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Publié par Saoudi Abdelaziz

Accords sur le nucléaire. Vienne, le 16 janvier 2016. Photo DR

Accords sur le nucléaire. Vienne, le 16 janvier 2016. Photo DR

Nazanin Armanian, écrivaine et politologue iranienne  exilée en Espagne depuis 1983, écrit : "Y compris à l'époque du Shah (1941 - 1979), les Etats-Unis ne parvinrent pas à asservir une nation qui fut le premier empire du monde. Ce roi là n'osa pas autoriser l'installation de bases militaires des Etats-Unis sur la longue frontière que le pays partageait avec l'URSS (...). La querelle entre la République Islamique  et les E.U. n'est pas due à la nature "anti-impérialiste" de cette théocratie. En un mot, Washington ne supporte pas d'états indépendants, et qu'ils soient des dictatures ou qu'ils disposent d'armes de destruction massive est le moindre de leur souci: le Pakistan et Israël en sont deux exemples".

Pourquoi Trump pousse l'Iran à rompre l'accord nucléaire ?

Par Nazanin Armanian, 17 janvier 2018. Público

(Traduit de l'espagnol par Samir Berkas)

Le  président des Etats-Unis (E.U.), à l'heure de renouveler la suspension des sanctions contre l'Iran conformément à l'accord nucléaire appelé Plan d'Action Conjointe et Complète (PACC), menace ses alliés européens de rompre cet accord si dans un délai de 120 jours ils ne l' "améliorent" pas.

Sachant que l'Iran a affirmé que (pour le moment) il n'acceptera aucun changement au pacte, Trump donne à son équipe du temps pour préparer l'opinion publique de son pays, réticente à plus de guerres, à une autre aventure belliqueuse. Barak Obama et Ali Khamenei signèrent cet accord plein d'ombres en désespoir de cause, puisque l'autre alternative était la guerre. Le PACC stipule que Téhéran démantèle sa capacité nucléaire et en échange les puissances lèvent les sanctions qui étranglent l'économie de l'Iran.

Les "améliorations" que prétend imposer Trump:

1.Eliminer les clauses qui  fixent la date limite de 15 ans à l'accord. Pour mettre "jusqu'à la fin des temps" ? Trump est il préoccupé par le fait que l'Iran puisse fabriquer la bombe en 2030, mais le pousse à rompre l'accord et reprendre son programme nucléaire aujourd'hui même ? Tout accès de l'Iran au matériel nucléaire est bloqué par l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) qui supervise même les mines d'uranium du pays.

2. considérer le programme de missiles à longue portée comme faisant partie des armes nucléaires. Le PACC interdit à l'Iran de concevoir des missiles capables de porter une tête nucléaire jusque huit ans après sa signature. Les missiles conventionnelles, c'est autre chose, ils sont vitaux pour un pays comme l'Iran qui a été attaqué par l'Irak durant huit années de guerre (1980-1988), et qui est sous la menace de missiles d'une demi douzaine de pays.

3. imposer des inspections surprises aux installations nucléaires iraniennes. Mais, aussi bien l'AIEA qui surveille l'Iran, que les militaires des E.U., assurent que Téhéran respecte l'accord. Ou alors, est ce qu'on prétend inspecter les installations militaires ? Quel pays le permettrait, surtout après que l'Irak le fit en 2002 pour être réduit, quelques mois plus tard, en décombres ?

L'intention de Trump, c'est sortir de l'accord, mais auparavant il veut le placer dans l'incertitude, ce qui est pire pour l'Iran.

L'objectif c'est l'Iran, non pas la République Islamique (RI).

Y compris à l'époque du Shah (1941 - 1979), les Etats-Unis ne parvinrent pas à asservir une nation qui fut le premier empire du monde. Ce roi là n'osa pas autoriser l'installation de bases militaires des Etats-Unis sur la longue frontière que le pays partageait avec l'URSS. Et une fois exilé, il en arriva à accuser Washington de favoriser son renversement et ordonner à l'armée de jurer fidélité à l’ayatollah Khomeini au lieu de protéger sa dictature.

La querelle entre la RI et les E.U. n'est pas due à la nature "anti-impérialiste" de cette théocratie. De fait, ses relations avec la France, l'Allemagne, le Japon, la Grande Bretagne ou l'Espagne sont normales.

L'OTAN a éliminé Kadhafi pour s'emparer de la Libye, au moment même ou le colonel finançait la campagne électorale de Sarkozy et offrait un cheval à deux millions d'euros à José Maria Aznar. L'OTAN a expulsé aussi du pouvoir les "djihadistes" afghans qu'elle même avait installés à Kaboul et tenté d'assassiner Tayeb Erdogan en juillet 2016.

La méfiance des ayatollah envers Washington n'est pas due non plus au coup d' Etat de 1953 de la CIA contre le gouvernement du Dr Mossadegh, le promoteur de la nationalisation du pétrole iranien. La majorité des ayatollah le haïssaient avec la même intensité que les Etat- Unis: tous deux accusèrent Mossadegh d'être communiste, malgré le fait que cet homme bon ne s'est jamais inscrit au parti communiste, le Tudeh. De fait, Khomeini en 1980 donna l'ordre d' interdire le parti mossadeghiste Front Patriotique d'Iran et arrêter ses partisans.

L'ardeur anti soviétique, anti communiste de l'équipe de l'ayatollah fut un facteur décisif pour que le G4 appuie un état islamiste en Iran. La RI a coopéré avec Ronald Reagan en 1980, retardant la libération des otages de l'ambassade des EU à Téhéran pour empêcher la réélection du démocrate Jimmy Carter, en échange d'armes; de même que le scandale "Irangate" de 1983 dévoila les relations secrètes de Téhéran avec Washington. Puis en 2001 et 2003 la RI offrit sa collaboration à George Bush dans ses agressions militaires contre l'Afghanistan et l'Irak, éliminant ainsi ses ennemis, les talibans et Saddam Hussein.

Les tentatives d'améliorer les relations entre les deux états se reflètent aussi dans la lettre qu'a envoyée Mahmoud Ahmadinejad en 2006 à son homologue américain, lui proposant de gouverner le monde ensemble.

Cependant, les deux pays furent les otages de leur propre propagande, des groupes de pression qui empêchent une relation normalisée et surtout de ceux qui à Washington croient que Dieu a créé le reste des pays pour qu'ils leur soient asservis et leur ordonne de transformer les rebelles en "statue de sel" ou en cendres.

Les raisons de l'obsession de Washington pour l'Iran

Déjà en 1980, et après la chute inattendue du Shah, Henry Kissinger élabora la "Doctrine de Double Confinement" pour empêcher le développement de l'Irak et de l'Iran au bénéfice de l'hégémonie d'Israël, en tant qu'unique garant stable de ses intérêts dans la région. Et a prétendu contenir l'Iran par des sanctions économiques, menaces militaires, y compris en créant des monstres comme l' Etat Islamique (sunnite et wahhabite), pour entrainer la théocratie chiite d'Iran dans une guerre "religieuse".

Précisément, une des formes d'influer sur la situation de l'Iran fut de maintenir l'embargo sur le système financier iranien, étranglant son économie dans le but de provoquer une révolte des pauvres.

Des pays comme Israël, Arabie saoudite, Turquie craignent aussi que cette nation développée et avec un potentiel économique énorme, en arrive à dévorer leurs marchés en Asie et Europe. L'expérience des sanctions criminelles contre l'Irak en 1999-2003 ont montré que ce plan ne fonctionne pas. La rébellion des travailleurs obéit à la dynamique de la loi de la "lutte des classes".

En un mot, Washington ne supporte pas d'états indépendants, et qu'ils soient des dictatures ou qu'ils disposent d'armes de destruction massive est le moindre de leur souci: le Pakistan et Israël en sont deux exemples.

Avec sa position sur le PACC, Trump prétend:

  • Créer de l'incertitude parmi le les entreprises étrangères désireuses d'investir en Iran, ce que ne peuvent pas faire actuellement les compagnies américaines, victimes des pressions du lobby pro israélien.
  • Provoquer la lassitude de Téhéran obligé d' attendre tous les trois mois la décision du président américain sur le sujet
  • Dévier l'attention publique de la crise politique aux Etats-Unis: au "Russiegate" se sont ajoutés les scandales sexuels du président (mis en avant avec la campagne "Metoo" de Hollywood): une guerre pourra évacuer la crise interne. Et il vaut mieux une guerre contre l'Iran que contre la Corée du Nord, vu que qu'au contraire de l'Iran, personne ne fait pression sur Trump pour qu'il attaque la Corée: Iran ne possède pas la bombe nucléaire, et d'autres pays n'entreraient pas en guerre pour le sauver, bien au contraire: en plus d'Israël, les pays sunnites prétendent former leur OTAN pour désintégrer ce puissant rival.
  • trouver une "solution finale" à l'Iran, qui reste pour les Etats-Unis la question en suspens  après la chute de l'URSS. L'Iran est le joyau des butins de guerre depuis le démantèlement de l'Irak, la Libye et la Syrie. C'est la première réserve mondiale de gaz, la quatrième de pétrole, le territoire qui unit trois continents et en plus il est proche de deux puissances rivales: Russie et Chine.
  • présenter Trump comme un président puissant et déterminé, et non un homme obscur et dégénéré qui a pris d'assaut la Maison Blanche.
  • La "Guerre sans fin" est une aubaine pour le complexe industriel-militaire, qui soulage au passage le problème financier des Etats-Unis.
  • La pression du lobby pro israélien: le même qui l'a forcé à reconnaitre Jérusalem comme capital d'Israël. Le mot d'ordre initial de "l’Amérique d'abord" est maintenant "Israël et Arabie Saoudite d'abord", puisque l'Iran, une puissance de troisième niveau, ne représente aucune menace pour les intérêts des Etats-Unis.

Au lieu d'exhiber ses missiles dans les rues du pays, l'Iran devrait se montrer plus discret, et ne pas participer aux guerres réactionnaires de la région, prendre l’initiative de ressusciter le Mouvement des Non Alignés pour mettre fin aux conflits et entreprendre des réformes politiques et économiques urgentes, pour en finir avec un bouillon de culture qui peut être exploité par la CIA.

Le renversement de la RI peut conduire, en ce moment et en l'absence d'une alternative progressiste, à un désastre pour la nation iranienne et pour toute la région. La meilleure politique envers l'Iran, c'est que le PACC soit respecté.
 

Article original: Porque Trump empuja a Iran a romper el acuerdo nuclear/

 

 

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