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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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L’inhumation de Jean Salem a lieu aujourd'hui à Versailles. La mort a interrompu le travail créateur du fils d'Henri Alleg. Pour 2018, il prévoyait de publier "L’État du monde. Théorie de la révolution".

Son éditeur présente ainsi ce livre en préparation : "En tentant de décrire l’état du monde, à l’aide de données non seulement conceptuelles mais également historiques, économiques et « politologiques », Jean Salem s’efforce d’entrevoir ce qui vient. Il étudiera dans ce livre ce que c’est qu’une crise. Il y soulignera le caractère toujours plus fictif des institutions dites « démocratiques » qu’à dater de la disparition de l’Union soviétique, l’Occident postmoderne a cru pouvoir imposer universellement. Il s’y intéressera également aux forces qui pourraient assurer la relève d’un système dont tous s’accordent à souligner l’extrême et, semble-t-il, l’insurmontable instabilité".

Le philosophe Vincent Cespedes publie un texte inédit écrit par Jean Salem en préparation de cet ouvrage.

Projet de livre sur La révolution.

Bout d'essai: Symptômes d'une "crise"

Par Jean Salem

Toute crise ne débouche pas nécessairement sur une révolution. Mais toute révolution suppose une crise préalable. La crise mondiale dont les épisodes les plus inquiétants intervinrent à l'automne 2008 a quelques chances de se prolonger dans un renouveau du facisme (dans un grand pays comme la Russie, par exemple, qui a subi après 1991 une humiliation et un abaissement tout à fait comparables à ceux que connut l'Allemagne au lendemain de la Première guerre mondiale).

Cette crise, dans une telle hypothèse, et compte non tenu de la constitution de la Chine en "nouvel ennemi" de l'Empire, peut fort bien se résoudre en une conflagration militaire généralisée, en une guerre dans laquelle les survivants envieront peut-être les morts. Mais cette même crise peut, tout aussi bien, susciter d'immenses "mouvements sociaux" : elle a déjà provoqué des émeutes de la faim, et rien ne dit qu'elle ne favorisera pas le déclenchement ou l'accélération de révolutions politiques et socio-économiques en Amérique latine, en Afrique, en Asie ou ailleurs. Car – si tant est que la révolution doive advenir – là où elle adviendra, c'est la crise qui aura fait et creusé son lit.

Une société en crise, c'est une société dans laquelle tout semble sens dessus dessous : les momies royales sont profanées, et les tombes des pharaons sont elles-mêmes soumises aux pillages, s'indigne ainsi l'auteur d'un texte aussi amer qu'émouvant datant de ce que les égyptologues désignent sous le nom de "Première période intermédiaire" dans l'histoire de l'Égypte ancienne (de 2200 à 2000 avant J.-C.). En période de crise, tout paraît déjà avoir été dit, et l'horizon semble bouché. No future! Retour désespérant du même et désolante absence de la moindre perspective de changement par rapport au statu quo ante, à la monotonie des jours, à l'angoissante stupidité du donné. À Rome, au Bas-Empire, les citoyens furent ainsi tenus, pendant plusieurs générations successives, d'exercer exactement le même métier que leurs pères !

Pendant les crises, les mots, le langage, paraissent dévalués. Tout prend vite une allure grotesque, un air de farce tragi-comique: que n'a-t-on pas "gorblatéré" à Moscou – le mot est d'Alexandre Zinoviev – avant que ne s'écroule un système dont la fameuse perestroïka démultiplia et accéléra la crise, une crise qui, avant elle, n'était jamais que latente et peut-être moins irrémédiablement létale qu'on n'a dit.

Durant les "crises", on sait que la plupart des serments ne seront point tenus ; que les politiciens sont cousins, peu ou prou, des bonimenteurs, que la corruptibilité et l'art du mensonge sont preque à tout coup des composantes de leur idiosyncrasie, des conditions de leurs mouvements, des requisits de leur "profession". Rien, plus rien ne semble impossible : Démétrios Poliorcète (Démétrios Berlusconi ?), un cavaliere de l'époque hellénistique, quand Athènes était abaissée, y fit diviniser ses maîtresses et les fit loger dans le Parthénon. La dérision devient la règle : vingt ans plus tôt, d'Alexandre qui briguait, lui aussi, des honneurs divins, Démosthène avait déclaré, que si telle était la lubie qui flattait la vanité du Conquérant, on n'avait qu'à s'y conformer !

Les affaires publiques commençant de passer pour des jeux du cirque, des reîtres, des soudards, des êtres tout corporels (gladiateurs romains au début de l'Empire, footballeurs à notre époque) bénéficient alors de la considération des foules, sont aimés des femmes et sont chéris par la fortune, tandis que des amuseurs publics se hissent non loin des sommets de la pyramide sociale. Le divorce, comme à Rome, à la fin de la République, tend à devenir un sport national ; les mœurs, comme on dit, se relâchent. Et, en matière de "spiritualité", les croyances les plus loufoques ont pignon sur rue, la religiosité envahit ce qui reste d'espace public, cependant que les arts s'essoufflent et semblent avoir perdu leur âme. Comme dans une pièce de Tchekhov, on sait que quelque chose va venir, mais on ne sait pas ce que c'est...

Source : huffingtonpost.fr/

 

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