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Publié par Saoudi Abdelaziz

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M. Trump élu, Google s'inquiète. Ce sont deux fractions capitalistes qui s’opposent : l'une regroupe ceux qui possèdent des entreprises industrielles dont les profits venant de travail usinier sont menacés par la mondialisation. La deuxième tire ses bénéfices de droits attachés à ses créations immatérielles (logiciels, images, sons) et qui sont des rentes nourries par la mondialisation.

Par Ahmed Henni, 17 septembre 2018

En septembre 2018, le média américain d’extrême droite Breitbart publiait un enregistrement vidéo  d’une réunion tenue en 2017 au siège de l’entreprise internet bien connue Google et dont l’objet était l’évaluation de la situation après le succès de M. Trump aux élections présidentielles américaines de 2016. L’inquiétude des intervenants y est visible. Ils expriment notamment des craintes pour le devenir des libertés de circulation et de mœurs. Certains analystes pensent que cette vidéo illustre le côté progressiste et anti-conservateur qui existerait chez Google, mais aussi chez Facebook, Twitter, etc. 

Le nouveau président américain a été présenté en effet par la presse comme un conservateur et un défenseur non seulement des valeurs attachées à l’ancienne société industrielle de discipline et de hiérarchie entre sexes, entre nationaux et étrangers ou entre blancs et noirs, mais surtout comme l’élu des ouvriers blancs au chômage des anciens territoires industriels frappés de fermetures d’usines.

Le candidat puis président Trump annonçait des fermetures de frontières pour les hommes (les migrants hispaniques potentiels concurrents de la main d’œuvre locale)  et pour les biens (les importations de produits chinois notamment, censés être la cause des fermetures d’usines aux États-Unis).

En bref, il semble bien que deux capitalismes se font face : l’un, nouveau, centré sur l’immatériel, le numérique et le tertiaire, bien représenté par les emblématiques Google et Amazon, créateurs de nouveaux emplois, particulièrement pour les gens instruits, premier bénéficiaire de la mondialisation, et un ancien capitalisme industriel, dont des secteurs entiers souffrent de la concurrence mondialisée et qui n’arrive plus ni à sauvegarder ni à créer des emplois sur le territoire.

C’est ainsi que s’expliquerait le succès du programme protectionniste de M. Trump qui veut relever les droits de douane sur les biens matériels et introduire des restrictions aux différentes libertés de circulation, sinon quitter les traités internationaux qui les garantissent.

En principe, ce programme ne devrait pas déranger les grandes multinationales de l’immatériel qui font leurs affaires par la vente de logiciels et autres biens et services numériques. Ce sont les États-Unis qui sont leaders en ce domaine et exportent leurs productions immatérielles dans le monde entier. Il n’y a pas encore de Windows chinois et Microsoft continuera d’engranger des redevances venant du monde entier pour son usage. L’hégémonie de Google n’est pas près d’être remise en cause dans les pays capitalistes, riches et pourvoyeurs de publicités aux consommateurs occidentaux. Pourquoi donc l’inquiétude du personnel de Google ?

C’est que, précisément, les bénéfices de la mondialisation numérique viennent de la liberté de circulation, aussi bien en matière de recrutement des cerveaux, que des produits de l’immatériel (logiciels, images, sons, etc.). Ériger des barrières protectionnistes à l’entrée aux États-Unis, comme l’annonce M. Trump, ne peut que susciter des réactions  négatives dans le monde, notamment en Chine.

Or, Google mène une difficile négociation pour pénétrer le marché de ce pays – y opérer et engranger des recettes publicitaires de compagnies chinoises et pouvoir transférer ses gains monétaires vers les États-Unis.

Ce sont donc bien deux fractions capitalistes qui s’opposent : la première regroupe ceux, avec leurs employés, qui possèdent des entreprises industrielles et dont les profits venant de travail usinier sont menacés. La deuxième fraction tire ses bénéfices de droits attachés à ses créations immatérielles (logiciels, images, sons) et qui sont des rentes. Les différentes libertés de circulation nuisent aux entreprises industrielles, non seulement à cause d’une concurrence mondialisée en termes de coûts, mais aussi de modes culturelles et managériales accompagnant l’extension des entreprises de l’immatériel et compromettant les valeurs de la discipline de fabrique.

Le combat protectionniste de M. Trump n’est pas seulement d’arrière garde en matière de valeurs culturelles, il tente de nier cette mutation historique du capitalisme d’un capitalisme de profits industriels à un capitalisme de rentes attachées à la production immatérielle.

Source : Le blog de ahmed henni

*Ahmed Henni est l’auteur de Le capitalisme de rente. De la société du travail industriel à la société des rentiers, 2012

 

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