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Publié par Saoudi Abdelaziz

En Algérie, l'espace public est "bédouinisé" : polémique médiatique déclenchée par le chroniqueur Amine Zaoui sur la manière dont se déroule le sacrifice des deux à quatre millions de moutons et plus généralement sur la dégradation de l'espace public. Le risque d'épidémie du choléra qui met à nu les déficience de l'hygiène publique amplifie la polémique.

Ce matin, de retour de congé, Kamal Daoud, chroniqueur attitré de l'homo algérianicus dans le Quotidien d'Oran et le Point parisien, reprend ses droits.

Il pose la "première piste" : " Si nous salissions si rageusement ce pays, c’est par colère : je salis ce dont on m’a dépossédé. C’est une politique de la terre brûlée mais par l’usage des ordures. L’espace public étant celui des Ottomans, des colons français ou du Régime policier, je ne m’en occupe pas, je jette, je salis, je crache et je passe. C’est une sorte de Tags mais par l’injure. " C'est une manière littéraire de reprendre les études d'historiens.

" Le terme de beylik connotait toujours la défiance quand ce n'était pas la haine écrit Gilber Meynier. Dans tout le Maghreb, il y a de longue date défiance vis à vis d'un pouvoir qui empiète sur le pouvoir des communautés et veut les asservir. C'était déjà le cas avec la domination romaine. Dans la sphère ottomane, les tribus les plus pressurées avaient le nom significatif de tribus  ra'âiyya (surveillées comme un troupeau par son berger ; al-râ'î = le berger).

Jamais les Algériens n'ont eu le type de charge affective/sacrée que les Marocains avaient à l'égard du souverain marocain. Jamais les Algériens n'ont eu tout proche, comme les Marocains, un sultan à la prestigieuse généalogie chéri­fienne (c'est à dire de noble filiation prophétique) détenteur de la baraka divine. Le dey ou les bey(s) n'étaient que des parvenus ottomans.

Les Algériens n'ont jamais eu non plus dans leur imaginaire, à la différence des Égyptiens, l'image d'un pouvoir d'État centralisé tout puissant existant depuis cinq millénaires. Ni le fleuve Nil inté­grateur, ni le pharaon, ni le khalife fatimide al- Hâkim ou Saladin n'ont leurs équi­valents algériens. A l'inverse, les Egyptiens n'ont pas dans leur mémoire la fierté obstinée de l'indépendance des hommes vis à vis du pouvoir d'État Les communau­tés d'Algérie ont toujours pensé qu'elles n'avaient de comptes à rendre à personne qui fût placé au-dessus d'elles. Les Égyptiens, eux, ont toujours su et savent tou­jours qu'ils doivent rendre des comptes et à qui ils doivent les rendre. Leur bureau­cratie est lourde mais séculairement rodée. La bureaucratie algérienne, elle, n'a pas la même légitimité étatique. Dans ce sens, on peut donc dire que l'Algérien est un Égyptien inversé."

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