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Publié par Saoudi Abdelaziz

Athènes en mars 2018. Photo DR

Athènes en mars 2018. Photo DR

On annonce à Bruxelles la sortie de la Grèce du "plan de sauvetage". Alexis Tsipras aura-t-il désormais les mains libres ? Rien n'est moins sûr. « Ce gouvernement sera, plus que tout autre, scruté quand il aura recouvré son autonomie », confient à micro-fermé, des hauts fonctionnaires européens. À Delphes, deux représentants des institutions européennes, Klaus Regling et Dan Castello, affirment plus clairement : "l’UE surveillera de près la Grèce et son gouvernement. Sans mémorandum, mais avec des consignes claires à respecter".

Les policiers se rebiffent

«Jamais autant de biens immobiliers n’avaient ainsi changé de mains à Athènes... depuis la précédente Occupation allemande, celle des années 1940», note Panagiotis Grigoriou dans sa dernière chronique. L'ethnologue grec précise : «Dans le même ordre d’idées, le “gouvernement” des Tsiprosaures annonce plus d’un million de saisies de biens immobiliers et autres, rien que pour 2018».

Le chroniqueur relate un événement significatif de l'état d'esprit des Grecs : «Le Syndicat des Officiers de la Police vient de lancer une attaque inhabituelle car très violente, vis-à-vis du gouvernement. Son communiqué avait été motivé par le fait que de nombreux policiers avaient été blessés lors des ventes aux enchères de ce type, surtout à Athènes, devenant ainsi la cible visible et facile pour les citoyens concernés et paupérisés.

Les policiers y concluent même de la manière suivante: «Puisqu'ils ne nous respectent pas, le temps est arrivé où il va falloir nous craindre. Car au fait, ce sont bien les politiques mémorandaires qui se dissimulent derrière nos propres boucliers, et voilà que nous ne voulons plus défendre de tels procédures, lesquelles conduisent à la spoliation des biens des citoyens (...) Nous avertissons les politiques que ce mouvement au sein de la Police, au demeurant massif, annulera de fait cette attitude qui consiste à faire peser les effets de la responsabilité de telles politiques sur nos seules épaules, et enfin une fois de plus, nous rappelons que nous sommes non seulement considérés tels, mais nous faisons partie intégrante de la société réelle».

Syriza sera-t-il exclu du PGE?

Syriza fait partie du PGE, un rassemblement des partis les plus à gauche présents au Parlement européen. En France, les points de vue divergent. Le Parti de gauche proche de Mélenchon déclare : « Pour le PG, comme sans nul doute beaucoup d’autres partis du PGE, il est en effet devenu impossible de côtoyer, dans un même mouvement, Syriza d’Alexis Tsipras. » Et d’ajouter que le premier ministre grec poussait « sa logique austéritaire jusqu’à limiter le droit de grève, répondant ainsi toujours plus servilement au diktat de la commission européenne ». Anne Sabourin, en charge de la politique européenne du PCF et représentante de ce parti au PGE n'est pas de cet avis. Elle affirme : « Nous ne pensons pas que ce soit un changement idéologique d’Alexis Tsipras. Il n’a pas épousé le néolibéralisme. Mais c’est le résultat d’un rapport de forces au détriment d’un petit pays dans une UE très majoritairement menée par les libéraux et les conservateurs, allemands notamment ».

Le bilan discuté du gouvernement Tsipras

Dans cet article publié le 10 mars dans la revue Regards, Fabien Perrier qui rapporte la controverse ci-dessus sur le PGE écrit en conclusion:

"Dans ses discours, Alexis Tsipras répète deux faits : le chômage est en baisse et les indicateurs macro-économiques sont meilleurs.

Sauf que ce gouvernement est celui qui a dû faire passer de nouvelles baisses des pensions, des hausses des taxes, des privatisations et même la limitation du droit de grève quand les précédents avaient déjà aboli les conventions collectives, baissé le salaire minimum de 22% (520 euros désormais) et de 32% pour les jeunes de moins de 25 ans, réduit les indemnités de licenciement, ou encore libéralisé les licenciements collectifs. Autant de politiques sur lesquelles Syriza avait promis de revenir.

En outre, si le chômage est passé de 25% en 2015 à 21% aujourd’hui, cette diminution s’est faite « au prix de la flexibilisation et de la précarisation », selon Savas Robolis, Professeur d’économie émérite à l’Université Panteion. En Grèce, un travailleur sur cinq n’est pas déclaré́ du tout et 200.000, au moins, travaillent à plein temps, alors qu’ils sont déclarés à temps partiel auprès du ministère du Travail. 300.000 autres travailleurs sont embauchés comme indépendants et doivent donc s’acquitter eux-mêmes de leurs cotisations sociales.

Plus de 50% des nouvelles embauches se font à temps partiel. Enfin, ils sont nombreux à ne travailler qu’une ou quelques heures par semaine, et, comme partout dans l’UE, à être exclus des statistiques officielles. Selon Yannis Albanis, « en Attique, un tiers des salariés gagnent moins que l’indemnité chômage ». Dans ce contexte, la pauvreté se maintient à un niveau élevé – alors que le seuil de pauvreté a baissé depuis 2010.

Sur le plan macroéconomique aussi, les indicateurs masquent des contradictions. À deux reprises, la Grèce a réussi son retour sur les marchés. Elle semble donc regagner la confiance des investisseurs. En outre, le pays a renoué avec la croissance. Cependant, il avait perdu près d’un quart de PIB entre 2010 et 2015. Au rythme actuel, il faudra donc plusieurs décennies pour arriver au niveau de production de 2010. Les exportations sont en hausse, mais les importations aussi. La balance commerciale du pays reste donc déficitaire.(...)

« Il n’y a plus d’espoir dans le pays », estime Yannis Albanis. Pour lui, la société est marquée par « un sentiment d’amertume et un pessimisme personnel et collectif ». Christos Kanellopoulos affirme, de son côté, que dès la sortie du mémorandum, « la priorité sera le marché du travail » – c’est-à-dire une politique aux impacts directs sur la population.

Mais Alexis Tsipras aura-t-il les mains libres ? À micro-fermé, des hauts fonctionnaires européens le reconnaissent : « Ce gouvernement sera, plus que tout autre, scruté quand il aura recouvré son autonomie ».

À Delphes, deux représentants des institutions européennes, Klaus Regling et Dan Castello, allaient encore plus loin : l’UE surveillera de près la Grèce et son gouvernement. Sans mémorandum, mais avec des consignes claires à respecter. Source : Regards.fr.

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