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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Kamel Bencheikh, 29 avril 2018

« J’ai toujours ma ville de naissance venue de la nuit des temps, comme un des signes de la création attestée. Attestée par trois mille ans – stèles, outils de pierre ou de métal, lampes votives, meules à grain, squelettes, manuscrits -, elle poursuivit son éphémère éternité et, après tant de sièges destructeurs, tant de tremblements de terre, elle semble impassiblement vivre dans l’attente du dernier qui détruirait son rocher. » Nourredine Saadi, (La nuit des origines).

La ville de Constantine a rendu hommage ce samedi 28 avril 2018 à l’un de ses enfants parmi les plus brillants. Il s’agit de Nourredine Saadi, écrivain et universitaire, décédé à Paris le jeudi 14 décembre 2017 à Paris des suites d’un cancer.

L’hommage s’est déroulé dans la librairie Média-Plus, rue Abane Ramdane en plein centre-ville en présence de la famille de Nourredine Saadi, de quelques amis, d’universitaires, de chercheurs en littérature, d’anciens camarades syndicalistes ou militants, et d’écrivains.

Animés par Arezki Metref et Hafid Hamdi-Chérif, la présentation de l’écrivain disparu et le débat qui s’en est suivi n’ont laissé personne indifférent tant la personnalité de Nourredine Saadi était inclassable.

Touche à tout prolifique, il a été tour à tour ou en même temps, syndicaliste étudiant à l’UNEA, il refuse de cautionner le coup d’Etat militaire du 19 juin 1965 de Boumediene ; militant du PAGS, il est arrêté au début de l’année 1970 ; professeur de Droit à l’université d’Alger, il est élu secrétaire général du SNES (Syndicat national de l’enseignement supérieur) avant de quitter l’Algérie en 1994, en pleine décennie noire, suite aux assassinats massifs de ses amis et des menaces proférées contre lui. Installé en France avec sa famille, il obtient un poste de professeur de Droit à l’université de l’Artois à Douai.

Journaliste au quotidien Le Matin, romancier, essayiste, Nourredine Saadi a été, de par ses différentes activités, un grand témoin de la vie de son pays.

 Né donc à Constantine en 1944, il a été très tôt orphelin de mère. De Constantine, sa ville nourricière, il « émigre » à Alger la capitale pour une vie professionnelle, syndicale et militante bien remplie. Puis vient l’exil forcé. Il traverse contraint la Méditerranée et s’installe tout naturellement en France. Se réveille alors de l’autre côté de la mer un lien secret qu’il maintenait avec la littérature.

Sa première tentative est une réussite : "Dieu-le-fit" paraît en 1996 chez Albin Michel et obtient le prix Kateb-Yacine.  Ensuite, il publie "La maison de lumière", en 2000, toujours chez Albin Michel. Le troisième roman sort en 2005 aux Editions de l’Aube et a comme titre "La nuit des origines".  Ce dernier roman obtient le prix Beur FM.  S’ensuit un recueil de nouvelles intitulé "Il n’y a pas d’os dans la langue" (Editions de l’Aube, 2008).  "Et Boulevard de l'abîme" aux Editions Barzakh en 2017.

Ne se contentant pas de fiction, Nourredine Saadi a également publié des essais parmi lesquels "Koraichi, portrait de l’artiste à deux voix" (Actes Sud, 1998), "Matoub Lounès, mon frère" avec la participation de Malika Matoub (Editions Albin Michel, 1999), "Denis Martinez, peintre algérien" (Le Bec-en-l’air/Barzakh, 2003), "Houria Aïchi, dame de l’Aurès" (Editions Chihab, 2003) et des participations aux ouvrages collectifs Alloula, vingt ans déjà ! (Editions Apic, 2014) et Les années Boum (Editions Chihab, 2016).

Source : Le Matin

«Nourredine Saâdi, le lumineux écrivain et militant né, lui aussi, dans cette ville qui défie l’abîme, et qui s’en est allé courir les mondes. Il aurait pu écrire lui-même cette phrase de Dib : «On oublie souvent que la mer, avant tout, n’a pas d’âge ; sa force réside en cela.» (Arezki Metref)

 

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