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Publié par Saoudi Abdelaziz

«Récession et crise financière d'ici 2020»

Evoquant "la crise des subprimes qui a terrassé l’économie mondiale" en 2008, l'économiste algérien Abdelhak Lamiri met en garde : "Aujourd’hui, les mêmes risques existent. L’économie mondiale vit sous la menace de crises de plus en plus terribles."

Au début des années 2000, le spécialiste financier Nouriel Roubini avait alerté -sans être entendu-sur la crise financière imminente, qui surviendra en 2008. Dix ans après ce crash, il présente "Les ingrédients d’une récession et crise financière d’ici 2020". Il conclut  :  

"À la différence de 2008, époque à laquelle les gouvernements disposaient des outils politiques permettant d’empêcher une chute libre, les dirigeants politiques qui affronteront la prochaine récession auront les mains liées, sachant par ailleurs que les niveaux globaux de dette sont supérieurs à ceux d’avant-crise. Lorsqu’elles surviendront, la crise et la récession de demain pourraient se révéler encore plus sévères et prolongées que celles d’hier".


 

Financiarisation de l’économie

Par Abdelhak Lamiri, 17 septembre 2018

La finance est-elle ce voile sans effet sur l’économie réelle préconisée par les classiques ou ce maître de l’univers qui pervertit l’économie mondiale et fait courir à la planète toutes sortes de menaces inutiles identifiées par de nombreux analystes contemporains ?

Le débat sur le rôle et les responsabilités de la finance mondiale n’est pas près de produire un consensus. Même parmi les économistes académiques !

Il n’y a consensus que sur l’utilité et l’importance de la monnaie de par ses attributs universels salués depuis Aristote et Platon (réserve de valeur, facilitateur des échanges, unité de mesure…). Sa diffusion et l’essor du crédit ont permis à l’humanité de faire des progrès gigantesques en matière de croissance et de développement économique. La monnaie qui fluidifie et finance l’économie réelle est sujette à peu de controverses, même s’il est légitime de poser la problématique de qui en dispose à quelles conditions et pour en faire quoi ? Ceci pour stipuler que les conséquences sur l’économie réelle ne sont pas anodines.

Un premier constat s’impose. Dès lors que l’on ne prenne pas des mesures coercitives, la finance deviendrait un levier puissant de création, d’aggravation et de perpétuation des inégalités. Les mécanismes d’accès aux crédits disqualifient des franges importantes de la population de disposer du plus puissant ascenseur social : l’entrepreneurship. Par la suite, plus on dispose de ressources financières, plus on peut en lever des fonds et profiter de l’effet levier (endettement) pour faire croître ses actifs et booster sa rentabilité. Dès lors que l’on ne prend pas conscience ou que l’on minimise l’importance économique et sociale de ce phénomène, on contribue immensément à amplifier les écarts entre différentes communautés.

De trop grandes dissimilitudes ne sont pas uniquement un problème social ,mais d’éthique et de civilisation. Ces hétérogénéités économiques et sociales induisent la plupart des maux économiques et sociaux qui constituent les fléaux de la vie contemporaine. Des analystes expliquent que les 10% des plus riches de la planète polluent plus que le reste. Leurs besoins sont démesurés (yachts, jets privés, multitudes de véhicules et demeures) et leurs conséquences en destruction de l’environnement en sont démultipliées. Lutter contre les inégalités économiques c’est aussi réduire les facteurs de destruction de l’environnement et des écosystèmes.

Intensification des inégalités

Le secteur financier, sans régulation appropriée, contribue fortement à l’approfondissement des inégalités et accroît la consommation ostentatoire avec une faible utilité marginale sociale (effet Veblen mis en évidence par Torsten Veblen). Les conséquences actuelles sur la surutilisation des ressources, mises en évidence par de nombreux analystes, concourent aux désordres écologiques créés actuellement. Hervé Kempff a brillamment montré l’excès d’accumulation au sein de groupes de plus en réduits et de plus en plus fortunés sur les modes de consommation et la canalisation des ressources au niveau planétaire. L’immense travail de Piketty (le Capital au XXe siècle) a le grand mérite d’apporter plus de preuves sur l’approfondissement des inégalités un peu partout dans le monde et de focaliser le débat sur le phénomène. Mais au moment où le débat sur les inégalités faisait rage aux USA, on a choisi d’élire un candidat qui promettait de les booster à un niveau incroyablement plus élevé.

L’intensification des inégalités est allée de pair avec les déréglementations et la financiarisation de l’économie. Ce ne sont pas deux phénomènes non corrélés auxquels nous avons à faire. Ils se renforcent mutuellement. Mais nul n’a prétendu que la financiarisation de l’économie participe à la réduction des inégalités sociales bien que l’on puisse toujours trouver un mécanisme de degré 3 ou 4 qui expliquerait que telle ou telle opération (réduction du risque) propulse plus d’entrepreneurs au sein des élites financières. On peut trouver également des centaines de start up boostés par des financements appropriés au rang d’entreprises de classe mondiale. Mais dans l’ensemble, les mécanismes d’approfondissements des inégalités sont plus prononcés.

L’économie mondiale vit sous la menace

Le paysage financier moderne avec l’ensemble des outils sophistiqués créés –futurs, options, swaps, etc.- participe, en première instance, à fournir des services valorisés par l’économie réelle. Les entreprises ne sont pas toutes préparées à assurer les multiples risques auxquels les hommes d’affaires font face : taux de change, prix des commodités, taux d’intérêt… Les instruments financiers disponibles permettent de répartir des risques sur un nombre impressionnant d’acteurs dont c’est le métier de les assumer. Les industriels peuvent donc se concentrer sur leurs métiers de base qui est de produire et de commercialiser des produits ou des services à un rapport qualité/prix adéquat. L’activité risquée est reléguée aux agents financiers qui ont développé des outils et des compétences appropriés. Ce niveau-là, proche des activités des assurances est très peu remis en cause. Mais il y a très peu d’assurances qui ont des marchés secondaires.

C’est au nom de la liquidité des produits financiers (pouvoir revendre rapidement et à moindre coût les produits financiers contre les risques d’activités) qu’une multitude d’effets financiers qui combinent les différentes positions sont créés. La titrisation (création de nouveaux produits financiers à partir des effets financiers de base) devient alors le champ ou les innovations fleurissent le plus dans les activités mondiales. On peut alors créer un titre dont 10% seront l’indice boursier de Hong Kong, 5% seraient le prix du cuivre, 3% sont la valeur de l’action de GM, etc. Lors de la crise des subprimes, les collectivités locales européennes, qui avaient acheté des titres financiers (comme la plupart des entités dans le monde), découvrent avec effroi le contenu des titres financiers acquis.

Les acheteurs faisaient confiance aux agences de cotations, entités concurrentes, qui donnaient des indications avec une légèreté déconcertante. Théoriquement, une agence de cotation a intérêt à laisser les concurrents donner des cotations avantageuses aux mauvais produits. En cas de défaut, le marché ira les pénaliser. Mais au contraire, elles ont voulu se procurer plus de parts de marché au détriment d’un travail de qualité et d’un positionnement plus rigoureux. Le vers alors est entré dans le fruit. Le reste, on le connaît, la crise des subprimes qui a terrassé l’économie mondiale. Aujourd’hui, les mêmes risques existent. L’économie mondiale vit sous la menace de crises de plus en plus terribles.

Source : El Watan

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