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Publié par Saoudi Abdelaziz

DR.

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"J’avais espéré, naïvement peut-être, que cette lettre plus que tout mouvement, produirait un «déclic» des autorités, qui mesureraient l’ampleur de la détresse des résidents, de leur détermination à faire aboutir leurs revendications par des propositions raisonnables, réalisables, permettant d’entrevoir leur avenir professionnel avec plus de  sérénité et d’espoir".

«La plume dans la plaie». Une lettre poignante d’une résidente en médecine

Par Pr Farouk Mohamed, 9 avril 2018

Le 27 mars 2018, El Watan publiait une lettre poignante du Dr. Amira Aidhoum, candidate au DEMS. Avec des mots simples, sans emphase, elle expliquait à l’opinion publique, et peut-être, aux autorités, la détresse des résidents et leur combat pour une prise en charge juste et réelle de leurs problèmes, protestation qui, faut-il le rappeler, entre dans son cinquième mois.

D’emblée, elle plante un triste décor : «Nous, médecins résidents, déplorons les conditions actuelles de notre formation et de notre progression professionnelle, qui sont responsables d’une démotivation, d’un découragement et d’une inquiétude sans précédent.» Elle explique en une phrase le pourquoi de la remise en cause du service civil dans sa forme actuelle. «Ce que nous refusons, c’est de continuer à faire office de bouche-trous, colmatant la coque d’un navire qui coule doucement mais sûrement. Le bricolage permanent ne peut être anobli par l’apparat de la solidarité. Plus aujourd’hui, plus en 2018.»

C’est avec beaucoup d’humilité, et surtout de maturité, qu’elle reconnaît que «nos propositions ne sont sans doute pas parfaites... Ainsi nous n’avons pas la prétention de trouver des solutions miracles».

Elle ajoute : «A notre décharge, les propositions émises par la tutelle sont également critiquables...Les réponses insuffisantes et inappropriées témoignent de deux choses : primo, de l’incompréhension des autorités compétentes de ce qui est en train de se jouer à travers ce moment inédit et crucial de la protestation, c’est-à-dire la remise en cause de toute la politique sanitaire menée jusque-là. Secundo, la déconnexion complète de la réalité du terrain.» Elle écrit que «les résidents ont été frappés par l’étonnement des autorités face à la méfiance générale vis-à-vis des promesses formulées»... «Ceci est une rupture du contrat de confiance entre eux et la tutelle».

Dans cette lettre, le patriotisme des résidents ne fait aucun doute. «Contrairement à l’exil, la révolte a au moins la vertu de se nourrir d’espoir... Il serait infiniment regrettable que cet élan contestataire d’une jeunesse pas encore tout à fait dépitée ni blasée, se solde par une incurable amertume, un renforcement du cynisme et par l’explosion du nombre d’apatrides.» Enfin, elle conclut par une détermination sans faille à poursuivre le mouvement, en répondant aux menaces par l’appel des étudiants algériens le 19 Mai 1956, «avec plus de diplômes, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres».

J’avais espéré, naïvement peut-être, que cette lettre plus que tout mouvement, produirait un «déclic» des autorités, qui mesureraient l’ampleur de la détresse des résidents, de leur détermination à faire aboutir leurs revendications par des propositions raisonnables, réalisables, permettant d’entrevoir leur avenir professionnel avec plus de  sérénité et d’espoir.

C’est pour cela que je me suis permis de citer de larges extraits de cette lettre. Malheureusement, il n’en est rien, et la position des résidents suite à la publication du PV de la réunion du 1er avril 2018 est la même.

Ainsi la situation est dans l’impasse ! Ni le «bâton» du ministre de l’Enseignement supérieur, menaçant les résidents qui s’absenteraient au DEMS, ni la «carotte», du ministre de la Santé, déclarant à la Chaîne III, au début du mouvement, que les résidents étaient «la prunelle de ses yeux», n’ont entamé leur détermination.

Comment sortir de cette impasse ? Dans tous les conflits sociaux qui perdurent et se durcissent, de par le monde, il y a une perte de confiance entre les protagonistes. Ainsi, l’intervention d’un médiateur est indispensable. Dans le cas de ce conflit, il est utile de passer par cette voie.

En me basant sur mon expérience d’enseignant de médecine, ayant eu à gérer des conflits, je fais les propositions suivantes, en toute humilité :

1- Désigner un «comité de médiateurs» de 3 à 5 personnalités, qui devraient être investis de la confiance des résidents et des tutelles. Ils travailleront avec les uns et les autres permettant de renouer la confiance et trouver des solutions de compromis transitoires, réalisables sur le terrain,  acceptées par tous. Les revendications des résidents, aussi justes soient-elles, soulèvent des questions de fond, impliquant le système de santé dans son ensemble.

Comme l’a écrit la résidente dans sa lettre citée plus haut, ne peuvent être résolues que par un large débat, avec des solutions à court, moyen et long termes. Pour y réfléchir dans un climat de sérénité, il est indispensable que des mesures d’apaisement soient prises :
- le gel de la protestation, tout en restant vigilants et mobilisés en s’impliquant dans la recherche de solutions viables. Les résidents en sortiront grandis aux yeux de l’opinion publique.
 - La levée de toutes les sanctions, notamment le gel des salaires et le recouvrement des mensualités non perçues. La reprogrammation des examens du DEMS en parfait accord ente les CPN et les candidats.
 

2- La tenue d’assises avant la rentrée universitaire prochaine sur la refonte de l’enseignement des sciences médicales (graduation et post-graduation) lequel est obsolète. Ainsi, des solutions seront dégagées sur la base d’un consensus, enseignants et enseignés, avec un échéancier précis.

3- Quant au service civil, il ne trouvera sa solution définitive, qu’avec une réforme profonde du système de santé et notamment avec la régionalisation. Chaque région aura son propre projet de santé et sa planification. Des régions coopéreront en mettant en commun leurs moyens humains et matériels dans le cadre d’une complémentarité.

Ainsi les affectations de médecins se feront en fonction réelle des besoins et dans les  conditions d’accueil de la région.

Que l’on arrête de faire croire que la loi sanitaire ou la carte sanitaire résoudront tous les problèmes du système de santé, même si par certains de leurs aspects, elles sont d’un apport sûr.
Par cet écrit, j’ai voulu apporter ma modeste contribution à la solution d’un conflit qui s’enlise dangereusement dans un secteur où j’ai donné plus de quarante années de ma vie.

Source : El Watan

 

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Mustapha 15/04/2018 01:55

Des médecins abandonnés à leur sort, des enseignants jetés à la vindicte populaire, un mépris manifeste face au crash de l'avion militaire, une petite phrase face à l'agression occidentale de la Syrie; est ce que l'Algérie à un État digne de ce nom?...