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Publié par Saoudi Abdelaziz

"Beaucoup d’habitants des quartiers populaires pensent que les médias ne veulent parler d’un Arabe au milieu des flammes que lorsqu’il brûle une voiture. Pas quand il sauve des gens. Une occasion de prouver le contraire vient d’être manquée".

Par Idir Hocini, 10 avril 2018. Bondy Blog
 

Dans la nuit du 5 au 6 février, à Montreuil, Kader Salmi, 28 ans, affronte les flammes dans le pavillon dans lequel il vit et sauve tous ses voisins : 19 personnes dont 7 enfants. À part le Bondy Blog, aucun autre journal ou peu s’en faut, n’a parlé de l’acte héroïque de ce Montreuillois.

Le Bondy Blog relatait le mois dernier l’histoire de Kader Salmi, un habitant de Montreuil qui avait sauvé d’un incendie 19 de ses voisins, dont sept enfants, au péril de sa vie. Certains des habitants rencontrés sur place se sont demandés pourquoi personne n’avait parlé de cette histoire dans les médias avant que ne débarque notre feuille de choux.

Je leur avais répondu que l’histoire étant belle, et l’acte de Kader Salmi vraiment héroïque, les autres journaux s’empresseront d’en parler une fois l’article publié sur le Bondy Blog. Sans le savoir, j’avais menti à tous ces braves gens. Deux semaines après avoir relaté l’événement, aucun autre média n’avait repris l’info.

« Si l’incendie s’était produit à Paris tout le monde en aurait parlé », m’a affirmé Dalenda, une des voisines qui doit la vie à Kader Salmi. La sienne et celles de ses deux petites filles. Je voulais lui prouver qu’elle avait tort. Après tout, il n’y a pas si longtemps, j’avais encore une carte de presse et j’ai toujours eu une haute opinion de la profession et de ses missions. Les reporters qui débarquent en banlieue uniquement quand ça va mal étaient pour moi un poncif.

J’ai donc approché plusieurs journalistes de grandes rédactions parisiennes. Tel un saumon dans le Saint-Laurent, j’ai même remonté, contact après contact, mail après mail, jusqu’aux rédacteurs dont le travail est de parler de Montreuil et sa région pour un grand quotidien national. Trois semaines après mon papelard, aucun gratte papier ne s’est intéressé à l’affaire, livrée clef en main par mes soins. Exception faite du Courrier de l’Atlas, parce que Nadir Dendoune trouvait « aberrant que l’histoire reste dans l’ombre« .

Le Bondy Blog, souvent sollicité par les « confrères »

Il y a quelques jours, une journaliste s’est finalement déplacée sur les lieux. Mais mis à part une ligne sur les habitants qui ont échappé aux flammes grâce à la vigilance d’un voisin, l’article s’est concentré sur le permis de louer que la mairie de Montreuil veut instaurer contre les marchands de sommeil et les logements insalubres.

Pauvreté, misère, violence… La banlieue vit toujours à travers les mêmes thèmes dans les médias. Ils ont éclipsé, la solidarité, le courage et l’abnégation dont a fait preuve Kader Salmi dans cette histoire.

Ce n’est pas la première fois que le Bondy Blog attire l’attention des confrères de ce côté du périph’. Nous ne comptons plus les appels, les mails et les demandes de contacts qui nous sont adressés chaque fois qu’une de nos publications soulève l’intérêt des grandes rédactions.

Ce fût le cas, en 2012, lorsque nous avons raconté l’histoire de ces animateurs renvoyés de leur centre de loisir parce qu’ils faisaient le ramadan. Nous sommes également systématiquement assaillis de demandes de contacts chaque fois que « ça pète » entre les jeunes et la police, quelque part, sous nos cieux périurbains.

Un journaliste très maladroit d’une grande radio m’a même appelé au lendemain des attentats qui ont endeuillé les confrères de Charlie Hebdo pour que je vienne éventuellement en parler sur leur antenne. Il s’attendait sans doute à ce que je lui dise que c’était bien fait pour leurs gueules de cochon et qu’insulter notre prophète en caricature mérite la mort, parce que quand j’ai exprimé toute l’étendue de ma douleur pour la perte de mes confrères,

il m’a demandé déçu : « Vous connaissez des gens dans votre entourage qui ont un autre son de cloche ? ». Non désolé, je ne connais personne qui saute de joie après un attentat. Et pourtant depuis 1991 et le Groupe Islamique Armée en Algérie, j’en ai tout le tour du ventre des souvenirs de ces massacres.

La loi du mort-kilomètre ?

Tout ça pour dire qu’on reprend les articles du Bondy Blog ou on s’adresse à ses journalistes que lorsque l’on veut parler d’islam, de violences urbaines, d’actes terroristes ou pour me demander le numéro de Kylian Mbappé que je n’ai pas le plaisir de connaître. Mais un homme qui n’écoute que son courage pour sauver la totalité des habitants de son immeuble, paisiblement endormis pendant que leur baraque brûle, ça n’intéresse personne.

Si Kader Salmi s’était contenté de sortir dans la rue avec son épouse au lieu de multiplier les allers-retours, respirant assez de fumées toxiques pour avoir les poumons de Serge Gainsbourg, la forêt amazonienne aurait perdu quelques hectares transformés en papiers journaux. C’est bien connu, les médias ne parlent du train que quand il arrive en retard. S’il y avait eu des morts ce soir-là à Montreuil, les journalistes seraient venus. En masse.

Beaucoup d’habitants des quartiers populaires pensent que les médias ne veulent parler d’un Arabe au milieu des flammes que lorsqu’il brûle une voiture. Pas quand il sauve des gens. Une occasion de prouver le contraire vient d’être manquée.

Source : Bondy Blog

Kader Salmi, 28 ans, ce héros de Montreuil qui a sauvé ses 19 voisins d’un incendie

Par Idir Hocini, le 12 mars 2018

(...) Kader Salmi a 28 ans. Il a le corps d’un porte-avion, façonné par la pratique assidue de sports de combat en Algérie, pays qu’il a quitté il y a 4 ans. Sa carrure impressionne autant que son humilité.

« Kader est un héros ». Ces mots sont ceux de Dalenda, 26 ans, mère de deux enfants, une des ses voisines. Lui dit que non, que « c’est tout à fait normal d’aider les gens qui en ont besoin ». Aider les gens dans le besoin, oui peut-être, c’est ordinaire. Mais sauver la vie de ses 19 voisins, dont 7 enfants, ça l’est sans doute beaucoup moins.

Il est minuit et demi quand le 5 février dernier, Kader Salmi rentre chez lui, avenue de la Nouvelle France à Montreuil, dans une grande maison divisée en petits appartements où vivent une dizaine de familles. Kader voit de la fumée sortir de la bâtisse, il ouvre la porte d’entrée. « Le couloir était rempli d’une épaisse fumée. Je rentre chez moi, je réveille ma femme pour lui dire de sortir et d’appeler les pompiers ». 

Pendant que son épouse compose le 18 à l’abri du sinistre de l’autre côté de la rue, Kader retourne dans l’immeuble pour sauver ses voisins. « Je ne vous cache pas que j’ai tout fait pour l’en empêcher, avoue Amira, son épouse.

La fumée épaisse avait envahi les couloirs, c’était irrespirable. J’ai pleuré, je l’ai supplié, j’avais beau lui dire que les secours arrivaient, qu’il allait se tuer, il n’a rien voulu entendre. Il y est retourné ».

Kader commence par frapper à la porte de Dalenda, qui habite au fond de la cour, derrière la bâtisse, juste en face de l’appartement qui brûle. «Avant de me coucher, j’avais senti de la fumée, raconte la jeune femme. Je pensais que c’était les radiateurs et je suis partie dans mon lit sans me poser de questions. Je venais à peine de m’endormir quand j’entends Kader toquer à ma porte et me crier de vite sortir. J’arrive dans le salon où il y a mes filles. Il y avait une très grosse fumée partout, on sort et là, l’appartement en face était en feu ».

L’intervention de Kader lui a-t-elle réellement sauvé la vie ? « C’est une certitude ! s’exclame Dalenda. Heureusement que je venais juste de me coucher, je n’aurais même pas entendu Kader tambouriner à la porte sinon. J’ai le sommeil très profond. Il m’a réveillée au bon moment. Encore un peu et la fumée aurait envahi tout l’appartement, m’asphyxiant moi et mes enfants dans notre sommeil ».

Ce soir-là, Sabrina aussi dormait, ainsi que ses deux enfants de 4 et 2 ans.

« Quand il m’a réveillée, tout sentait le brûlé et la fumée m’étouffait, mes enfants pleuraient, se souvient-elle. J’ai ouvert la porte et j’ai suivi Kader qui portait mes enfants dans la rue. J’ai eu la peur de ma vie. Pour nous tous, c’est un héros ».

Un pigeon sauvé lui aussi

« Mon mari n’a consenti à arrêter ses allers-retours dans l’immeuble que quand il a été sûr qu’il n’y avait plus personne », confie Amira. « Il m’a appelée sur mon portable, raconte Miriame, 24 ans. Il m’a cherchée partout parce qu’il ne m’a pas vue sortir de l’immeuble. Il a fait tout ce qu’il a pu pour nous aider. C’est un vrai bonhomme ». Quand les pompiers arrivent, il n’y a plus qu’à éteindre le feu, tous les habitants sont dehors.

Kader n’a oublié personne. Même pas ce pigeon, recueilli à l’article de la mort dans la cour de l’immeuble. Le jeune homme lui a fait un nid douillé dans son appartement et le soigne en attendant qu’il se requinque.

Il a fallu plusieurs jours, tous les remerciements et les gestes de reconnaissance de ses voisins, pour que ce héros d’un soir comprenne que ce qu’il a fait est extraordinaire.

« Ce sont mes voisins, je n’ai pas réfléchi. Dans le feu de l’action, je préfère risquer ma vie que voir des cadavres. Mais ce fut les 15 minutes les plus longues de ma vie ».

L’incendie serait volontaire, affirment quelques habitants de l’immeuble qui parlent d’un conflit entre le propriétaire et les locataires de l’appartement aujourd’hui en cendres, absents au moment du sinistre et dont les voisins n’ont plus de nouvelles. Contacté par téléphone, le commissariat de Montreuil ne souhaite pas commenter une enquête en cours. Même chose pour les pompiers qui sont intervenus ce soir-là. Un corps de métier que Kader, en recherche d’emploi, voudrait un jour intégrer. « Pompier ou entrer dans l’armée de terre, ça serait mon rêve », confie-t-il. De toute évidence, il en a l’étoffe.

Source : Bondy Blog

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