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Publié par Saoudi Abdelaziz

Médaille de Chevalier de la Légion d'honneur décernée à un Algérien pour bravoure économique libérale. Photo DR

Médaille de Chevalier de la Légion d'honneur décernée à un Algérien pour bravoure économique libérale. Photo DR

La décision de ne pas donner en 2018 les 146 000 hectares des fermes pilotes publiques aux investisseurs étrangers sera-t-elle définitive? Ce nouvel épisode de l'instabilité stratégique du pouvoir algérien indique il faut intensifier le débat national sur la manière dont le développement national pourrait être relancé, avec une claire conscience de la nature de l'environnement économique mondial. On observe un certain regain de réflexion.

Ce matin El Watan publie une intéressante interview du directeur général de SGA (Stratfin Global Advisory) une société financière installée à Paris. Mohamed Gouali quitte pour la première fois son domaine des finances. Il dissèque les raisons de l’échec et les causes qui bloquent le développement du pays.

Sur la question controversée de l'industrie automobile il affirme: "L’Algérie, quant à elle, a préféré la solution du court terme et du profit facile, en assemblant des voitures avec un taux d’intégration dérisoire, sacrifiant ainsi ce qui auraient pu être les fondations d’une vraie politique industrielle à long terme. Ce faisant, nous contribuons à accroître les gains de nos fournisseurs, à résorber le chômage de leurs pays, tout en important l’inflation avec un dinar fortement déprécié. Ce modèle de développement approuvé par les gouvernements successifs est suicidaire. Il tue dans l’œuf l’innovation et fait rater à l’Algérie l’extraordinaire opportunité de construire un environnement propice à l’entrepreneuriat". Il ajoute plus loin "Le nivellement par le bas, la recherche des profits politiques ou financiers à court terme fait baisser le seuil de vulnérabilité de l’Algérie. Et sachant que nous vivons dans un monde où les plus puissants détruisent les plus faibles, en faisant fi des lois internationales, cette question devrait être en permanence sur les radars de nos dirigeants".
 

"De nouvelles formes d'économie mixte"

Avant-hier un consultant économique ayant pignon sur rue n'hésitait pas écrire : "Le processus de globalisation prend de l’eau de partout. Les résultats sont décevants et sa remise en cause par de grandes nations nous permet de nous interroger sur l’après". Abdelhak Lamiri poursuit :

"En fait, on s’aperçoit qu’on est à la veille d’une nouvelle histoire plutôt qu’à sa fin. Nous entrons dans un nouveau cycle de développements politiques et économiques. Les nouvelles orientations économiques tendent à privilégier les pistes de nouvelles formes d’économies mixtes. Nous en avons les contours, mais pas les détails".

Le titre de cette contribution est "Globalisation : est-ce le début de la fin ?" Cette question n'a sans doute pas effleuré l'esprit du journaliste qui écrit dans Maghreb Emergent à propos de l'attribution par la France de la Légion d'honneur à un chef d'entreprise algérien:

"A travers son choix d’honorer Slim Othmani, connu pour son engagement en faveur d’un climat des affaires sain et d’une relation entreprise-Etat complémentaire et sereine, la France a voulu, d’un côté exprimer son désaccord avec les politiques économiques actuelles de l’Algérie et, d’un autre côté, afficher son adhésion à la vision que défendent les chefs d’entreprises acquis aux idées du patron de NCA-ROUIBA."

La légion d'honneur pour bravoure libérale économique, c'est une première en Algérie où jusqu'ici ce sont les anciens combattants de l'armée française qui étaient "honorés".

L'Algérie est donc soumise à des initiatives pédagogiques globalisantes, comme ce rapport de la Commission européenne publié au début du mois de mai qui formulaient des consignes aux décideurs algériens  :

« La création d’un cadre juridique stable et transparent, propice à l’investissement, ainsi que la réduction des subventions, la modernisation du secteur financier, et le développement du potentiel des partenariats public-privé font partie des réformes structurelles nécessaires qui doivent encore être menées. L’investissement étranger doit également être encouragé ; dans ce sens, assouplir la règle 51/49, au moins pour les secteurs non-stratégiques, serait bénéfique ».

La Commission européenne n'a rien inventé, elle manifeste seulement de l'impatience après l'engagement d' Ahmed Ouyahia en automne dernier de procéder à des "mesures et réformes structurelles", inscrites derechef dans un décret exécutif.

La loi complémentaire des finances pour 2018 devait donc être une occasion d'avancer dans cette fameuse "réforme des structures", tant attendue par l'Union européenne et les Etats-Unis. L’article 3 de l’avant-projet de LFC stipulait en effet que

« le droit de concession des terres agricoles et les moyens d’exploitation relevant du domaine privé de l’État mis à la disposition des fermes-pilotes est transféré aux sociétés d’investissement créées dans le cadre de partenariat public-privé avec des investisseurs nationaux ou étrangers ».

Ces fermes pilotes publiques occupent 146 000 hectares.

La mise à l'encan de nos meilleures terres au profit  des investisseurs étrangers n'a pas été retenue. Ce retrait sera-t-il le point de départ de véritables débats sur l'avenir de l'agriculture algérienne à partir par exemple de la question posée par Omar Bessaoud :  A qui confier l’avenir alimentaire et agricole de l’Algérie?

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