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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les étudiants de l’ENS de Constantine bastonnés, hier, par les forces de l’ordre. ©Kamel Ghimouze/Liberté

Les étudiants de l’ENS de Constantine bastonnés, hier, par les forces de l’ordre. ©Kamel Ghimouze/Liberté

Par Kamel Ghimouze, 14 mars 2018

Les étudiants de l’ENS étaient attendus au centre-ville où, dès l’aube, les forces de l’ordre avaient quadrillé la cité par un imposant dispositif sécuritaire. Coups de matraque, coups de poing, coups de pied et usage de gaz lacrymogènes étaient de mise.

Violemment chargés hier par les brigades antiémeutes de la Gendarmerie nationale, des dizaines d’étudiants de l’ENS de l’Université 3 de Constantine ont été blessés. Les ambulances de la Protection civile dépêchées sur place n’ont pas suffi pour évacuer tous les étudiants violentés et battus à coups de matraque. Bon nombre d’entre eux ont été transportés vers les différents établissements hospitaliers par des automobilistes de passage près du rond-point donnant accès à l’université.

Des évanouissements, parmi la gent féminine surtout, ont été enregistrés, notamment en raison des bombes lacrymogènes utilisées par les gendarmes présents sur les lieux en force, puisqu’une colonne interminable de fourgons verts, qui étaient encore stationnés sur place alors qu’un déploiement impressionnant de gendarmes au moment de notre arrivée sur les lieux vers 15h30, dénotait l’ampleur des heurts qui ont eu lieu.

Les témoignages d’étudiants portant encore les séquelles des affrontements en disaient long sur la charge qu’ils avaient subie. Ils étaient encore en négociation avec un colonel de la gendarmerie pour la libération de leurs collègues arrêtés lors des heurts. L’officier arguera que la loi stipule que leur garde devra durer au moins six heures avant leur libération, avant de revenir à de “meilleurs sentiments” devant la détermination des étudiants qui avaient quitté la “plaine” où ils avaient été “attaqués” pour se rassembler devant l’entrée de l’université, bloquant la double voie qui la longe.

Affirmant qu’il avait reçu des instructions du wali pour libérer la voie par tous les moyens. Il dira, enfin, qu’il allait voir ce qu’il pouvait faire quant à l’exigence des manifestants. Quelques minutes plus tard, les meneurs des négociations parmi les étudiants reçurent des appels téléphoniques rassurant de leurs collègues. Ils venaient d’être libérés.

La nouvelle est accueillie avec les youyous des étudiantes, entonnant des slogans à la gloire de la solidarité estudiantine. Tout avait commencé, à vrai dire, dans la matinée. Les normaliens qui avaient habitué les Constantinois à des manifestations bruyantes chaque semaine, innovant à chaque fois, ont opté hier par la station du tramway Zouaghi-Slimane pour un rassemblement qui a regroupé plus de 2 000 étudiants. Le trafic du tramway est interrompu pendant près de trois heures avant que les manifestants décident de marcher sur plusieurs kilomètres, jusqu’à l’Université 3. Ils étaient, toutefois, attendus au centre-ville où, dès l’aube, les forces de l’ordre avaient quadrillé la cité par un imposant dispositif sécuritaire.

Selon leurs témoignages, ils ne voulaient que rejoindre leur institut après une marche épuisante. Une vaste plaine sépare l’université de la voie carrossable constituant un raccourci pour les marcheurs éreintés. Bizarrement, c’est à ce niveau qu’ils sont pris en chasse par les gendarmes qui ont fait usage d’une violence inouïe, disent-ils. Tous les coups étaient permis, nous ont-ils affirmé.

Coups de matraque, coups de poing, coups de pied et usage de gaz lacrymogènes étaient de mise. Un moyen dissuasif, pensent-ils, pour faire avorter “le projet” de marche nationale des normaliens prévue à Constantine. Abdelaziz B., que nous avons interrogé juste après sa libération, nous affirmera qu’il n’avait pas subi, au même titre que ses camarades arrêtés, de brutalités pendant sa présence dans les fourgons des gendarmes. “Les coups violents nous les avons subis pendant les heurts et lors de notre arrestation, mais nous n’avons rien vu par rapport à nos amis évacués vers les hôpitaux et nous ignorons encore dans quel état ils se trouvent. Nous tentions tout juste de prêter assistance à nos amis ensanglantés, et voilà le résultat”, déplore-t-il, très affecté. Ils étaient, en fait, une dizaine d’étudiants arrêtés puis relâchés, après avoir été entendus sur procès-verbal.  

Source : Liberté

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