Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

Photo DR

 "Un jour ou l’autre, un état des lieux devra être fait, et là on risque d’avoir des surprises.(décembre 2017)

Algérie-éco. Dans vos analyses et rapports que vous publiez, vous remettez en question les chiffres du ministère de l’agriculture. Pourriez-vous nous éclairer un peu plus à ce sujet ?

Dans un monde globalisé, la quête de l’information pour la « régulation » du flux commercial alimentaire, par des états ou par des pouvoirs financiers, est une nécessité. Le suivi de la production agricole par les acteurs du domaine, est réalisé pour tous les pays. C’est ainsi qu’on arrive à faire aussi des prévisions  pour permettre de savoir quelles sont les régions où les tensions seront les plus fortes, ….. Par conséquent, les chiffres donnés dans le cadre de transactions internationales sont nécessairement plus fiables, étant contrôlés par plusieurs institutions (FMI, BM, FAO…), des bureaux indépendants,…, des procédures sont mises au point  pour obtenir les informations les plus précises qui soient. Dans tout ça, il ne faut pas oublier que l’alimentation qui est censé être un droit Humain, est en train de se marchander. Sans compter qu’en cas de conflits on n’hésite plus à se servir de l’embargo alimentaire, c’est donc aussi une redoutable  arme.

Dans notre cas, ce n’est pas tant la véracité des chiffres qui est la plus gênante, beaucoup de pays pour une raison ou une autre modifient leurs données, mais tout en gardant des  proportions raisonnables. Mais ici, ça prend des dimensions tellement irréelles qu’elles relèvent à la limite de l’absurde. Ce qui est dangereux en fait, c’est que sans statistiques fiables, on ne peut ni diriger, ni gérer, ni concevoir….

Si on tient compte du fait que l’Algérie est le 3ème importateur de blé au monde (le premier par individu), le 2ème importateur de lait derrière (3 fois moins)  la Chine avec ses 1.37 milliards d’habitants, qu’il y a dépendance quasi-totale en légumes secs, oléagineux, aliment de bétail…, le pays présente à lui seul un marché équivalent à celui de 600 millions d’africains.

A ce titre, on apprend que le récent appel d’offres lancé par l’Algérie, début novembre, aurait évité une chute des cours du blé, côté sur le marché européen. C’est dire ce que représente le poids du déficit alimentaire du pays sur le commerce international des céréales. Dans leurs prévisions, les partenaires (fournisseurs), ont donc intérêt à tenir  compte de la production nationale.

Quant aux chiffres liés aux activités au sein du pays, les institutions agricoles ne sont  tout simplement, ni équipées ni structurées pour collecter des données, les traiter, les analyser, établir des bilans prévisionnels….. Par exemple on annonce fréquemment que l’agriculture nationale génère des richesses évaluées à 30-35 milliards de $ (Maroc, 10. France, 72).

Rapportée à la surface cultivée chaque année, on se retrouve avec un hectare qui produit environ 7000$/an. Alors que des chiffres avancés par des observateurs indépendants parlent de 204$/ha/an. Il faut tout de même réaliser que le rapport est de 1/34 ! En même temps rien n’empêche de faire la comparaison avec le Maroc, dont l’agriculture est nettement plus développée, où on évalue la productivité de l’hectare à 9-1200$, ou encore la première puissance agricole européenne, la France, où l’hectare est estimé à 2700$…

Ce ne sont pas les chiffres erronés qui posent réellement problème, c’est plutôt le manque de visibilité qui fait qu’on ne sache pas exactement où on en est. Mais il est sûr c’est qu’un jour ou l’autre, un état des lieux devra être fait, et là on risque d’avoir des surprises.

Texte intégral de l'interview intitulée «Le récent appel d’offres lancé par l’Algérie aurait évité une chute des cours du blé sur le marché européen »: Algérie-éco

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article