Editorial du Quotidien d'Oran

Par Mahdi Boukhalfa, 18 octobre 2018

http://www.lequotidien-oran.com/files/spacer.gif Ce qui se passe à l'APN a toutes les formes d'un putsch, d'une action tout à fait illégale au regard de toutes les lois de la république. Après une sédition de la majorité parlementaire fomentée de «bric et de broc» qui aura étonné plus d'un quant aux vraies raisons qui ont amené les patrons du FLN et du RND à demander la tête de Bouhadja, l'Assemblée nationale s'achemine vraisemblablement vers l'élection d'un nouveau président.

Dans le scénario prévu par les «anti-Bouhadja» d'un jour et ses adversaires de toujours, un nouveau président devait être proposé à l'issue de la réunion, hier mercredi, du bureau de l'Assemblée nationale chargé de «constater» la vacance de la présidence de l'APN. Le prochain président du perchoir serait ensuite élu dans les tout prochains jours pour accélérer le retour à la «normale» au sein de l'Assemblée nationale et éviter un éventuel «second souffle» d'un Bouhadja qui n'accepterait toujours pas son exécution politique.

Pour autant, la morale dans cette histoire s'en trouve éclaboussée et tous les principes d'une gestion démocratique de l'hémicycle, le Parlement, où se décident les lois du pays, partent en vrille quand le président de l'APN est physiquement empêché de rejoindre ses bureaux, et qu'ensuite une vacance de la présidence est prononcée par ses adversaires politiques en ayant fermé les portes du «château» sans possibilité à M. Bouhadja de prouver le contraire d'une vacance de la présidence de l'APN illégalement prononcée. A moins que le président de l'APN n'abdique en fin de compte de lui-même et déclare se retirer, il ne peut dès lors s'agir que d'un constat d'une vacance provoquée par la force mais nullement conforme au règlement.

Quel étrange scénario de changement à la tête de l'APN, une année après les dernières législatives ! Beaucoup au sein de la classe politique ne pensent qu'à un simulacre, un de plus, de démocratie, parlementaire s'il en est. Comment, en effet, tolérer et justifier cette violation flagrante, publique, en direct, des lois de la république, dont la Constitution et le règlement de l'APN, par des partis se réclamant de la majorité présidentielle ? Est-ce possible dans cette Algérie que les responsables des partis, qui ont hurlé à Bouhadja de «dégager», ont classée au-dessus d'une des plus grandes démocraties actuelles dans le monde ? Pour être sorti en ville prendre un café, le président de l'APN avait été voué aux gémonies par des apparatchiks du FLN.

Plus que toute autre considération, organiser une «vacance» de la présidence de l'APN ne peut ne pas être un funeste putsch politique, qui a tous les contours d'une forfaiture jamais enregistrée jusque-là au sein du Parlement de notre pays. A moins que cela n'obéisse, d'une manière comme d'une autre, au dessein de mettre hors circuit un président de Parlement devenu inutile, ou gênant.

Mais, dans tous les cas de figure, pourquoi ce changement, et avec une telle insistance, à quelques mois de la présidentielle, d'autant que le personnage est également l'un des plus solides soutiens à la poursuite du mandat du président ? Bouhadja, on ne sait pas pourquoi réellement, est devenu soudain «persona non grata» depuis qu'il a décidé d'évincer son S.G. Pour autant, organiser sa destitution à la hussarde, comme si l'Algérie n'avait aucune loi, ni principes, paraît bien suspect.

Source : Le Quotidien d'Oran

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