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Publié par Saoudi Abdelaziz

 Photo DR

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A la différence du fameux père et roi UBU qui utilisait carrément ses fameux ciseaux pour couper "tout ce qui dépasse", les parrains anonymes de la production cinématographique algérienne ont des méthodes plus énigmatiques

Le réalisateur Yanis Koussim évoque avec Latifa Abada, du HuffPost Algérie le blocage de l'achèvement de son film Alger By Nights par le ministère de la Culture : “D’une part on me dit qu’il n’y a aucun problème avec mon film et d’autre part, on me laisse entendre que mon film est choquant". Sollicité par le réalisateur même Ahmed Béjaoui, le cinéphile du canal-historique du cinéma algérien devenu président des commissions adhoc botte en touche expliquant qu’il est en “retard sur la situation de son film et qu’il devrait vérifier auprès de l’administration du ministère de la culture”. Yanis Koussim fait le point : “Je n’ai reçu aucun coup de fil du ministère, ni courrier, ni mail. Mes allers-retours n’ont abouti à rien et personne n’a eu le scrupule de me recevoir. Tout ce que j’ai appris jusqu’à ce jour ce sont des bruits de couloir”. Il  décide de prendre les choses en main. HuffPost nous apprend que Le réalisateur lancera incessamment un Crowdfunding pour finir “Alger By Night” pendant que la tutelle garde toujours le silence.

Il y a quelques jours il confiait ses déboires au quotidien Reporters

Yanis Koussim cinéaste

Propos recuellis par Abdelkrim Tazaroute, 21 mai 2018

 

«Je n’arrive pas à identifier les sources du blocage de mon film» Comme écrit dans notre édition hier « Alger by Night » a déjà son histoire et pourrait bien constituer un film dans un film. Voilà quatre ans que le cinéaste Yanis Koussim se bat pour finaliser son projet. Il réussit le pari d’avoir quatre producteurs dont trois étrangers, et pourtant, ça a fini par coincer et bloquer le film.

Etrange situation après quatre semaines de tournage, des blocages. Quatre longues années d’arrêt.

Reporters : Votre film  « Alger by night », c’est toute une histoire avant même sa sortie ?
Yanis Koussim : Franchement, je ne comprends pas pourquoi... J’ai écrit un scénario, qui a été soutenu par plusieurs fonds, que ce soit en Algérie ou à l’étranger. Le film étant une coproduction entre l’Algérie, la France, la Norvège, avec l’aide du Doha Film Institut pour le Qatar. Jusqu’à aujourd’hui, je ne sais pas exactement d’où viennent tous ces obstacles.


Votre lettre ouverte est le cri d’un cinéaste à qui on met des bâtons dans les roues. Qui est responsable de cette malheureuse situation ?
Comme je viens de vous le dire, je n’en ai pas la moindre idée ! Ce n’est même pas une question d’argent, puisque théoriquement, on a de quoi finir le film avec les dernières tranches du FDATIC, via le CADC. En changeant de producteurs, je pensais que j’étais arrivé au bout de mes peines... Je me suis lourdement trompé !  Aujourd’hui, des proches se demandent même si les anciens producteurs n’étaient pas juste un prétexte pour bloquer le film... Moi, je n’y crois pas une seconde. Je ne veux pas y croire.


Qui vous a retiré les images et comment vous les avez récupérées pour reprendre le tournage et continuer votre film ?
Mes images, je n’y ai pas eu accès durant près de 4 ans, du début 2014 à fin 2017. Les anciens producteurs de mon film refusaient de me les donner si je n’acceptais pas de monter le film selon leurs directives. Chose que j’ai refusé. Je devais tourner cinq semaines, mais je n’en avais tourné que quatre, à l’époque, et ils voulaient que je monte mon film sans la cinquième semaine. Ce conflit a duré quatre ans. A l’époque, l’AARC, qui était en charge du dossier de mon film, m’avait donné raison. Les trois directeurs successifs de l’AARC, qui ont eu le dossier de mon film entre les mains, m’ont donné raison, le dernier en date étant Nazih Benramdhan.


L’aspect positif de votre option est de continuer votre travail quelles que soient les conditions ?
Non, pas dans n’importe quelles conditions, mais dans les conditions qui conviennent à un long-métrage de cinéma. Il faut être exigeant quand on fait des films et ne pas faire de bricolage. Si tout se passe bien, je finirai mon film comme il le mérite ! Je suis à deux doigts de le finir. Il y a quatre ans, je n’avais pas tourné la cinquième semaine, je n’avais qu’une sorte de bout-à-bout du montage entre les mains... et je n’avais pas mes images !  A présent, la cinquième semaine a été tournée, et j’ai une version de montage du film qui se tient. Je remercie d’ailleurs la société Kamera.com qui m’a permis d’avoir un cadre juridique pour ce faire en récupérant, en septembre 2017, les droits de mon film des mains des anciens producteurs. A l’époque, toutes les boîtes de productions susceptibles de reprendre les droits de mon film, et en qui j’avais confiance pour les leur confier, avaient déjà des projets en cours, ou à venir, avec l’AARC ou le CADC. Seule la société Kamera.com était libre. Je tiens aussi à remercier Factorycorp, société de production et de post-production, qui soutient mon film. Je ne vous parle même pas des techniciens de post-production, de leur dévouement... J’ai hâte de reprendre le travail avec eux. Il n’y a que de bonnes énergies dans ce film. Les mauvaises énergies viennent d’ailleurs... Je n’arrive pas à les identifier.


Vos courts-métrages « Khti » et « Khouya » ne sont alors qu’un souvenir ou une merveilleuse aventure et époque dans votre itinéraire ?
Leur fabrication a été une merveilleuse aventure et j’en garde, effectivement, un très bon souvenir. J’ai eu pour ces deux courts métrages le meilleur producteur algérien dont j’aurai pu rêver. Je ne m’occupais que du côté artistique de mon film, tout le reste, c’était lui ! Je tiens également à souligner que ces deux courts métrages n’ont jamais eu de problèmes de censure, alors que l’un d’entre eux est très violent, et qu’il y a un passage très osé pour un film algérien, dans l’autre. C’est pour cela que je ne comprends pas pourquoi « Alger by Night » pose problème...


Quelle est la thématique de votre film « Alger by Night » ?
A la base, le titre du film était « Alger by Night (Exp) », Exp, pour expérience. Car mon film est une expérience cinématographique que j’ai voulu tenter. Je pense que c’est ce côté expérimental qui n’a pas été saisi par les premiers producteurs de mon film. Et avec la cinquième semaine de tournage, je suis allé encore plus loin dans l’expérimentation. Le film suit, la nuit, six personnages : une photographe qui prépare une exposition photo sur Alger la nuit, une femme médecin insomniaque, une prostituée, un vagabond, un jeune importateur jet-setteur et des jeunes en rollers qui collent des affiches dans toute la capitale pour une exhibition à venir.


Quels sont les séquences qui gênent dans votre film selon vos partenaires ?
Je n’en ai aucune idée, personne ne me l’a dit clairement, ni officiellement, et encore moins par écrit. Donc je ne peux que supposer, et je ne supposerai pas ! J’assume chaque seconde de mon film. Mon scénario est conforme à mes images et a été validé par la commission du FDATIC. Je ne vois vraiment pas où est le problème !


Le blocage de votre film a causé certainement des préjudices à votre créativité ?
Vous n’imaginez même pas l’enfer que j’ai vécu ces dernières années. Aucun réalisateur ne devrait vivre ça ! Depuis quatre ans, mes autres projets, qui ont déjà des producteurs, tournent au ralenti. Je ne pouvais pas faire autre chose durant quatre ans. Financièrement, cela a été extrêmement éprouvant. Je n’ai pas d’autre activité que celle d’être réalisateur et scénariste. Comme « Alger by Night » est ma priorité, je ne peux pas depuis quatre ans m’engager fermement sur d’autres projets. Et tellement de choses ont été dites sur mon film, sur moi... cela ne m’a pas atteint personnellement, je pense... mais cela a porté préjudice à ma réputation professionnelle. Vous savez, quand on n’arrive pas à tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage... Des fois, c’était tellement gros que j’en riais pour ne pas en pleurer. Beaucoup de producteurs avec qui je pourrais travailler, que ce soit pour des pubs, des séries à la télé, etc., ne me contactent pas parce que cette histoire m’a donné une réputation de réalisateur trop exigeant, ou qui ne fait pas son travail. Je revendique haut et fort mon exigence, car on n’est jamais trop exigeant quand on est réalisateur. Mais pour le reste... Quant à ma créativité, sachez que ce ne sont pas quelques années de combat pour un film qui vont changer quelque chose. Je fais des films depuis que j’ai 23 ans... quatre ans, c’est rien, surtout quand « Alger by Night » sera fini. Quand il arrive à la vie de te donner du citron, faut en faire de la citronnade... Je fais de très bonnes citronnades !


Un avis sur la situation du cinéma algérien ?
La seule chose que je peux dire, c’est que les cinéastes, les techniciens, les comédiens… font leur travail, et ils le font bien, avec une belle énergie ; ils remplissent leur mission. « Le cinéma algérien » est un concept... je ne suis pas très fort en concept, je suis un homme de terrain. Et sur le terrain, les choses se font, et de mieux en mieux ! J’ai réalisé mon tout premier court métrage en 1999. Je peux vous assurer que, sur le terrain, les choses ont beaucoup évolué depuis, et souvent dans le bon sens !


La nouvelle génération de cinéastes algériens émerge en dépit des difficultés et décroche des prix, quelle est votre impression ?
Je ne peux que m’en réjouir ! Mais cela m’attriste que les Algériens n’aient pas accès à ces films dans de bonnes conditions. On aime tous recevoir des prix, être sélectionnés dans de grands festivals, ce sont des expériences uniques, mais la finalité d’un film, pour ma part en tout cas, est qu’il rencontre le public auquel il est destiné. Nos films sont faits, quoi qu’on en dise, pour les Algériens. Moi, je m’arrangerais toujours pour que mes films soient vus dans mon pays, même si je me retrouve dans l’obligation d’aller les tourner ailleurs.


Une présentation de vous et de votre parcours à nos lecteurs...
Je suis réalisateur et scénariste algérien, né et vivant en Algérie... J’ai eu 40 ans en novembre dernier, le reste, la personne qui a fait ma page Wikipedia en parle mieux que moi. (rires).

Source : Reporters

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