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Publié par Saoudi Abdelaziz

Riadh Touat, auteur du concept «Wesh derna»

Riadh Touat, auteur du concept «Wesh derna»

Je voulais proposer des profils de jeunes Algériens qui se battent dans le climat actuel et qui ont osé faire des choses, malgré les contraintes et l’adversité existant dans notre pays. L’objectif était de montrer des exemples dans l’espoir que cela inspire d’autres Algériens et qu’ils leur donnent l’envie d’y croire en la capacité de faire des choses en Algérie.

 

Propos recueillis par Amel Blidi, 24 mai 2018. El Watan

Comment est né le projet Wesh Derna ?

Il n’y a pas un seul élément déclenchant dans le lancement d’un projet, beaucoup d’idées bourgeonnaient dans ma tête. Et puis il est des éléments de la vie qui nous influencent. Parmi cet ensemble de choses : j’en avais marre, à chaque fois que je regardais la télévision, algérienne ou étrangère, de voir toujours la jeunesse algérienne en particulier et les citoyens algériens en général sous une image négative.

C’était soit des incompétents, des cas sociaux, des harraga ou des terroristes ! J’avais envie de proposer une demi-mesure. Je trouvais qu’il y avait trop d’extrême qui était exprimé dans les médias par rapport à la jeunesse algérienne.

En second lieu, à force de voir l’ambiance négative — à tort ou à raison, selon les situations — dans laquelle nous vivons, il est des moments où on n'y croit plus. A force de ne pas se projeter dans des de modèles de personnes qui osent faire des choses pour faire avancer les choses, nous devenons, nous-mêmes, très négatifs.

Je voulais proposer des profils de jeunes Algériens qui se battent dans le climat actuel et qui ont osé faire des choses, malgré les contraintes et l’adversité existant dans notre pays.

L’objectif était de montrer des exemples dans l’espoir que cela inspire d’autres Algériens et qu’ils leur donnent l’envie d’y croire en la capacité de faire des choses en Algérie.

Mais à trop vouloir casser le cliché négatif de l’Algérien, n’y a-t-il pas un risque de verser dans l’image d’Epinal de l’Algérien qui réussit malgré toutes les difficultés ?

Pas du tout. Il ne s’agit pas de dresser le portrait d’une Algérie idyllique. C’est, au contraire, rendre hommage aux initiatives positives. Je déplore le fait que je sois le seul à faire ce travail parce que je dois mettre les bouchées doubles ! On ne peut pas me reprocher de le faire, il y a un manque d’expression sinon de la positivité (dans son sens large) du moins des initiatives positives.

Pensez-vous que vos personnages soient réellement représentatifs de la jeunesse algérienne ?

Wesh Derna n’a jamais eu la prétention de représenter toute la jeunesse algérienne. On ne pourra jamais faire un travail qui représente tous les Algériens.

L’Algérie est un pays multiple avec différentes cultures et traditions, je ne pense pas qu’un seul travail puisse représenter tous les Algériens. Moi je présente un aspect, d’autres personnes en aborderont d’autres.

Ce n’est qu’à travers tous les travaux dans leur globalité qu’on pourra avoir une image représentative de la jeunesse algérienne. Je ne me prétends pas être le porte-parole de la jeunesse algérienne, loin de là. Je mets juste en avant des jeunes qui ont envie de faire des choses.

Oui, mais la majorité des personnes interviewées sont des jeunes entrepreneurs qui parlent français, qui ont voyagé…

Francophones ? Pas forcément. Il est vrai qu’il y en a beaucoup. Le fait est que lorsqu’on commence à travailler, on pioche forcément dans son environnement direct. Il faut savoir que Wesh Derna est un projet auto-financé, auto-produit : je n’ai pas d’équipe, j’ai uniquement ma caméra et mon micro.

Forcément, je commence petit, puis j’essaye d’explorer de nouvelles possibilités. Plus j’avance et plus je me rends compte qu’il y a de plus en plus de personnes qui sont dans cette dynamique.

En ce moment, je travaille avec des jeunes des quartiers populaires membres du collectif Binatna n'Diro el Kheir et qui viennent de lancer l’opération «T3iche, ma tarmich», dans le but sensibiliser les gens par rapport à l’environnement et à leur citoyenneté. Ils le font avec des moyens minimes mais ils sont pourtant dotés d’une grande volonté.

Je pense que ces initiatives ne sont pas spécifiques aux francophones, à une certaine caste ou à une certaine catégorie. C’est juste que Wesh Derna, c’est du «working progress» qui se construit au fur et à mesure que les vidéos sortent. Pour l’instant, nous avons vu une catégorie, bientôt nous verrons autre chose.

 

Photo DR

Comment définissez-vous le concept Wesh Derna ? Est-ce une série, un documentaire, des interviews filmées… ?

A la base, je voulais faire un documentaire sur une partie de la jeunesse algérienne. Au fur et à mesure, le projet a évolué. Je qualifierais Wesh Derna de «média alternatif». Le fait est que je ne suis pas réalisateur professionnel, j’en ai jamais eu la prétention ni le financement pour ce faire. Tout juste suis-je un «vlogeur». Mais le projet grandit et j’en suis très heureux.

C’est donc un média alternatif socioculturel qui s’inscrit dans ce qui se fait dans la société, notamment dans le domaine de la culture et de l’entrepreneuriat.
 

Wesh Derna aurait-il pu se faire sans les réseaux sociaux ?

Sans les réseaux sociaux, Wesh Derna n’aurait jamais pu être visible. J’ai utilisé les réseaux sociaux pour le faire connaitre et pour traverser les frontières. Sans internet, «ma darna walou !» (nous n’avons rien fait !)

Wesh Derna sera-t-il un projet rentable ? Y a-t-il des partenariats qui se développeront à court ou à moyen termes ?

J’ai eu énormément de propositions de financement et de partenariats que je n’ai pas accepté parce que ils n’épousaient pas les valeurs du projet Wesh Derna, c'est-à-dire un esprit algérien, fait par des Algériens et pour des Algériens. Je n’ai, pour le moment du moins, pas trouvé les bons partenaires. Pour l’instant, j’ai tout fait en amateur.

J’essaye d’ordonner les choses afin que ce soit plus professionnel à l’avenir. Néanmoins, de nombreuses collaborations sont nées avec des institutions algériennes ou des organismes étrangers. J’en suis heureux car cela me donne l’opportunité de porter la voix d’une autre catégorie d’Algériens qu’on ne voit pas forcément.

Quels ont été les échos sur les réseaux sociaux ?

Nous avons eu majoritairement des retours positifs, mais aussi des critiques acerbes. Je me suis rendu compte que plus nous avancions dans le projet et plus l’on comprenait ma démarche. Le point faible de Wesh Derna consistait en son amateurisme des débuts.

Aujourd’hui, après avoir effectué énormément de tournages (rushes de 40 à 50 interviews), je sais où je vais. Il est vrai que lorsqu’on regarde chaque élément séparément, il est possible de se faire une idée.

Mais ce n’est que lorsqu’on regarde le projet dans sa globalité que l’on comprend mieux où je veux en venir. Une chose est sûre : nous ne sommes pas dans l’angélisme. On reproche souvent à Wesh Derna d’être trop positif, de représenter le «pays des bisounours». Il n’en est rien.

Quels sont les profils que vous n’avez pas encore abordés et que vous souhaiteriez développer ?

Les jeunes du collectif Binatna n’Dirou el Khir, des jeunes des quartiers populaires d’El Harrach, Bab El Oued, les Eucalyptus, qui ont arrêté leurs études en 9e année du cycle moyen, qui ont suivi des formations professionnelles et qui sont très impliqués dans la vie associative.

Le message que je veux transmettre ? Notre problème réside dans le fait que nous ne sommes pas des citoyens actifs et engagés dans la société. J’ai envie que l’on se sente concernés par les choses de notre quotidien, qu’on ne soit pas là à attendre un miracle.

Le changement peut provenir de nous pour peu que l’on s’engage dans la société. Cela commence dans sa maison, dans son immeuble, dans son quartier. J’aimerais, autant que faire se peut, pousser les gens vers l’engagement citoyen car nous avons, nous aussi, une part de responsabilité dans notre société.

C’est une question qu’on doit vous poser souvent : comment un pharmacien en vient-il à prendre une caméra et créer un projet tel que Wesh Derna ?

(Rires) Effectivement, j’ai fait des études de pharmacie. Je travaille actuellement dans le domaine pharmaceutique, c’est ainsi que je gagne ma vie. J’ai fait 7 ans et demi de radio, ce qui m’a introduit dans le monde des médias et surtout le son.

Et j’avais envie d’explorer l’image. Comment ça s’est passé ? J’avais acheté un appareil photo, j’ai commencé à prendre des photos, je me suis rendu compte que je n’étais pas passionné de paysage.

J’avais une forte inclinaison vers les portraits. Je capturais essentiellement les visages des membres de ma famille ou de mes amis. J’aimais bien le résultat, mais je regrettais l’absence de mouvement.

J’ai alors exploré l’option vidéo de l’appareil, me disant alors : «Maintenant que ça bouge, qu’est-ce qu’on peut en faire ?» Wesh Derna ?
 

Source : El Watan

Lire aussi : Wesh derna», portrait d'une jeunesse active et positive.

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