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Publié par Saoudi Abdelaziz

Maryam Firuz, morte en résidence surveillée le 23 mars 2008. Photo DR

Maryam Firuz, morte en résidence surveillée le 23 mars 2008. Photo DR

Samir Berkas a choisi et traduit de l'espagnol pour le blog les extraits de cet article de la série "Femmes extraordinaires " publié par Nazanín Armanian dans Público, en hommage à la militante iranienne Maryam Firuz décédée le 23 mars 2008.

Par Nazanín Armanian*, 9 mars 2018. Público

il y a dix ans mourait en résidence surveillée celle qui fut l'ultime leader du mouvement féministe d'Iran, et la première femme iranienne condamnée à mort pour "propagande communiste" en 1953.

Maryam Firuz (1913-2008), une des femmes qui a le plus marqué l'histoire contemporaine d'Iran, était la fille d'un prince de la dynastie des Qayar, qui est passée au camp adverse défendant jusqu'à la mort la justice sociale et l'égalité, surnommée "La Princesse Rouge".

Maryam fut une femme rebelle et en avance sur son temps: elle fit ses études à l'école française Jeanne d'Arc, et dix ans après un mariage de convenance avec un aristocrate, divorça pour rejoindre le mouvement marxiste iranien, " le seul qui défend les droits de la femme" avait-elle dit. Son mariage avec l'architecte et dirigeant du Parti communiste Toudeh, Noureddine Kianuri, lui donna l'opportunité d'organiser le mouvement pour l'égalité dans le cadre de l'Organisation Démocratique de la Femme Iranienne (ODFI,1943) qui devint le plus puissant mouvement féministe du Proche-Orient, occupant les rues et les institutions pour forcer la monarchie despotique de Pahlavi à réaliser certaines réformes modernisatrices.

Le climat antifasciste de l'après-guerre dura peu. L'attentat supposé contre le Shah du 4 février 1949 fut un prétexte pour interdire les partis et syndicats de gauche, et pour l'arrestation de dirigeants et de milliers de leurs adhérents. Kianuri et 11 autres compagnons, aidés par l'organisation militaire du Toudeh et sous la coordination de Maryam, réussirent une évasion spectaculaire de la prison et se réfugièrent en Union Soviétique.

Manifestation de femmes à Téhéran en 1951 en faveur de la nationalisation de la British Oil Compagny

L'assaut contre les forces progressistes iraniennes continua: la CIA et le MI6 réalisèrent en 1953 un coup d'état contre le gouvernement du Docteur Mohammed Mossadegh (cousin de Maryam), qui nationalisa l'industrie pétrolière iranienne. Des milliers de marxistes furent exécutés. Firuz , après plusieurs années de vie clandestine, quitta le pays pour la République Démocratique d'Allemagne.

Les années d'exil et de prison

Durant les 25 années loin de sa patrie, Firuz, docteure en langue française, a travaillé en donnant des cours de langues car elle dominait perse, anglais, arabe, français, russe et allemand, sans cesser de lutter pour un Iran libre. Avec la Révolution de 1979, elle retourna au pays avec enthousiasme et espérance, en même temps que d'autres exilés iraniens.

En moins de trois ans, la revue mensuelle "Yahan-e zanan" (Monde de la femme) de l'ODFI devient la publication la plus vendue et distribuée d'Iran, jusqu'en juin 1983, quand Firuz (en même temps que sa fille et sa nièce de 11 ans), et dix mille autres militants et dirigeants de l'ODFI, du Toudeh, des syndicats ouvriers et leurs filiales , furent arrêtés et accusés d'espionnage pour l'URSS. Des centaines d'entre eux furent exécutés après de brutales tortures. La docteure Firuz, déjà âgée, fut condamnée, en même temps que 116 autres compagnes, à la peine capitale.

La pression internationale, y compris les démarches de sa compagne d'exil, Dolores Ibárruri, La Pasionaria, parvint à réduire cette peine à la condamnation à perpétuité. Elle survécut durant sept ans dans une cellule d'isolement, subissant des tortures médiévales brutales comme le "Ta´zir" (coups de fouet sur tout le corps) et des coups à la tête, qui lui arrachèrent la peau et la laissèrent sourde.

Jusqu'alors, environ 2000 femmes et filettes ont été exécutés pour activisme politique, pour avoir un pamphlet dans leur poche ou appartenir à la famille d'un poursuivi. Les murs de ces cachots n'oublieront pas les cris déchirants de Nafiseh Ashraf de 10 ans, Maryam Asadi de 11, Afsaneh Farabi de 12 et d'autres fillettes de 13 ans fusillées, et ceux de dizaines de femmes enceintes.

La docteure Firuz fut placée en résidence surveillée en 1994 jusqu'à sa mort en 2008. La censure empêche que des millions de jeunes connaissent cette grande combattante. C'est un attentat contre la mémoire historique: il n'y a aucune bibliothèque, ni rue, ni monument qui porte son nom, bien qu'elle continue de vivre dans le " Mouvement de chacune des filles de la rue de la Révolution"-

Article original: Mujeres extraordinarias: Maryam Firuz, la subversa feminista iraní

 *Nazanín Armanian est écrivaine iranienne

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