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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le chef salafiste Aboul Abbas, un des relais entre Washington et Al-Qaida au Yémen. Photo DR

Le chef salafiste Aboul Abbas, un des relais entre Washington et Al-Qaida au Yémen. Photo DR

Par Jean-Pierre Filiu*, 2 septembre 2018

Les Etats-Unis collaborent avec la branche yéménite d’Al-Qaida, soit directement, soit par l’intermédiaire des Emirats arabes unis.

Donald Trump a ordonné, juste après son entrée à la Maison blanche, un raid majeur contre Al-Qaida pour la Péninsule arabique (AQPA), la branche yéménite de l’organisation dirigée, depuis la mort de Ben Laden en 2011, par Ayman Zawahiri. Les commandos américains sont alors intervenus pour la première fois sur le sol yéménite, le 29 janvier 2017, aux côtés de forces spéciales des Emirats arabes unis. Du 2 au 6 mars 2017, les forces américaines ont mené une quarantaine de frappes aériennes contre des cibles d’AQPA, à comparer à la trentaine de frappes ordonnées par l’administration Obama durant l’année 2016. Les Etats-Unis qualifient AQPA de filiale la plus dangereuse d’Al-Qaida pour justifier un tel engagement militaire.

Il se confirme cependant que Washington s’accommode de la participation d’AQPA à la coalition soutenue par l’Arabie saoudite et les Emirats, voire lui apporte son soutien. C’est ce qui ressort d’une enquête fouillée d’Associated Press, à laquelle aucun officiel américain n’a apporté de démenti sérieux.

LES ENNEMIS DE MES ENNEMIS

Trump a décidé d’accorder un appui beaucoup plus déterminé que son prédécesseur à l’offensive lancée en mars 2015 au Yémen par les deux « hommes forts », quoique formellement princes héritiers, de l’Arabie et des Emirats (Mohammed ben Salmane, dit MBS, et Mohammed Ben Zayed, surnommé MBZ). La coalition ainsi constituée vise à restaurer l’autorité du président Abd Rabbo Mansour Hadi, expulsé de la capitale Sanaa par une guérilla pro-iranienne, les Houthistes. La reconquête s’avère très laborieuse, avec un coût exorbitant pour la population civile. La priorité accordée à la lutte contre les Houthistes, que la propagande jihadiste stigmatise comme des « hérétiques » du fait de leurs affinités avec le chiisme, a relégué au second rang le conflit avec AQPA, d’autant que la percée de Daech au Yémen faisait apparaître Al-Qaida comme un « moindre mal ».

AQPA représente, avec six à huit mille miliciens, un force non négligeable dans le conflit yéménite. Les combattants jihadistes, à la fois aguerris et disciplinés, ont été considérés comme des renforts de choix par certains commandants loyalistes, eux-mêmes appuyés par les Etats-Unis. Ce fut ouvertement le cas, en janvier 2017, lors de l’offensive réussie contre le port de Moka, sur la mer Rouge.

C’est encore plus vrai à Taez, verrou du centre du pays, théâtre de combats acharnés qui ont tourné à l’avantage des pro-Hadi. Le chef des opérations pour Taez, Adnan Rouzek, avait pour adjoint un cadre d’AQPA, évadé de la prison d’Aden en 2008.

Plus grave est la coopération affichée entre le chef salafiste Aboul Abbas, très puissant à Taez, et les commandos d’Al-Qaida. C’est d’ailleurs cette complicité qui a amené, en octobre 2017, Washington et Riyad à inscrire Aboul Abbas, de son vrai nom Adil Abduh Fari, sur une « liste noire » de terroristes recherchés. Cette inscription n’a rien changé à l’activisme d’Aboul Abbas à Taez, ni à son association avec AQPA. Les Emirats ont même veillé à ce qu’il continue d’être soutenu militairement et financièrement.

Source : Un si Proche Orient

Jean-Pierre Filiu, historien et arabisant est professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris). Il a aussi été professeur invité dans les universités de Columbia (New York) et de Georgetown (Washington

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