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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le pouvoir algérien phagocyte le monde du travail et ... du journalisme

Au sens figuré, l'action de phagocyter, dérivé d'un phénomène biologique, consiste à détruire les forces contraires en les absorbant, en les intégrant à soi, puis en les neutralisant. En Algérie, depuis des décennies, le pouvoir d'Etat ne se contente pas de gouverner sans contrepouvoir, il s'est aussi attribué le droit de regard sur la définition de ce qui convient au monde du travail, celui de la presse ou autre.

J'ai assisté en 1968, à ce qui sera sans doute le dernier défilé revendicatif du 1er mai dans les rues d'Alger. Quelques mois plus tard "l'Appareil central du FLN" parachevait la caporalisation de la centrale UGTA, qui reste aujourd'hui encore placée sous la tutelle de l'Etat. "Nous avons oublié jusqu’au souvenir d’un défilé du 1er Mai, les défilés ont disparu du paysage et des mémoires" écrivait le chroniqueur Mohammed Bouhamidi la veille du 1er mai de 2013.

Festivités

Cette exclusion des revendications des travailleurs de l'espace public, le jour de leur "fête" ne signifie pas que cette journée a été exclu du calendrier. Bien au contraire, pourrait-on dire car le pouvoir a phagocyté le 1er mai en accordant chaque année à cette journée une grande importance, avec "festivités officielles", louanges à la paix sociale et congratulations mutuelles Ugta-Patronat, sur fond d'épanchements médiatiques vantant les réalisations du "programme social présidentiel". Un 1er mai sans dimension revendicative bien sûr, coiffé par le "message" du président, lequel a désigné cette année son ministre de l'Intérieur pour encadrer les "festivités", le ministre du travail étant occupé à mettre hors la loi les troublions du mouvement syndical.  

En ce premier mai 2018,  les orientations d'action données par Bouteflika s'articulent autour de cette consigne centrale: " Je m’adresse aux travailleurs et travailleuses les appelant à plus de mobilisation pour parfaire la performance et remporter la bataille du développement dans le contexte d’une impitoyable concurrence mondiale".

"Noble" métier

Deux jours plus tard, pour la journée internationale de la liberté de la presse, dans un nouveau message, le chef de l'Etat phagocyte aussi la journée de la Liberté de la presse en recadrant le "noble" métier de lapresse préparée à l'ingestion après des décennies dans le ventre de l'ANEP : "Avoir des divergences de vues et d’opinions à l’intérieur de notre pays est quelque chose de normal et de naturel dit-il, c’est la base même de la démocratie pluraliste, mais lorsque l’Algérie, notre seule et unique patrie, est en jeu, nous devons nous unir et parler d’une seule et même voix". Cette camisole étant posée, le président accorde aux journalistes " un rôle de contrôle et de gardien vigilant". Il  explique que "le poids et la multiplicité des tâches relevant des différents démembrements de l’Etat peuvent conduire fatalement à quelques erreurs ou connaitre des insuffisances." Critique indulgente sur les marges car comme nous tous, quand ils  travaillent trop, ces pauvres démembrements peuvent aussi se tromper...

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