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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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Par Hacen Ouali, 25 juillet 2018. El Watan

Une arrivée qui a surpris tout le monde. Arezki Aït Larbi, un proche ami de notre héroïne nationale, grâce à qui ce voyage a eu lieu, a bien gardé le secret. La venue de la figure de proue de la Révolution n’a pas été annoncée, d’autant qu’elle ne voulait pas d’un accueil officiel et protocolaire, préférant un accueil populaire.

Elle est venue rencontrer les gens dans un contact et un échange simples et vrais.

Les habitants, mêlés aux nombreux visiteurs du festival, ont été saisis d’une vive émotion à la vue de l’ancienne condamnée à mort.

Accueillie à bras ouverts et par des chants révolutionnaires entonnés par les femmes du village, l’invitée d’honneur de Tiferdoud ne cache pas son émotion, mais elle exprime surtout sa joie de se retrouver entourée par «les siens».

Avec sa modestie légendaire, elle répond à ceux qui louaient son héroïsme, qu’elle avait eu «l’immense honneur de participer à la libération de l’Algerie comme vous toutes», en direction des vieilles femmes aux visages profondément marqués par la guerre et l’après-guerre.

Assaillie de partout par les jeunes désirant exprimer respect et reconnaissance à celle qui a tenu debout face la puissance coloniale.

«C’est une immense fierté de toucher de près notre héroïne, elle est notre fierté nationale. Notre symbole de résistance face à la colonisation et qui n’a pas choisi le confort du pouvoir après l’indépendance. Elle est restée fidèle aux idéaux de la Révolution», lance une jeune fille en serrant l’héroïne dans ses bras.

En arpentant — difficilement — les travées du village aux 28 martyrs, où chaque coin porte encore les stigmates de la Guerre de Libération nationale, Djamila Bouhired est portée au sommet de la gloire par le peuple de Tiferdoud.

Le temps s’est figé pour laisser place à l’Histoire. Tout le monde s’est mis à parler de la Révolution, évoquant ses moments forts de sacrifices et de gloire.

Les vieilles du village qui attendent l’invitée du jour dans des anciennes maisons qui servaient de refuges pendant la guerre, récitent des poèmes à la gloire des martyrs.

Elles racontent à leur hôte des récits héroïques des militants indépendantistes. Djamila Bouhired n’est pas surprise d’entendre les témoignages de ses co-combattantes des maquis de Kabylie.

Elle n’a pas pu retenir ses larmes quand une femme lui a raconté son emprisonnement alors qu’elle n’avait que 17 ans. «Ils voulaient (les soldats français) prendre ma sœur qui a rejoint le maquis, mais comme il n’ont pas pu ils m’ont arrêtée, enchaînée et jetée en prison ici à Michelet.

Ils voulaient que je donne ma sœur, mais j’ai tenu malgré les sévices». Djamila Bouhired, comme si elle était renvoyée soixante ans en arrière, avec les souvenirs de prison remontant à la surface, ne cesse d’embrasser ses sœurs militantes.

Des retrouvailles émouvantes. Les jeunes, submergés d’émotion, observent intimidés l’Histoire se dérouler devant eux. L’ancienne prisonnière de Barberousse est toute fière de se retrouver ici, au sommet des monts de la Révolution, et évoque les noms de Amirouche, Abane, mais surtout Oussedik, notamment Boualem, qu’elle a bien connu durant la Révolution. «Et si ces montagnes pouvaient parler… Elles sont si belles, belles parce qu’arrosées du sang des martyrs. Ici c’est la terre de liberté», réplique-t-elle.

Elle n’arrête pas de rappeler aux nombreuses personnes qui viennent la saluer et saluer son combat que «les martyrs sont des êtres exceptionnels que nous devons faire vivre dans nos cœurs, nos mémoires et nos pensées».

En s’avançant vers le carré des Martyrs situé au bout du village, l’émotion est à son comble. Elle s’arrête un moment sous un chapiteau avant de franchir la porte du cimetière.

Émouvante rencontre avec les enfants de Si El Hafid

Cette halte n’a pas du tout été un repos émotionnellement. Elle n’a pas eu le temps de se reposer et voilà que les enfants de l’ancien et célèbre maquisard de la Wilaya III historique Abdelhafid Yahia, Fariza et Amrane, viennent rencontrer celle qui incarne au mieux la beauté de la Révolution algérienne.

Elle serre sans relâche l’héritière de Si El Hadidh. Manière de lui transmettre toute l’affection d’une révolutionnaire à la fille d’un révolutionnaire. Leurs regards se croisent, sans se dire un mot et les deux fondent en larmes.

Deux femmes, deux générations issues d’une même Histoire, celle du combat. Discrètement, sous les regards étonnés des présents, les deux femmes arrivent à échanger quelques mots, se serrent fortement et pleurent ensemble.

Elles communiquent une extraordinaire émotion dans une intimité que seules des femmes faites de la veine révolutionnaire peuvent exprimer.

Comme au temps de la Révolution, elle ne voulait pas lâcher Fariza et Amrane qui viennent de perdre leur père il y a deux ans. Djamila Bouhired les a couverts d’affection, leur disant : «Nous sommes fiers de lui, soyez fiers de votre père, soyons fier de lui et ne cessons pas de penser à lui et à tous les révolutionnaires.»

Au zénith, accompagnée par les membres du comité de village et des organisateurs de Racont’Arts, Djamila Bouhired franchit la porte du cimetière pour se recueillir sur la tombe de Kamel Amzal, assassiné par les islamistes à la cité universitaire de Ben Aknoun le 2 novembre 1982.

A quelques pas de là, le carré des Martyrs devant lequel l’icône de la Révolution ne retient pas son émotion. Seule, en compagnie de Salem Ath Amara du village, muni de son fusil de chasse.

Pendant qu’elle se recueille à la mémoire des martyrs, lui tire deux coups de feu qui résonnent jusqu’aux montagnes du Djurdjura, dont l’ombre plane sur toute la région et son histoire combattante.

Ainsi s’achève une longue matinée d’une rencontre entre un peuple à la recherche des symboles vivants et fidèles aux idéaux d’indépendance et l’icône de la Bataille d’Alger. Les habitants ne s’en lassent pas. Elle est sans cesse interpellée par les jeunes sur l’état du pays et les incertitudes qui le guettent.

Comme eux, Djamila Bouhired ne cache pas sa colère, son mécontentement devant la dégradation générale qui frappe l’Algérie.

Tout ça pour ça ! «L’Algerie était belle en 1962. Depuis cette date, j’ai choisi le peuple et non pas le pouvoir.» Une sentence qui résume à elle seule la puissante salve contre l’ordre politique dominant.

Tiferdoud ne voulait pas laisser partir son invitée. Et quelle invitée ! La discussion avec elle s’est poursuivie tout l’après-midi autour de l’Algérie, ses impasses et ses espoirs possibles.

Autour de Hadjira Oubachir, Arezki Aït Larbi, Ben Mohamed, Arezki Metref, des membres du comité de village, les animateurs de Racont’Arts et des jeunes venus des hauteurs de l’Akfadou (QG de la Wilaya III historique) Djamila Bouhired déroule parfois avec humour un récit extraordinaire détourné de sa trajectoire naturelle. Avec la fougue d’une jeunesse, son espoir dompte les déceptions nationales passées et présentes.

Elle transmet les valeurs de lutte qui ont conduit au sacrifice suprême les meilleurs enfants du pays. Impossible d’interrompre les discussions avec une femme qui tient encore debout comme les montagnes qui cernent fièrement ce beau et accueillant village de Kamel Amzal. L’Histoire n’est pas finie.

Source : El Watan

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