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Publié par Saoudi Abdelaziz

Réunion de la tripartite au siège de l’UGTA à Alger, décembre 2017. Photo D.R.

Réunion de la tripartite au siège de l’UGTA à Alger, décembre 2017. Photo D.R.

2 janvier 2017

Les mantras de la rébellion politique néolibérale jouent leur ultime acte sur la scène algérienne, malgré l’effondrement tous azimuts de l’hégémonie néolibérale dans le monde. La dernière réunion de la tripartite était une opportunité rêvée, sans équivalent auparavant pour les oligarques prédateurs qui n’ont pas hésité à profiter illégalement de cette atmosphère politique de fin de règne pour s’arracher les derniers lambeaux et restes du secteur public.

De droit, national et international, nous traversons une douloureuse période inconstitutionnelle où toutes transactions de cessions d’édifices ou d’intérêts d’Etat doivent être normalement et pratiquement gelés ou à l’arrêt. Ces vils procédés et agissements de dépossession de nos populations, tirés par les cheveux et engagés à huit clos dans la précipitation et l’urgence, relèvent d’actes de malfaiteurs et de gangsters. Personne n’a le droit de toucher ni à l’Etat, ni aux grands marchés de la construction du port de Cherchell, ni aux banques, ni à que ce soit d’autre.

Subtiliser des sigles incongrus et antinomique, tel Public/Privé, relève de la pure escroquerie intellectuelle. Des subterfuges et faux semblants, des trolls créés à destination des médias et de nos masses populaires, sachant que ces dernières resteront impassibles, sans réaction suite à leur totale défection de la politique. Toute cession ou privatisation doivent être soumises à un référendum national. Tous types d’ordonnances doivent être bannis à jamais dans les circonstances présentes, et ouvrir le droit des dirigeants actuels à la retraite vu qu’ils sont arrivés largement au-delà de leurs fins de parcours ; selon le principe de Peter, chaque dirigeant tend à s’élever à son niveau d’incompétence. Une sorte de survie clinique.

Libéralisme et fascisme ne sont pas deux choses qui n’auraient strictement rien à voir l’une avec l’autre : libéralisme et fascisme constituent les deux versants profondément interconnectés du système mondial capitaliste. Loin d’être l’antidote au fascisme, le néolibéralisme est ainsi son complice et partenaire criminel. Nous ne comprenons pas pourquoi agiter en plus grandes amplitudes des effets d’annonce qui ne déboucheront sur rien, au-delà de l’incapacité congénitale du mercantilisme rentier algérien qui se trouve engagé de tu et à toi avec ce pouvoir, ne sera jamais une ressource pour l’Etat algérien. Les oligarques, de façon consubstantielle, liée à leur nature même, ne payeront jamais l’impôt. Pourquoi ? Pour 4 raisons fondamentales :

1- C’est l’Etat algérien qui lève l’impôt, principale ressource de l’Etat, grâce à la fiscalité pétrolière, c’est l’Etat fiscal.

2- Ce «mariage» contre nature entre l’Etat et les affairistes mercantilistes oligarques, au profit de la coalition dominante rentière au pouvoir, va augurer la défaite et la disparition de cet Etat fiscal, en le transformant en Etat débiteur, c’est-à-dire un Etat siphonné par les oligarques jusque dans ses ressources pétrolières et gazières ; une fois surendetté faute de pouvoir lever l’impôt, il se retrouvera un jour sous la coupe des institutions bancaires et financières.

3- Cet Etat débiteur va déboucher inéluctablement au final sur un Etat de la consolidation, c’est-à-dire un Etat qui se retrouve dès lors dans l’obligation de s’astreindre à une cure d’austérité le vidant de sa substance et le privant de tout pouvoir vis-à-vis de la population, ce qui sonnera le glas à la débâcle à laquelle nous sommes en train d’assister maintenant.

4- La voie est ainsi dégagée et libre pour la prise du pouvoir par les oligarques (voir le ridicule de la tripartite du 23/12/2017 à Alger, où l’Etat et les syndicats capitulent honteusement, ont perdu de leur puissance au profit du marché et d’une remarchandisation (hypothétique), ont renoncé bien volontiers à cette puissance au profit des oligarques. Sans parler du fiasco total de la causerie faite le même jour au Sheraton d’Oran le 23/12/2017, où les conflictualités surgies séance tenante fusaient et partaient de tous les côtés, le causeur Savonarole n’arrivait pas à maîtriser ni l’ordre de son discours ni à se tenir droit dans ses bottes pour finir en dernier par se tambouriner le torse en citant à demi-mot tel un automatisme, l’ordre et la férule de ses maîtres Yankees, «Drill baby drill !» (Fore, chéri, fore!)

Ce bradage du secteur public au bénéfice des gangsters des affaires est imputable essentiellement à la défaite globale du syndicalisme algérien et à la trahison de nos dirigeants syndicaux après le lâche assassinat du patriote et militant syndicaliste Benhamouda. Au commencement des années 1990, cette défaite a entraîné une diminution dramatique du pouvoir de négociation professionnel des travailleurs, mais elle est surtout venue couronner la destruction d’un vaste ensemble d’espaces de socialisation qui étaient directement imbriqués dans les processus assurant la substance matérielle des classes populaires.

Ce régime pleure-t-il la défaite du néolibéralisme ? Il est loin de saisir cette opportunité historique pour construire un nouveau peuple antagonique aux oligarques et aux privilégiés, selon le couple schmittien : ami/ ennemi, c’est-à-dire défavorisés/privilégiés+ oligarques.
Il faut s’ôter toute illusion, notre peuple doit se préparer à affronter ces nouveaux motifs d’expressions en cours de gestation profonde que sont ces nouvelles situations d’oppression du capitalisme et néolibéralisme sauvage en Algérie.

On nous a présenté, de façon prononcée, depuis la mise en place de ce régime, où beaucoup à l’époque en Algérie — ceux qui plagiaient, péroraient et glosaient sur les recommandations de l’ONUDI durant leur passage au ministère du Budget ou ceux dont les écoles étaient en partie financées par les Français, les Canadiens et les Américains — avaient tendance à envisager le processus de globalisation comme gage d’ouverture et de pacification universelle. Cet enthousiasme relève du passé. Nous assistons, au lieu de cela, à une insurrection d’ampleur mondiale contre l’ordre libéral post-1989 (...)

 

*Intertitre de l'extrait de la longue contribution Mohamed Belhoucine, Docteur en physique de l’université d’Orsay, paru dans El Watan du 2 janvier, sous le titre : Tout est là pour toujours, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien. L’offensive et la débâcle de la dystopie néolibérale en Algérie.

Texte intégral : El Watan

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