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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ferhat Abbas préside le premier gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA)

Ferhat Abbas préside le premier gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA)

19 septembre 2018

Amin Khan, écrivain. DR

Après l’Appel du 1er novembre 1954 qui fixe l’objectif et le moyen : l’indépendance nationale par la lutte armée du peuple algérien, après le Congrès du 20 août 1956 qui organise la Révolution et développe et consolide son assise politique, la création du GPRA, le 19 septembre 1958, procède à la rupture irréversible avec la France par l’instauration de la souveraineté nationale de l’Algérie.

 La proclamation du GPRA, suivie de la reconnaissance internationale de nombreux Etats, crée un fait historique qui s’impose au monde et, en premier lieu, à la France coloniale qui n’y pourra rien malgré le redoublement de violence criminelle et de destruction barbare que met en œuvre De Gaulle dès son retour au pouvoir en mai 1958 contre le peuple algérien.

 L’indépendance sera obtenue grâce, précisément, à la détermination, au courage et aux sacrifices (encore méconnus) du peuple algérien, et à la clairvoyance et à la sagesse de ses dirigeants. En effet, malgré les dissensions, les crises, les rivalités, les luttes fratricides et les drames, les dirigeants du FLN s’avèreront finalement capables de mener le pays à l’indépendance. Lorsqu’on pense à la disparité des forces en présence, à la puissance économique, militaire et diplomatique de la France, adossée à l’Otan et à 132 ans de domination coloniale en Algérie, on ne peut que reconnaître les grandes qualités du peuple algérien et admirer la grandeur de sa Révolution.

Ces hommes qui ont eu l’honneur de faire partie du premier Gouvernement de l’Etat-nation algérien qui deviendra indépendant en 1962, sont les héritiers du long combat d’un peuple conduit par l’extrême violence de la domination coloniale au bord de l’annihilation. Son économie détruite, ses structures sociales cassées, sa culture écrasée et marginalisée, ses valeurs humiliées, ce peuple est parvenu à trouver au fond de lui-même les ressources spirituelles, morales, intellectuelles et politiques pour pouvoir inverser le cours d’une histoire qui semblait le destiner à subir (comme aujourd’hui les Palestiniens) le sort des Indiens d’Amérique.

Sur le plan politique ces hommes sont les héritiers du mouvement national moderne qui depuis l’Emir Khaled et Ahmed Messali, depuis l’Etoile Nord-Africaine jusqu’au Front de Libération Nationale, a patiemment forgé les instruments de sa libération. Génération après génération, le peuple algérien a produit des élites politiques qui, malgré les difficultés et un rapport des forces tragiquement déséquilibré, se sont constamment efforcées d’assumer le défi de l’existence de leur peuple, en faisant preuve de détermination, de courage et d’abnégation, mais aussi d’intelligence, de créativité, de souplesse et d’imagination.

 Même si la distance entre le rêve de l’indépendance nationale et la douloureuse et déprimante réalité de l’oppression coloniale pouvait souvent paraître infinie, cela n’a pas empêché les résistants, les militants et les révolutionnaires algériens de maintenir la flamme et d’avancer à travers « la nuit coloniale ».

 En septembre 1958, ces hommes, jeunes pour la plupart (la moyenne d’âge des membres du GPRA est de 39 ans), ont déjà derrière eux une riche et précieuse expérience militante du combat et du débat politique, de la réflexion stratégique, de la connaissance de leur société et des réalités du monde.

Quelles qu’aient pu être les problèmes surgis entre eux, et leurs limites à chacun, ils avaient eu la chance d’observer, de discuter, de travailler et d’agir avec des compagnons de lutte et des dirigeants de la stature de Ramdane Abane, Mostefa Benboulaid, Mohamed Belouizdad, Larbi Ben M’hidi, Saad Dahlab, Mourad Didouche, Hocine Lahouel ou Youcef Zighoud, pour ne citer que ceux-là... Dans leur vie militante, ils ont eu à faire des choix et des compromis difficiles, ils ont eu à prendre des décisions lourdes de conséquences ou à en assumer d’autres, tout aussi difficiles. Mais, finalement, leur valeur réside dans celle de leur engagement dans la Révolution.

 Bien qu’objectif historique sublime, la proclamation du GPRA ne limitait pas l’ambition de la Révolution à l’instauration de la souveraineté nationale de l’Algérie. Comme le soulignait Hocine Ait Ahmed, à l’occasion du 50ème anniversaire de la création du GPRA : «Parmi les raisons multiples qui ont conduit à la proclamation du GPRA, il est nécessaire de rappeler la protection et le respect des droits de l’Homme. Dans notre souci politique, le GPRA avait l’ambition de faire appliquer les conventions de Genève, pour protéger notre population et nos combattants, pour interdire les bombardements de villages, pour interdire la prise d’otages et les représailles collectives, pour le respect du soldat, pour sauver nos jeunes de la guillotine, nos cadres de l’assassinat…»

D’emblée le GPRA se conçoit donc comme instance de direction de la Guerre, de l’Etat et de la Révolution. La complexité des tâches qui découlaient de ces responsabilités n’aurait pu être appréhendée et gérée sans le déploiement de grandes qualités et de grands talents politiques. Faire face à l’intensification de la guerre, au Plan Challe, à la fermeture des frontières par la ligne Morice, à la pénurie en armes et en argent des maquis, à la fatigue d’une population éprouvée comme jamais, aux influences et aux pressions plus ou moins amicales de l’Egypte, de la Tunisie et du Maroc, à la diplomatie française et à ses négociateurs, n’aurait pas été possible autrement.

Malheureusement, les 42 millions d’Algériens d’aujourd’hui ne connaissent, ni donc ne peuvent mesurer la grandeur de la Révolution, la valeur de ses dirigeants ou celle des 9 millions de leurs compatriotes de l’époque.

Et savent-ils que, pour que l’indépendance, si chèrement acquise, continue à avoir un sens dans le monde d’aujourd’hui, le peuple algérien doit renouer avec les valeurs essentielles de la Révolution pour  pouvoir réaliser l’Etat de droit, un Etat pleinement démocratique?

Cela ne pourra se faire que si la société algérienne est capable, notamment, de tirer des leçons essentielles de l’histoire de la Révolution.

De façon dramatique, la victoire de l’Algérie combattante sous la direction du GPRA en 1962 s’accompagne d’une défaite politique de grande conséquence puisque le GPRA se divise et éclate en violences fratricides au moment même de la victoire et de l’indépendance.

Cette scission violente de la Direction de la Révolution est l’aboutissement des tensions, des rivalités, des conflits et des contradictions qui ont miné la Révolution dès 1954, entre ceux qui voulaient déclencher la Révolution le plus rapidement possible et ceux qui souhaitaient disposer de plus de temps afin d’assurer une meilleure préparation, entre ceux qui souhaitaient associer les Centralistes, les Udmistes et les Oulémas et ceux qui souhaitaient que la Direction de la Révolution reste entre les mains des anciens de l’OS et du PPA, entre «ceux de l’intérieur» et «ceux de l’extérieur», entre «politiques» et «militaires», entre «Kabyles» et «Arabes», entre régions ou entre tribus, entre individus en compétition pour le «pouvoir»…

Il est remarquable que malgré tout, c’est la dynamique de la Révolution qui a prévalu sur les conflits internes, et que ceux-ci, même si parfois, «réglés» dans le sang, n’ont pas dégénéré au point de la remettre en cause. Et cela, probablement du fait que les archaïsmes présents dans la culture des combattants et des dirigeants étaient «contrebalancés» chez eux par les moyens, valeurs et comportements, d’une longue pratique militante acquise dans les partis et les associations, moderne et démocratique, dans la mesure où la légitimité politique (condition nécessaire de la démocratie et de l’efficacité) s’obtenait là, essentiellement, par la capacité de convaincre.

Ce conflit entre différentes cultures politiques s’est traduit dans le mouvement national et la Révolution par des pratiques démocratiques hybrides où, par exemple, les instances politiques prenaient les décisions, mais pas toutes, ni toujours. Pour prendre le cas du GPRA, si certaines décisions étaient prises dans le cadre de discussions et de délibérations plénières, d’autres y étaient seulement avalisées après qu’elles aient été prises en fait par le triumvirat constitué de Belkacem Krim, Lakhdar Bentobbal et Abdelhafid Boussouf.

La dynamique de la Révolution et la qualité des dirigeants ont permis le succès final, la conquête de l’indépendance nationale. Mais depuis, les conditions historiques ont changé, dans le sens de la difficulté et de la complexité. Aussi, la réduction des archaïsmes ainsi qu’un progrès radical de la culture politique démocratique dans la société s’avèrent aujourd’hui plus que jamais nécessaires, non seulement au développement de l’Algérie, mais à son existence même, en tant qu’Etat-nation pleinement souverain et indépendant.

Car c’est bien la question de la légitimité du combat pour l’indépendance et de la légitimité de ceux qui l’ont mené, qui a toujours été au cœur de ce grand moment historique.

Elle reste centrale aujourd’hui.

Et elle le restera à l’avenir.

 Source :  HuffPost-Algérie

 
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