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Publié par Saoudi Abdelaziz

Aref Ali Nayed en août 2012. Photo DR

Aref Ali Nayed en août 2012. Photo DR

Théologien de formation, patron d’un groupe de médias, Aref Ali Nayed, 55 ans, est la première personnalité libyenne à avoir déclaré sa candidature pour l’élection présidentielle. Il est interviewé le 24 août par Frédéric Bobin, correspondant du Monde à Tunis.

EXTRAITS

Vous avez été ambassadeur aux Emirats arabes unis. Vos principaux adversaires, les Frères musulmans, vous accusent d’être une « marionnette émiratie ». Qu’en est-il ?

Une telle accusation est fausse et ridicule. Ma loyauté va seulement à mon pays, la Libye.

Mais vous êtes proches d’eux…

Il y a un combat à l’échelle régionale entre deux axes où l’alignement est clair. D’un côté, les Saoudiens, les Emiratis et les Egyptiens. De l’autre, le Qatar, l’Iran et la Turquie. Ce n’est pas un secret. A mes yeux, il s’agit d’une lutte pour l’âme de l’islam. Quel islam veut-on ? L’islam traditionnel de l’université d’Al-Azhar au Caire, de la Zitouna à Tunis, des universités marocaines ou de l’ordre soufi des Senoussi en Libye, ou l’islam politisé qui s’apparente à un mouvement fasciste ? Personnellement, je suis engagé auprès du premier type d’islam. Je me suis donc aligné du côté de l’axe qui combat les Frères musulmans et le Groupe islamique combattant libyen.

Vous supportez donc l’axe composé des Emirats, de l’Egypte et de l’Arabie saoudite ?

Je l’ai publiquement déclaré. Je ne vais pas m’en excuser. Je pense que le Qatar, la Turquie et l’Iran menacent la sécurité nationale libyenne. Il s’agit d’une lutte existentielle à l’échelle de toute la région et, bien sûr, la Libye en est affectée, comme d’autres pays. Pour ce qui me concerne, mon combat est d’essayer de construire un Etat libéral, respectueux des droits de l’homme, des droits de la femme, des droits des minorités, tout en respectant les traditions islamiques et la spiritualité de mon pays.

Quelle est votre relation avec le maréchal Haftar, le chef de l’Armée nationale libyenne (ANL) ?

Je suis un supporteur de l’ANL en tant qu’institution. Je ne soutiens pas un individu en particulier, mais une institution. J’ai un profond respect pour le maréchal Haftar en raison de son combat contre le terrorisme.

M. Haftar est pourtant critiqué par certaines organisations de défense des droits humains qui dénoncent des exécutions arbitraires commises par certaines unités relevant de l’ANL.

En Libye, de telles violations sont commises dans tous les endroits et par toutes les parties. Les crimes de guerre ou contre l’humanité ne sauraient être tolérés à l’est, comme à l’ouest ou au sud. Personne ne saurait être exempté de poursuites pour violations des droits humains.

Certaines critiques déplorent qu’un régime militaire dirige l’Est libyen, contrôlé par l’ANL. Qu’en pensez-vous ?

En période de guerre, vous devez parfois déclarer un régime militaire dans certains endroits pour une période limitée. Le Parlement avait ainsi nommé le général Abderrazak Al-Nadhouri au titre de dirigeant militaire de l’Est. Il s’agissait d’une mesure d’urgence que le Parlement vient de retirer, il y a deux semaines. Dans les villes, l’armée est en train de transférer son pouvoir à la police. Peut-être que la dureté des circonstances de guerre avait favorisé des tendances militaristes. Mais celles-ci sont en train de reculer.

Une autre source de préoccupation dans l’Est est l’influence croissante des salafistes de l’école madkhali [du nom du théologien saoudien Rabi’ Al-Madkhali, qui prêche, outre l’application rigoureuse de la charia, la loyauté aux régimes en place]. Nombre d’entre eux combattent aux côtés de l’ANL de Haftar. Sont-ils une menace pour l’Etat libéral que vous appelez de vos vœux ?

Les partisans de cette école salafiste sont très influents dans l’Est, mais ils sont présents partout en Libye. Ils ont participé aux combats contre Daech. Tant qu’ils luttent contre le terrorisme, ils doivent en être félicités (...)

Texte intégral : Le Monde.fr

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