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Publié par Saoudi Abdelaziz

Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins algériens

Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins algériens

Par Isma Bersali, 27 août 2018

Dans une de vos déclarations, vous avez qualifié la gestion de l’Etat de cette épidémie de choléra de défaillante. Où se situe cette défaillance ?

Sur le plan technique, c’est-à-dire la prise en charge médicale, je n’ai absolument rien à reprocher. Toutefois, elle est insuffisante en matière de communication qui n’était pas à la hauteur de la crise ni aux attentes des citoyens qui n’ont pas très bien compris.

Je peux comprendre que l’Etat n’a pas voulu créer la panique et que les résultats des analyses suite aux premiers cas de Aïn Bessam ont pris anormalement beaucoup de temps sous prétexte que l’Institut Pasteur est loin, mais les Algériens ont aujourd’hui droit à la vérité vraie.

Les déclarations doivent être faites par les politiques, soit les responsables des départements concernés, et non par des experts dont la mission est de fournir des éléments de réponse et non de s’adresser à l’opinion publique. Résultats des courses : des informations qui vont dans tous les sens et un vent de panique général.

Ceci, sans pour autant trancher sur l’origine de cette épidémie. Je tiens à préciser dans ce sens que l’eau des robinets distribuée par Seaal est au-dessus de tout soupçon, étant donné qu’elle est javellisée et que le vibrion cholérique y est très sensible. Par contre, personne ne parle des eaux des sources ni de la qualité de l’eau utilisée dans l’irrigation. Le vrai problème est dans la prévention.

 Qu’en est-il de votre proposition de créer une agence nationale de veille sanitaire ?

Justement, notre proposition date de deux ans déjà, sans qu’elle voit le jour. Sa création aurait pu être intégrée dans la nouvelle loi sanitaire. En tant qu’agence indépendante, elle a pour missions de suivre les épidémies en fournissant, avec des données fiables faites sur la base d’études sur le terrain, les taux de survenue des épidémies.

Les experts qu’elle englobe vont caractériser cette pandémie et la situer géographiquement avec toutes les précisions nécessaires. Dans un cas comme celui que nous vivons, cette agence nous aurait fourni toutes les informations possibles sur cette maladie. Elle aurait même prédit sa survenue et nous aurions pu éviter toute cette calamité.

Il ne faut pas oublier également qu’il existe des porteurs sains du vibrion cholérique. Une chose est sûre, dans toute maladie à transmission hydrique ou autre, le plus important n’est pas le protocole à suivre après sa survenue mais la prévention. C’est là que l’Etat fait preuve de manque de rigueur. Nous ne devons pas nous voiler la face.

La survenue de cette épidémie témoigne d’une situation catastrophique de l’environnement. Il y a à peine quelques semaines seulement, nos collègues gastro-entérologues ont tiré la sonnette d’alarme quant à la qualité de la pastèque et du melon suite à des intoxications à origine indéterminée.

Qu’y a-t-il lieu de faire aujourd’hui ?

Ce que nous vivons aujourd’hui devrait nous donner de bonnes leçons à l’avenir. D’abord, il ne faut absolument pas minimiser la rumeur qui peut très bien l’emporter sur la communication officielle et encore moins banaliser la situation de pandémie actuelle, notamment par les médias lourds nationaux.

En matière de prévention et en attendant une décision sérieuse de créer l’agence nationale de veille sanitaire, il faut lancer périodiquement des enquêtes épidémiologiques. Les bureaux d’hygiène communaux doivent être mis plus en valeur et surtout remédier au méga problème de salubrité publique.

Source : El Watan

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