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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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"Un groupe d’habitants d’Ouargla a décidé, cette fois-ci, de manifester autrement leur colère. Ils ont choisi de porter plainte notamment contre la directrice du journal « El-Fajdr », Hadda Hazem, dont la position, au lendemain de cette fameuse prière nocturne du 26 juillet, a été particulièrement sévère, voire éditorialement hostile. La journaliste et patronne de presse, rappelons-le, s’était fendue d’un article traitant les personnes ciblées d’arriérés et d’extrémistes dangereux, voire de terroristes".

Par Chahinez Ghaleb, 4 août 2018

La polémique suscitée par la manifestation des Ouarglis contre un gala musical, dans leur ville, le 26 juillet dernier, a pris durant ces derniers jours des proportions pour le moins inattendues.


Les personnes, qui ont réclamé des autorités locales une meilleure prise en charge de leurs problèmes au lieu d’organiser des concerts, et à la suite de la réaction d’où ce rendez-vous estival a été annulé, se sont vues pratiquement lynchées médiatiquement. Il semblerait qu’une partie des déclarations d’avertissement du ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui, jeudi dernier, contre ceux qui cherchent à déstabiliser l’ordre public et la sécurité, leur était adressée.

De cette controverse, on sort avec une vieille « photo » des années 1990 sur un espace public, à nouveau occupé par des groupes décidés à rappeler leurs couleurs et leurs préférences politiques, « vertes radicales », pour reprendre une autre image dont beaucoup de médias se sont servis pour décrire le courant islamo-intégriste dans notre pays. Toujours au sens de la photographie, ce cliché a certainement des explications. Il peut être éclairé par l’existence même de ce courant fondamentaliste et hostile à tous les autres en Algérie. Il peut surtout renseigner sur cette peur héritée des années de montée de l’ex-FIS et de « guerre civile » qui s’en sont suivies.

On peut comprendre que cette frayeur soit naturellement véhiculée par les médias - ceux-là mêmes par qui est venue la polémique de Ouargla - et qu’ils leur donnent les proportions que l’on sait, amplifiées de surcroît par ce qui s’est passé à Sidi Bel-Abbès et qui n’est en rien comparable à ce qui s’est passé dans la métropole du Sud algérien. Tout le problème, cependant, est que cette frayeur contribue à « brouiller » la réalité des faits.

Premier aspect de ce brouillage.

Parmi les médias, qui ont eux-mêmes dénoncé sous une forme pamphlétaire la démonstration de force de «barbus», à nouveau prêts pour la violence, il y a ceux qui ont publié dans le passé des articles et des reportages à charge sur le manque d’équipements nécessaires à une vie normale dans une ville du Sud algérien, à près de 50° Celsius en été, et sur l’absence d’un service public digne de ce nom dans plusieurs domaines, tels que l’aménagement, l’évacuation des déchets et des eaux usées, etc. Ces réalités donnent à cette fameuse « prière de protestation d’El Icha » contre la tenue du gala musical, le soir du 26 juillet, un tout autre sens que celui d’une exhibition symboliquement violente d’intégristes rêvant d’en découdre avec l’autorité publique. Les Ouarglis s’élèvent contre les injures et déposent plainte.

Deuxième aspect qui éclaire davantage la scène ouarglie.

La vie quotidienne à Ouargla demeure difficile, parfois insupportable même avec l’arrivée du tramway qui a caché sur son passage et son installation des tonnes de problèmes. La longue liste des projets d’investissement consentis par l’Etat, de l’avis des élus et des agents communaux, ici dans la ville, a besoin d’évaluation et de bilan tant elle n’a pas contribué comme souhaité à l’amélioration du cadre de vie qui oblige les plus chanceux à « fuir » vers le Nord. Des chantiers entamés depuis des années restent encore ouverts sans qu’on en connaisse les raisons.

La conséquence de ces retards, pour ne pas dire abandons, sur le vécu des gens, est tout simplement ignorée jusqu’à ce que la rue se manifeste. Outre les fréquentes coupures d’électricité alors que la météo affiche des températures records signalées par les plus grandes stations de météorologie dans le monde, comme on l’a lu récemment dans plusieurs journaux internationaux de haute réputation, plus de la moitié de la ville baigne dans les eaux usées et les travaux de réparation, menés par Cosider, qui traînent en longueur et multiplient chaque jour les désagréments. Le projet de réalisation de neuf stations de déminéralisation de l’eau, qui a coûté à l’Etat près de 11 milliards de dinars, n’est toujours pas prêt, alors que les équipements en question devaient être mis en service en 2015.

Les robinets sont alors toujours à sec et pour avoir de l’eau potable, il faut attendre dans la canicule le passage des camions-citernes. L’absence de lieux de loisir et de détente ajoute à ce cocktail explosif quand il ne pousse pas les gamins de la ville, qui n’ont pas de piscine, d’aller chercher refuge et fraîcheur dans des bassins d’exploitations agricoles et de chantiers de construction avec les risques que cela comporte. Le parc d’attraction, dont la réalisation a été lancée en 2004, n’a jamais été achevé. Son décor actuel trahit l’abandon alors qu’on parle à son sujet d’une enveloppe de 44 milliards de dinars. En ce qui concerne la santé, le projet de l’hôpital universitaire est gelé depuis plusieurs années par manque d’assiette foncière et de financement.

A cause de ce brouillage, justement, sur lequel les autorités de la wilaya se sont abstenues de réagir, par prudence sans doute, mais certainement par connaissance des faits aussi, un groupe d’habitants d’Ouargla a décidé, cette fois-ci, de manifester autrement leur colère. Ils ont choisi de porter plainte notamment contre la directrice du journal « El-Fajdr », Hadda Hazem, dont la position, au lendemain de cette fameuse prière nocturne du 26 juillet, a été particulièrement sévère, voire éditorialement hostile. La journaliste et patronne de presse, rappelons-le, s’était fendue d’un article traitant les personnes ciblées d’arriérés et d’extrémistes dangereux, voire de terroristes.

Une opération de collecte de signatures lancée par ce groupe a été achevée mercredi soir, pour accompagner la plainte déposée le lendemain jeudi devant le tribunal de Ouargla. La directrice d’« El Fadjr » est accusée d’injures, d’offense et d’incitation à la haine entre autres. Le collectif s’est également adjugé les services d’un avocat, Maître Khaled Ghraissa, pour se charger de l’affaire. Selon l’avocat, contacté hier par téléphone, qui s’est inquiété que des gens qui font la prière soient considérés comme des assassins potentiels, une autre plainte doit être déposée contre la journaliste de Chourouk News TV pour ses déclarations jugées injurieuses et diffamatoires. A suivre.

Source : Reporters-dz

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