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Publié par Saoudi Abdelaziz

Me Noureddine Ahmine, avocat des Droits de l'homme. Photo DR

Me Noureddine Ahmine, avocat des Droits de l'homme. Photo DR

Le parquet cherche de toute évidence à user la défense. Encore une fois, le procès à rallonge de Me Noureddine Ahmine est reporté. Au mois de ramadhan prochain! « Carême ou pas, nous serons là. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse beau, il nous retrouvera à chaque fois que le devoir de défendre notre confrère se fera sentir, nous serons présents. Ce n’est pas avec des renvois à répétition qu‘il nous usera. Nous reviendrons, et plus nombreux encore», dira un des avocats venus nombreux de tous les coins du pays pour soutenir leur confrère.

Ghardaïa . Le procès en appel de Me Noureddine Ahmine, renvoyé au 28 mai prochain

Par O. Yazid, 6 mars 2018

C’est dans une salle comble, où dominait largement la couleur noire des robes de dizaines d’avocats venus défendre et soutenir leur confrère Me Noureddine Ahmine, que s’est ouvert son procès en appel, après avoir été renvoyé une première fois, le lundi 5 février passé. La séance a duré moins d’une dizaine de minutes.

Un imposant cordon de sécurité était déployé autour de l’imposante Cour de justice à Bouhraoua, sur les hauteurs de la vieille ville de Ghardaïa, alors qu’à l’intérieur, tous les étages grouillaient de policiers en tenue et en civil, et ce, sans parler des éléments des autres corps de sécurité, qui s’étaient fondus dans la masse des citoyens et des nombreuses personnalités venues également soutenir l’avocat maître Ahmine.

Un «bataillon» d’une trentaine d’avocats, issus des barreaux d’Alger, Tizi Ouzou, Béjaïa, Blida, Ghardaïa, Sidi Bel Abbès, Constantine, et Sétif, emmenés par des ténors du barreau, tels que Mustapha Bouchachi, Cherbal Seïf El Islam, Noureddine Benissad, président d’une aile de la LADDH, Badi Abdelghani, président du bureau de la LADDH à Alger, Sadek Rahmouni, membre du conseil de l’Ordre des avocats de Tunisie, défenseur des droits de l’Homme, observateur indépendant délégué par la Fondation Euro Med, et de jeunes loups du barreau, à l’image de Bakouri Amirouche, du barreau de Béjaïa, de Mohamed Bouzegza, du barreau de Tizi Ouzou, et de Tamert Abdelhafid, membre du conseil de l’Ordre du barreau d’Alger et président de l’Association des jeunes avocats algériens. 

Il y avait aussi dans la salle l’avocate et députée maître Nora Mahiout, venue manifester sa solidarité avec son confrère de la Cour de Laghouat, avec lequel elle a défendu tant et tant de dossiers dans le cadre de la défense des droits de l’Homme. Tous les ténors du FFS ont marqué leur présence dans la salle, pour apporter tout le soutien moral à maître Ahmine, militant actif du FFS. En plus d’Ali Laskri, ancien premier secrétaire et ancien membre du présidium du FFS, actuellement député de Boumerdès, étaient aussi présents Brahim Meziani, sénateur, membre de la direction nationale, Madjid Lemdani, membre de la direction nationale, élu APW d’Alger, Derras Ali, membre de la direction nationale ainsi que le Fédéral de Ghardaïa et secrétaire national chargé de la solidarité, Hamou Mosbah.

Ce n’est que vers 10H30 que le président de séance fait appel à Me Ahmine pour se présenter à la barre. Une marée noire, constituée d’une trentaine d’avocats, le suit et fait face au juge. Avant cela, les avocats de Ghardaïa, qui s’étaient présentés pour participer au collectif de défense, se sont vus interdire par le bâtonnier de Médéa de plaider. Ce fut ensuite un petit intermède pour demander à Maître Ahmine d’ôter sa robe d’avocat et de se présenter en civil pour que le procès puisse se dérouler. Sorti un moment avec ses avocats pour prendre une décision, il revient dans la salle en tenue civil et se présente à la barre face au juge.

C’est alors que le juge l’informe de l’absence des témoins, ce qui met pratiquement Me Ahmine sur les nerfs. Il rappelle au juge qu’il est «avocat, les arcanes administratifs ne sont pas de mon rôle. Aujourd’hui, je suis là devant vous pour être jugé et je confirme, encore une fois, que je suis poursuivi parce que je suis avocat et c’est en tant que tel que vous me jugez aujourd’hui ». Le président rétorque : « La présence des deux témoins est fondamentale pour la manifestation de la vérité.

Sans eux, le procès ne peut se dérouler.» Sentant la manœuvre du bis repetita du 5 février passé, à savoir le renvoi du procès, les avocats de la défense se crispent, le ton commence à monter, ils s’avancent en rangs serrés vers le président. C’est Maître Mustapha Bouchachi qui, le premier, s’adresse au juge : «Monsieur le président, vous savez très bien que ces témoins ne viendront pas et que leur présence n’est en rien importante pour la manifestation de la vérité. Ensuite, comment pouvez-vous encore une fois renvoyer un procès pour lequel des avocats se sont déplacés des quatre coins d’Algérie ? »

Maîtres Cherbal Seïf El Islam et Noureddine Benissad interviendront à leur tour pour tenter de faire changer d’avis au président pour que le procès ait lieu, en vain. Imperturbable, le président annonce le renvoi du procès au 28 mai prochain, en plein mois de carême. Ce qui a fait dire à l’un des avocats, « carême ou pas, nous serons là. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse beau, il nous retrouvera à chaque fois que le devoir de défendre notre confrère se fera sentir, nous serons présents. Ce n’est pas avec des renvois à répétition qu‘il nous usera. Nous reviendrons, et plus nombreux encore».

Pour rappel, l’avocat à la Cour de Laghouat et militant des droits de l’Homme, Me Noureddine Ahmine, comparaît devant la Cour d’appel de la ville de Ghardaïa, accusé d’«outrage à corps constitué» et «présentation de fausses preuves concernant un crime», et ce, suite à une plainte qu’il avait déposée lors des événements ayant secoué la région de Ghardaïa. Me Ahmine risque, affirment ses collègues, jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 5 000 DA d’amende pour le seul motif d’avoir voulu exercer son métier d’avocat.

«Cet acte est une atteinte pure et simple aux droits les plus fondamentaux, notamment la séparation des pouvoirs du judiciaire et de l’Exécutif, mais également la liberté d’expression et le droit à la justice et au procès équitable», déplore un groupe d’avocats, dont Me Bouchachi.

Le FFS, dirigé par Mohamed Hadj Djilani, qui a de tout temps dénoncé l’injustice qui s’est abattue sur Me Ahmine, s’est élevé contre le harcèlement judiciaire dont font l’objet, depuis quelques années, les militants des droits de l’Homme, en général, et cet homme de loi, en particulier. Pour le parti d’Aït Ahmed, il s’agit là d’une atteinte grave à l’exercice de la profession d’avocat.

Pour Me Sadek Rahmouni, membre du Conseil de l’Ordre des avocats de Tunisie, «la décision du juge de renvoyer le procès est venue en réaction à l’action de mobilisation par les avocats, notamment ceux d’Alger, avec les jeunes avocats pour être présents ce jour et exprimer leur indignation et leur grogne quant à la limitation du rôle de la défense, représentée bien évidemment par les avocats, défenseurs des droits de l’Homme, et qui ont, par là même, dénoncé les pratiques et les bavures des agents de l’ordre lors des évènements qu’a connus la région de Ghardaïa». 

Source : Reporters-dz

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