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Publié par Saoudi Abdelaziz

 Photo DR

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Dernière partie de l'interview de Abderrahmane Hadj Nacer, ancien gouverneur réformateur de la Banque centrale publiée aujourd'hui par Maghreb Emergent sous le titre "Les prédateurs ont encore une très grande influence en Algérie".

"(...) Le système ne peut pas s’auto-réformer. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation plus complexe que celle des années 90. Parce que, nous n’avons plus d’ingénierie qui peut nous permettre de sortir de la crise. Bien sûr, cela ne veut pas dire que nous n’avons pas de compétences. Nous en avons mais elles ne peuvent pas s’exprimer, encore moins peser dans la décision. Le système a évolué d’une façon telle que, aujourd’hui, l’intelligence n’accède plus aux cercles de décision.

Les conditions de la réforme qui étaient disponibles en 1986 n’existent plus. Les conditions de la réflexion non plus, ce qui fait qu’il ne peut pas y avoir d’ingénierie organisée institutionnellement. Celle-ci ne peut être, au mieux, qu’en dehors des institutions. Cela étant, il ne faut pas être négatif pour la raison suivante : le système a une intelligence que ses composantes n’ont pas. Ce qui a fait principalement la victoire de la révolution algérienne, c’est que tous les Algériens l’avaient considérée leur révolution.  Et si tous les Algériens la considéraient comme la leur, c’est parce que ils étaient représentés en son sein.  Il n’y avait pas de décisions individuelles et il n’y avait pas de lutte entre les régions.

L’intelligence du système était dans le fait qu’il se soit appuyé sur une logique très ancienne, qui est celle de la tajmaat, et était aussi dans la  recherche de l’équilibre entre ses composantes et entre les régions.  Il faut faire confiance au système qui, lui, joue sa survie face à une somme d’individus qui, eux, ne représentent que des intérêts de personnes.  

Aujourd’hui, le problème en Algérie n’est pas qu’un problème de prédation. Il est beaucoup plus profond. La question est de savoir s’il existe une convergence entre les intérêts individuels et ceux du système. Pour sa survie, le système doit tenir compte des différents équilibres, pas seulement les équilibres intérieurs, mais aussi et surtout les équilibres sociologiques et anthropologiques qui sont très complexes.  Il a aujourd’hui affaire à une société islamisée dans le mauvais sens, arabisée dans le mauvais sens et francisée dans le mauvais sens. Une société sans élites ayant accumulé du savoir-faire et des codes leurs permettant de comprendre comment fonctionne le monde autour d’eux.  Par ailleurs, le système a aussi affaire à un contexte international qui n’est pas du tout dans la stabilité et la pérennité comme en 1988. Aujourd’hui, les plus grandes puissances sont dans une situation instable mais elles veulent toujours garantir et protéger leurs intérêts en Algérie, ce qui est légitime.

Le pouvoir a fait de tous les instruments d’intermédiation, les partis, les associations, les organisations professionnelles et syndicales, des vitrines sans fond ni forme. Aujourd’hui, il est dans une situation grave et il est menacé sérieusement. Je pense qu’il peut se redresser. Je fais confiance à son instinct de survie.  Quand on voit les derniers changements dans l’armée, on constate qu’il y a de la pédagogie dans la démarche entreprise. Des hommes qui étaient considérés jusque-là comme inamovibles,  ont été démis de leurs fonctions, ce qui veut dire que les personnes, quelle que soit leur importance, ne comptent plus dès lors qu’il s’agit de la survie du système. Habituellement, à chaque fois que les dirigeants ont eu l’illusion de la richesse, ils se sont précipités pour rompre les équilibres du système  avant d’y revenir. Cette fois ne vas pas déroger à la règle à mon avis. L’inintelligence du système est plus forte que la somme des ruses des individus qui le composent.

Source : Maghreb Emergent

POST SCRIPTUM

L'interview a été par la suite supprimée du site, avec cette  explication:

"Maghreb Emergent souhaite s’excuser auprès de ses lecteurs au sujet du retrait de l’interview de l’économiste Abderrahmane Hadjnacer, mise en ligne ce matin. C’est suite à un malentendu que le texte a été diffusé sans l’aval de M. Hadjnacer. Il s’agissait, en fait, d’un ensemble de notes devant être validées par l’économiste et qui ont été mises en ligne par erreur. C’est donc à la demande de M. Hadjnacer que le texte a été retiré".

Notre blog ne supprime pas l'extrait qu'il a mis en ligne. Une manière de sauver de la disparition un fragment de Bansky.

 

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