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Publié par Saoudi Abdelaziz

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29 septembre 2005 : 13e anniversaire de cette supercherie dite « réconciliation nationale »

Par Salah-Eddine Sidhoum, 29 septembre 2018

Il est clair que l’objectif de la « réconciliation nationale » était d’assurer l’impunité aux criminels contre l’Humanité des deux bords et que ses résultats sont nuls et non avenus. Mais essayons de décortiquer cette supercherie qu’on appelle pompeusement la « réconciliation ».

Il ne faudrait pas d’abord que ce régime se fasse d’illusions en pensant se protéger par des « chartes », des lois d’auto-amnistie et des cures d’amnésie générale à travers des référendums truqués et des lois répressives. Les dictatures chilienne et argentine ont utilisé les mêmes méthodes pour se prémunir de poursuites et s’autoamnistier, mais en vain ! Les régimes démocratiques instaurés après la chute de Pinochet et de Videla ont rouvert les dossiers et les institutions démocratiquement élues de ces deux pays ont déclaré caduques ces lois iniques protégeant les criminels. Le régime d’Alger, ses « juristes » et ses droit-de-l’hommistes de service ne sont pas sans ignorer que ces crimes sont IMPRESCRIPTIBLES. L’heure arrivera inéluctablement. Soyons patients.

Lors d’un débat sur la chaîne El Jazeera consacré à la « réconciliation » dans notre pays et à la veille du carnaval référendaire et plébiscitaire fin septembre 2005, je qualifiais la charte imposée par le régime de « charte de l’impunité et de la supercherie nationale » (el moughalata el watania). J’aurais souhaité, malgré ma connaissance de ce régime sans scrupules, me tromper dans mon analyse. Hélas, le temps confirme malheureusement mes dires.

Tout comme la « rahma » et la « concorde » initiées par les responsables de la police politique, la charte dite de la « réconciliation » était vouée à un échec cinglant, car les véritables causes politiques de la crise n’ont jamais été abordées et la Nation n’a jamais été consultée. Feignent-ils d’oublier que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets et que toute solution qui n’emprunte pas le chemin du dialogue et de la concertation et qui ne s’appuie pas sur la volonté populaire est vaine ?

Élaborée dans les ténébreuses boutiques de la police politique et exécutée par le pouvoir de façade, cette « charte » était d’emblée verrouillée. Aucun débat contradictoire n’était permis. Seuls les troubadours et les « meddahines boulitiques » étaient autorisés à s’exprimer pour encenser le texte, qui est d’une indigence intellectuelle et politique déplorable. La machine de l’action psychologique, bien rodée depuis quatre décennies, était là pour « mobiliser » le peuple et lui faire approuver, malgré lui, le texte à la quasi-unanimité. Cette « charte » est venue consacrer la politique d’éradication, d’exclusion et surtout, assurer l’impunité des criminels.

Éludant les causes profondes de la crise et de la tragédie qui en a découlé, l’oligarchie militaro-financière, sous couvert de son pouvoir apparent, a décidé de régler de manière partiale et partielle les conséquences de ce drame national. Une véritable offense à la mémoire des victimes et une insane tentative de corruption de leurs familles.

Ce texte « plébiscité » par un peuple sans souveraineté et sans voix et transformé en nouveau Coran du Calife Othman, pour reprendre Si Abdelhamid Mehri, consacre l’impunité totale des commanditaires   et des exécutants de ce drame national, tous bords confondus.

Ceux qui, hier, s’étaient dressés contre cette politique sanglante et avaient appelé, lors des années de braise, à une véritable réconciliation et à la paix des cœurs avaient été qualifiés de « traîtres ». Aujourd’hui, ceux qui se dressent contre cette supercherie nationale, cette paix des cimetières et cette amnésie générale risquent d’être criminalisés et sont passibles de trois à cinq années d’emprisonnement !

Et le comble de l’ironie, les planqués du Club des Larbins et de Paris qui applaudissaient la criminelle politique d’éradication et sa répression aveugle et sauvage, sont devenus d’indéfectibles soutiens de cette supercherie nationale !

On aurait parlé de blague si la situation n’était pas tragique. Une véritable imposture ! Même les sinistres dictateurs latino-américains n’avaient pas osé cela.

A notre humble avis une véritable réconciliation doit passer par un double processus.
Il est nécessaire cependant de préciser que la crise algérienne est avant tout une crise éminemment politique et que sa solution ne peut être que politique. Cela doit être clair. Il est également nécessaire de préciser que le régime actuel, juge et partie, responsable en premier lieu et en grande partie du drame national, est disqualifié pour résoudre sérieusement la crise.

Une fois ces deux points clarifiés, nous pensons que la véritable réconciliation nationale passe inéluctablement par une large consultation, franche et sincère, des principales forces et personnalités intellectuelles et politiques représentatives de la Nation, afin d’aboutir à une solution politique globale, après avoir cerné sans complaisance et en toute sérénité les causes réelles et profondes de la crise qui remontent en réalité à l’indépendance. Cela permettra de baliser le terrain politique sur des bases démocratiques, en vue de l’édification d’un véritable État de droit et de mettre définitivement un terme à cette violence politique initiée au lendemain de l’indépendance par ce régime et qui a fini par gangrener la société toute entière. C’est ce que nous avons appelé la Moussaraha nationale, qui aboutira à un véritable compromis politique historique. C’est le volet politique du processus.

Le second volet est celui de la Vérité et du Droit. Il est impératif que les Algériens sachent ce qui s’est réellement passé durant ces années de sang et de larmes, durant lesquelles ont été commises les pires atrocités contre un peuple sans défense. À l’instar des pays qui ont vécu des drames internes, il est nécessaire de mettre en place une commission nationale pour la vérité et la justice. Soyons clairs sur ce point : vérité et justice ne signifient aucunement règlement de comptes ou vengeance. Et ce n’est qu’après cela que pourra éventuellement intervenir l’amnistie par l’autorité politique légitime. Car comme le disait Lahouari Addi : « Un assassin jugé et amnistié se comportera différemment d’un criminel innocenté. »

La découverte de la vérité sur le drame national n’est pas seulement un droit pour les victimes et leurs familles, mais aussi un droit pour tous les Algériens afin de tirer les leçons en vue d’éviter d’autres tragédies à l’avenir et de mettre un terme aux ardeurs criminelles futures des aventuriers de tous bords.

Car ce qui s’est passé comme horreurs durant plus d’une décennie, ce ne sont pas de simples faits banaux à verser dans la rubrique des faits divers. La torture institutionnalisée, les exécutions sommaires, les disparitions, les viols et les horribles massacres sont des crimes contre l’humanité, imprescriptibles sur le plan du droit international et que nul décret ou référendum ne peut effacer. Des atteintes gravissimes aux droits de l’homme qui ne sont pas sans nous rappeler, dans beaucoup de cas, les crimes commis durant la guerre de libération nationale et qui ne peuvent être occultés par une politique d’amnésie collective ni par la répression pour faire taire les témoins du drame.

 Source : Le Quotidien d'Algérie

 

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