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Publié par Saoudi Abdelaziz

Du 19 juin au 14 juillet 2018 à La Colonie, 128 rue La Fayette, 75010 Paris.

Du 19 juin au 14 juillet 2018 à La Colonie, 128 rue La Fayette, 75010 Paris.

« Discreet Violence : l’architecture et la guerre française en Algérie », une exposition d’archives autour de l’histoire des camps de regroupement en Algérie de 1954 à 1962, se tient du 19 juin au 14 juillet 2018 à La Colonie, 128 rue La Fayette, 75010 Paris. Présentée à Zurich, Rotterdam, Berlin, et Johannesburg, cette exposition conçue par la chercheuse Samia Henni est montrée pour la première fois en France. Elle est entourée d’un ensemble de rencontres et de conférences autour de la militarisation des espaces et des corps.

Le dossier de presse de l’exposition donne toutes les informations relatives à ce projet et aux évènements qui lui sont liés.

Pendant la Révolution Algérienne (1954-1962) ou la Guerre d’Algérie, les autorités civiles et militaires françaises ont profondément réorganisé le territoire urbain et rural de l’Algérie, transformé radicalement son environnement bâti, implanté rapidement de nouvelles infrastructures et construit stratégiquement de nouvelles implantations afin de protéger les intérêts économiques de la France en Algérie et de maintenir l’Algérie sous la domination coloniale française en place depuis 1830.

L’exposition « Discreet Violence » ne présente qu’un seul aspect de ces transformations territoriales : la construction de camps sous contrôle militaire baptisés par euphémisme « centres de regroupement » dans les zones rurales algériennes. Ces espaces résultaient de la création des zones interdites de libre feu et ont engendré le déplacement forcé et massif de la population algérienne. Des unités militaires spéciales, appelées « sections administratives spécialisées », ont supervisé l’évacuation des zones interdites, le regroupement de la population algérienne, la construction de camps temporaires et permanents, la conversion de plusieurs camps permanents en villages et la surveillance au quotidien de la vie des civils algériens. Le but de ce regroupement était d’isoler la population algérienne de l’influence des combattants de la libération nationale et d’entraver les soutiens psychologiques et matériels potentiels.

Le nombre exact de camps qui ont été construits pendant la guerre, le nombre de personnes ayant été forcées de quitter leurs maisons, ainsi que le nombre de villages dévastés, sont encore contestés à ce jour. En 1960, il a été estimé qu’il y aurait eu 2 157 000 personnes déplacées de force. Une autre évaluation de 1961 a estimé qu’au moins 2 350 000 personnes ont été concentrées dans des campements contrôlés par les militaires et que 1 175 000 autres personnes ont été forcées de quitter leurs maisons en raison d’opérations militaires constantes et violentes, ce qui signifie que plus de 3,5 millions de personnes ont été forcées, déplacées. Une autre estimation du 15 février 1962, quelques semaines avant l’indépendance de l’Algérie, indiquait que 3 740 camps ont été construits en Algérie française depuis le déclenchement de la Révolution algérienne en 1954.

Basée sur des photographies militaires françaises et des films produits par les équipes de propagande du Service cinématographique des armées (SCA) et d’autres sources publiques et privées, l’exposition « Discreet Violence : architecture et guerre française en Algérie » présente certains aspects de l’évacuation de la population rurale algérienne, les processus de construction des camps et les conditions de vie en leur sein. L’exposition décrit la manière dont le régime colonial français a tenté de détourner les objectifs militaires des camps à la suite d’un scandale médiatique en 1959. L’exposition dévoile les relations intrinsèques entre l’architecture, les mesures militaires, les politiques coloniales et la production et la distribution planifiées d’enregistrements visuels. Aujourd’hui, le SCA s’appelle établissement de communication et de production audiovisuelle de défense (ECPAD) et est toujours actif dans les zones de guerre où l’armée française est impliquée.

Concepteurs et intervenants

Samia Henni

est architecte et maître assistante à l’École d’architecture de l’Université de Princeton aux États Unis. Elle travaille sur les intersections entre les pratiques coloniales, les opérations militaires, l’architecture et l’urbanisme. Elle est l’auteure de Architecture of Counterrevolution : The French Army in Northern Algeria (Zurich : gta Verlag, 2017) et commissaire de l’exposition « Discreet Violence : Architecture and the French War in Algeria ». Elle a obtenu son doctorat en Histoire et théorie de l’architecture (avec mention très bien) de l’ETH Zurich. Sa thèse a reçu la Médaille de l’ETH.

Kamel Kateb

est chercheur à l’Institut national d’études démographiques (INED). Ses recherches portent sur l’histoire des populations des pays du Maghreb, leur système éducatif et les migrations entre le Maghreb et l’Europe. Il a notamment publié Européens, « Indigènes » et Juifs en Algérie (1830-1962), (INED) ; Fin du mariage traditionnel en Algérie ? (1876-1998), (Bouchène). Plus récemment, il est l’auteur du livre Les déracinés de Cherchell.

Léopold Lambert

est architecte, chercheur et éditeur-en-chef de The Funambulist, une revue bimestrielle dédiée à des lectures spatiales de luttes décoloniales, antiracistes, queer et féministes dans le monde. Il est l’auteur de trois livres examinant la violence intrinsèque de l’architecture et son instrumentalisation politique : Weaponized Architecture : The Impossibility of Innocence, (2012) ; Topie impitoyable : La politique du vêtement, du mur et de la rue, (2015) et
La politique du bulldozer : La ruine palestinienne comme projet israélien (2016). Son prochain livre s’appellera États d’urgence : Une histoire spatiale du continuum colonial français (2019).

Hassina Mechaï

est journaliste. Juriste de formation, elle a notamment travaillé sur les questions de Libertés publiques et Droits de l’Homme. Journaliste, elle a travaillé pour divers médias français, africains et arabes. Elle collabore actuellement avec des publications internationales, notamment le Middle East Eye, Perspektif
Mag, le Middle East Monitor ou encore Le Point. Ses domaines de réflexion sont essentiellement les questions internationales, les rapports Nord-Sud, le Softpower, le monde arabe et l’Afrique. C’est à la suite d’une enquète
sur l’état d’urgence en France, au cours de laquelle elle a été amenée à rencontrer diverses personnes touchées par des mesures d’exception que l’idée de ce livre est née. Le livre L’état d’urgence (permanent) dont elle est
co-auteure, tel qu’il a été envisagé, est une façon de poser, comme juriste et comme journaliste, les questions que l’état d’urgence soulève, et les dangers qu’il fait peser sur la société française et ses citoyens.

Dorothée Myriam Kellou

est journaliste et réalisatrice franco-algérienne basée à Paris. Elle est l’auteure
d’une enquête dans le journal Le Monde sur le financement indirect de l’Etat islamique par Lafarge pendant la guerre en Syrie qui a été récompensée par le Prix Trace International pour l’investigation journalistique. Elle développe L’Arrachement, un projet de film long métrage sur les regroupements de populations pendant la guerre d’Algérie, prenant pour point de départ la mémoire/l’oubli de son père. Le scénario a été récompensé par la bourse “Brouillon d’un rêve” de la SCAM, le premier prix du projet de film historique aux Rendez-vous de l’histoire à Blois et le premier prix de l’atelier de premier montage du Festival international des femmes du Caire.

Malika Rahal

est historienne, chargée de recherche à l’Institut d’histoire du temps présent (CNRS). Elle est spécialisée dans l’histoire de l’Algérie et plus généralement du Maghreb contemporain. Elle est l’auteur de L’UDMA et les Udmistes, et de
Ali Boumendjel. Une affaire française. Une histoire algérienne.

Said Oulmi

est cinéaste. Il est l’auteur de Les Témoins de la Mémoire (2004), un documentaire portant sur la mémoire de déportation d’Algériens en Nouvelle Calédonie et à Cayenne ; et parlera en avant première de son nouveau film sur les camps de regroupement.

Yann Scoldio-Zurcher

est historien des migrations contemporaines, chargé de recherche au CNRS, investi dans l’axe de recherche « Israéliens et palestiniens : sociétés et cultures contemporaines ». Il étudie l’histoire sociale des migrations et des relations des olim à l’espace hiérosolymitain, de la fondation de l’État d’Israël à nos jours.

Sihem Zine

a été humanitaire pendant une dizaine d’années sur des zones de conflits au Moyen-Orient (Israël-Palestine-Egypte). Elle a fondé l’ADM, Action droits des Musulmans, suite à la mise en place de l’état d’urgence, en novembre 2015. Elle coordonne l’aide à apporter aux victimes de mesures administratives (perquisitions ou assignations à résidence). Elle s’occupe de la stratégie juridique et contentieuse en lien avec des avocats spécialisés. Elle analyse les problématiques qui ont conduit à ces mesures d’exception comme la discrimination, le racisme et l’exclusion.

Source : Histoire coloniale et postcoloniale

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