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Publié par Saoudi Abdelaziz

Qui décide en Algérie ? Par Youcef Sahli, membre du comité d’éthique du FFS

 

"En Algérie, la rente est la principale source d’entretien du pouvoir et de ses dirigeants".
 

Par Youcef Sahli, 19 octobre 2018. Libre Algérie

A partir d’une problématique s’interrogeant sur la composition et le fonctionnement du régime algérien, à l’effet de définir qui décide de quoi et comment sont prises les décisions en haut du sérail, il est élaboré un travail rétrospectif des étapes les plus importantes et les plus décisives de l’histoire de notre pays, celles ou l’enjeu principal a notamment été la chefferie de l’Etat.

Depuis la crise de l’été 1962 et la remise en cause de la légitimité et la légalité du GPRA par le coup de force de l’Etat-Major général de l’armée, les rênes de l’Algérie ont été tenues par des cercles occultes composés de ceux communément appelés «les décideurs” et du pouvoir politique de façade.

Le système politique instauré a consacré la primauté du militaire sur le politique. La hiérarchie militaire, le pouvoir réel, dirigeait le pays avec un FLN vidé de sa substance, parti unique, servant de couverture politique. Le régime a dès lors dépouillé de son pouvoir légitime l’institution législative (Assemblée nationale constituante).

Le 19 juin 1965, soit au lendemain des négociations ayant abouti à la reconnaissance du FFS comme parti politique légal, et l’engagement du chef de l’état à libérer les détenus politiques, le ministre de la Défense, Houari Boumediene, renverse Ahmed Ben Bella. Un conseil de la révolution à majorité militaire a été intronisé. Les chefs militaires sont ainsi sortis de l’ombre pour imposer un pouvoir sans partage.

À la mort de Houari Boumédiène en 1978 et après de nombreuses tractations et conclaves la hiérarchie militaire a encore intervenu pour coopter un autre militaire de carrière, à savoir Chadli Bendjedid, commandant de la 2e région militaire, au détriment d’Abdelaziz Bouteflika et de Yahiaoui. C’est “l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé” qui est retenu.

Puis sont apparus quelques hommes forts du régime, à l’image des généraux Khaled Nezzar et de Larbi Belkheir , avec eux de nouveaux circuits de corruption (communément appelés « mafia politico financière »).

Les réformes de Chadli ont abouti à la restructuration de la Sécurité militaire, devenue DRS en septembre 1990, mais à qui a été confié toujours le rôle d’un État dans l’État.

Selon l’historien Mohamed Harbi, le Département du renseignement et de la sécurité est devenu très puissant par sa capacité à infiltrer toute la société, à créer ses propres partis politiques et sa propre société civile.

Ainsi après avoir agrée, encouragé et manipulé l’ex-FIS, celui-ci a raflé la majorité des sièges à l’APN lors du scrutin du 26 décembre 1991. Le prétexte est tout trouvé pour annuler ces élections et permettre ainsi à l’armée de revenir en force après avoir pris du recul lors des évènements d’octobre 1988.

En janvier 1992, Chadli est contraint à la démission et Boudiaf est appelé à la tête du HCE qui comportait en son sein les deux généraux controversés.
C’est pendant cette période qu’une certaine presse commençait à parler de « mafia politico- financière », ce terme a de nos jours, presque disparu…

La désignation de Liamine Zeroual et la politique du tout-sécuritaire qui s’en est suivie a mis davantage l’armée au-devant de la scène. « En effet, le Président, choisi par la haute hiérarchie de l’armée et des « services » puis “intronisé” par les urnes”. Pour la “rue” c’est l’expression publique du consensus et de l’équilibre entre «décideurs ».

Il n’est comptable en réalité que devant ces grands Electeurs à vie. Ceux-là mêmes qui voient dans l’alternance clanique au sein de la nomenklatura, la meilleure garantie de pérennité d’un système qui se succède à lui-même depuis plus de trois décennies.

Dès lors, le rôle du Président se résume à gérer le statu quo et à veiller au respect des équilibres internes du régime : équilibre des appareils politiques et sécuritaires, équilibre des chasses gardées commerciales, équilibre dans le partage de la rente… » Disait notre Président, feu Hocine Ait Ahmed

Bien qu’il se soit disposé de pouvoirs constitutionnels importants, Zeroual n’a pas résisté aux pressions des décideurs qui l’ont poussé à la démission. A ce moment là, Ait Ahmed n’a manqué une nouvelle fois d’alerter l’opinion internationale en déclarant :

« Dès lors, l’élection présidentielle ne se pose pas en terme de candidat civil ou militaire. Elle se pose en terme de candidat-marionnette ou de président réellement élu avec, à terme, un transfert du pouvoir de l’armée vers les civils ».

Sous la présidence de Bouteflika, l’Algérie a vu dans la généralisation, voire la banalisation de l’informel, la prédation et la corruption. Ses acteurs ont toujours eu recours à des compromis pour sauver le système, quelles que soient leurs divergences, afin de préserver leurs privilèges.

Les différends qui les opposent ne sont pas d’ordre idéologique ou politique, ils sont le reflet des luttes qui les opposent pour s’accaparer une plus grande part de la rente générée par la dilapidation des richesses naturelles de l’Algérie.

Depuis la non-élection de l’actuel chef de l’état, la situation est marquée par une montée progressive des forces de l’argent sale dans leur quête de faire une OPA sur le pouvoir. Tous les observateurs sont unanimes sur la nature du pouvoir algérien qui se consolide autour de l’appareil militaire et sécuritaire, la puissance financière de Sonatrach, la bureaucratie d’Etat, et les milieux d’affaires. Ces derniers n’étaient confinés, qu’à l’extrême limite de la table en servant de force d’appoint au pouvoir.

Les détenteurs d’argent tentent de conquérir des espaces nouveaux, jusqu’à s’approcher des centres de décision. Toutefois, ils n’arrivent pas encore à imposer une démarche ou des décisions importantes car ne disposant pas encore d’un pouvoir réel ni d’un vrai projet pour le pays.

Sonatrach reste la source essentielle de financement des politiques et des projets des dirigeants.

Selon Madjid Benchikh : « Il en résulte que, dès les premières phases d’élaboration politique, chaque force tente de préserver ses intérêts. Des luttes se déroulent au sein du système mais dans l’opacité la plus totale. Les affaires ont largement pénétré dans le système politique, au fur et à mesure que des généraux, en retraite ou non, se lancent dans des entreprises économiques, commerciales et financières. En Algérie, le pouvoir économique et la fortune ne peuvent se construire et se consolider qu’avec l’appui du pouvoir politique. »

Si nous acceptons l’idée que le régime algérien est une oligarchie de fait, s’agit-il d’une oligarchie des meilleurs (aristocratie au sens étymologique), des plus riches (ploutocratie), des scientifiques et techniciens (technocratie), des Anciens (gérontocratie), de ceux qui bénéficient de la force ou de tout autre pouvoir de fait ?

Difficile de répondre à cette question : partout à travers le monde, les hommes politiques sont sous pression des lobbies et de la finance nationale et internationale, mais en Algérie tout se mélange au point de constituer d’improbables (et difficiles à décrypter) cercles d’influences ».

En Algérie, la rente est la principale source d’entretien du pouvoir et de ses dirigeants.
 

Source : Libre Algérie

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